Travailler sur la douleur
Comme la mort, la douleur est un sujet complexe qui mérite à lui seul un chapitre propre (voire un livre entier !). La plupart d’entre nous ne ressentent jamais la douleur physique telle qu’elle est – c’est-à-dire un ensemble de sensations physiques intenses. Nous avons au contraire tendance à réagir à notre douleur – à nous contracter et nous resserrer autour d’elle, à nous battre pour la faire disparaître – et tisser une histoire à son propos que nous superposons sur cette expérience : « Pourquoi moi ? Qu’ai-je fait pour mériter ça ? » ou « C’est insupportable. Je ne m’en sortirai jamais. » En même temps, nous prolongeons notre douleur jusqu’à la transformer en souffrance. (Pour en savoir plus sur la différence entre la douleur et la souffrance, voyez le chapitre 5.)
Arriver à supporter la douleur est possible si vous effectuez un travail d’assouplissement tout autour (au lieu de lui résister) et si vous élargissez votre conscience et votre cœur pour l’incorporer (au lieu de vous durcir et de vous contracter). Si après tout, vous êtes incapable de vous en débarrasser ou de la contenir hors de votre esprit, pourquoi ne pas l’accueillir, voire (il faut bien le dire) d’entrer en amitié avec elle ? Ce n’est possible à faire qu’avec une très grande pratique, c’est pourquoi les méditations proposées tout au long de ce livre constituent une excellente préparation au travail sur la douleur, notamment les exercices de relaxation comme celui décrit au chapitre 6. (Pour plus d’informations sur le sujet, voyez le chapitre 7.)
Vous pouvez envisager de commencer par ouvrir et assouplir les petites douleurs survenant au cours de la méditation assise, puis travailler progressivement sur des douleurs plus importantes (violent mal de tête, mal de gorge ou mal de dos).
Vous pouvez aussi effectuer le travail immédiat de mettre à l’épreuve l’histoire que vous raconte votre esprit et de retourner aux sensations nues de la douleur elle-même – qui sera inévitablement plus supportable que le scénario catastrophe que votre mental n’a de cesse de monter de toutes pièces. Dans son livre Full Catastrophe Living, Jon Kabat-Zinn, qui travaille à la clinique de réduction du stress du Centre Médical de l’Université du Massachusetts, sur des patients atteints de maladies chroniques, propose d’aller directement dans les sensations de douleur et de se poser la question : « Quel est le degré de ma douleur en ce moment précis ? » Dans la majeure partie des cas, dit-il, vous vous rendrez compte que votre douleur est après tout tolérable.
La douleur intense ayant aussi tendance à faire sortir les problèmes non résolus et les émotions non ressenties accumulés tout au long de la vie, ne soyez pas surpris si vous devez aussi vous tourner vers le chapitre 10 pour y trouver quelques conseils sur les états mentaux difficiles. Enfin, la douleur est dans certains cas un extraordinaire professeur qui vous pousse à approfondir votre méditation et à vous ouvrir au moment présent comme jamais vous ne l’avez encore fait.
- 7. Amenez de nouveau votre sourire dans vos yeux puis dans votre bouche.
- 8. Produisez un peu de salive, avalez-la et laissez votre sourire la suivre le long de votre système digestif, diffusant la relaxation dans tout votre tube digestif (œsophage, estomac, intestin grêle et côlon).
- 9. Ramenez une fois de plus votre
sourire à vos yeux et faites-le descendre au centre de votre
colonne vertébrale, vertèbre après vertèbre, jusqu’au
coccyx.
Gardez le dos bien droit pendant l’exercice. - 10. Lorsque vous en avez terminé
avec votre colonne vertébrale, reposez votre sourire dans votre Tan
t’ien et observez comment vous vous sentez.
Reposez-vous ainsi pendant quelques minutes avant de reprendre vos activités normales. Une fois l’habitude prise, il ne vous faudra que quelques minutes pour effectuer cet exercice.
Un bon médicament
Si
vous souffrez d’une maladie qui requiert un traitement
médicamenteux, avaler vos médicaments peut vous procurer un certain
dégoût, un jugement négatif ou une aversion face à votre état comme
si vous vous sentiez mal foutu ou responsable d’avoir laissé votre
corps souffrir. Pendre les médicaments (ou toute autre forme de
traitement) en toute conscience permet d’accompagner le traitement
d’amour et d’augmenter ainsi considérablement son pouvoir curatif.
(Même sans être malade, rien ne s’oppose à ce que vous adoptiez une
attitude identique en prenant des vitamines ou des plantes
médicinales.) Les Sioux connaissent cela très bien puisqu’ils
nomment chaque acte d’amour « bon médicament ». (La
méditation suivante est adaptée du livre de Stephen Levine
Healing Into Life and Death.)
- Commencez par fermer les
yeux et tenir les comprimés dans une main pendant quelques
instants.
Notez la sensation qu’ils produisent : leur poids, leur texture. - Songez que ces
médicaments ont le pouvoir d’aider votre corps à
guérir.
Il est même possible que vous éprouviez de la gratitude à remonter dans votre cœur. Vous faites partie des chanceux : vous avez accès aux soins médicaux, et ces médicaments vous ont été prescrits par un médecin. - Observez toute éventuelle
résistance à prendre ces médicaments – peur, honte ou
sentiment de réprobation.
Laissez ces sentiments monter dans votre conscience et accueillez-les avec gentillesse et compassion. - Détendez-vous et assouplissez votre corps pendant que vous vous préparez à recevoir les comprimés.
- Doucement et avec toute
votre attention, déposez-les dans votre bouche et avalez-les avec
quelque chose à boire.
Sentez-les descendre dans votre œsophage jusqu’à votre estomac puis irradier leur pouvoir curatif comme la douce sensation d’un feu rougeoyant. Ouvrez votre corps pour les recevoir. - Imaginez les médicaments
pénétrer dans votre sang et atteindre les zones qui implorent la
guérison.
Accompagnez les médicaments d’amour et de compassion. - Sentez l’amour et les
médicaments inonder et guérir les zones malades.
Imaginez toutes les maladies et toute résistance disparaître. Laissez-vous guérir. - Restez assis en silence quelques minutes pendant que les médicaments et l’amour poursuivent leur mission de guérison.
Guérir avec la lumière
Tout
comme il est possible de purifier et d’éliminer vos schémas
habituels en suscitant le pouvoir d’êtres ou d’énergies spirituels,
il est possible d’accéder à la même source de pouvoir et de lumière
pour aider le corps à guérir. Somme toute, la maladie physique et
la souffrance émotionnelle ne sont que différentes facettes d’un
même problème fondamental – différentes façons de vous
éloigner de votre intégralité et de votre santé. Voici un exercice
destiné à diriger la lumière aux endroits internes de votre corps
qui implorent la guérison.
- Commencez par vous
asseoir et méditer selon vos habitudes pendant plusieurs
minutes.
Si vous n’avez pas d’habitudes établies, voyez le chapitre 6 – ou contentez-vous de vous asseoir en silence, de respirer profondément tout en laissant votre corps se décontracter légèrement à chaque expiration. - Imaginez une sphère de
lumière suspendue à environ 30 cm au-dessus de votre tête, un peu
vers l’avant.
En regardant de plus près, vous remarquez que cette sphère a la forme d’un être qui incarne toute l’énergie positive et curative dont vous avez besoin. Cela peut être un personnage spirituel comme Jésus, la Vierge Marie ou le Dalaï-Lama, mais aussi un être ou un objet naturel (soleil, lune, vent, océan, arbre, fleur ou montagne, par exemple). - Imaginez cette sphère
irradier de la lumière dans toutes les directions jusqu’aux confins
de l’univers.
Ce faisant, elle aspire l’énergie de toutes les forces bienfaisantes qui aident à votre guérison dans la sphère. - Imaginez cette énergie
curative et positive briller comme la lumière d’un millier de
soleils circulant dans votre corps.
Imaginez que cette lumière élimine le stress, la toxicité, le désaccord, la maladie et les remplace par le rayonnement, la vitalité et la santé. Vous pouvez imaginer en particulier que vous dirigez cette lumière comme un flambeau vers toutes les zones impliquées dans votre maladie ou votre souffrance. Imaginez cette lumière dissoudre les contractions pour les remplacer par une ouverture d’esprit et un confort et inonder tout point faible de pouvoir et de force. - Continuez d’imaginer cette lumière puissante et curative insuffler chaque cellule et chaque molécule de votre être, vous laissant en bonne santé, apaisé et fort.
- Imaginez que cette sphère lumineuse descende progressivement dans votre cœur où elle continue d’irradier cette puissante lumière curative.
- Imaginez-vous devenu un
être lumineux doté d’une sphère lumineuse dans le cœur qui irradie
en permanence la santé, l’harmonie, la paix et la
vitalité – dans un premier temps à l’ensemble des
cellules et particules de votre propre être, puis, à travers vous,
à tous les autres êtres, dans toutes les
directions.
Vous pouvez porter en vous le sentiment de vitalité et de force suscité par cet exercice pendant le reste de la journée.
La respiration Ahhh
Si
vous êtes à la recherche d’un moyen d’aider quelqu’un que vous
aimez à se rétablir, en dehors de lui acheter des fleurs, lui faire
la cuisine ou l’aider dans les tâches ménagères, essayez cette
méditation à deux, tirée du travail de Stephen Levine, dont les
très nombreux ouvrages ont aidé des milliers de personnes à vivre
(et mourir) avec plus d’amour et de conscience. Il écrit dans
Healing into Life and Death :
« c’est l’un des exercices les plus simples et les plus
efficaces que nous connaissions pour donner confiance en une
guérison définitive jamais bien loin – pour sentir le
cœur que nous partageons tous, l’esprit unique de l’être ».
Elle peut aussi vous servir à renforcer l’intimité de vos relations
avec vos parents, vos enfants, votre partenaire et vos amis. (Si
l’autre personne se sent d’attaque, prenez le temps de recevoir
aussi la respiration Ahhh en plus de la donner.)
- Avant de commencer,
décrivez l’exercice à votre partenaire et assurez-vous qu’il n’est
pas gêné de le faire.
Dites-lui qu’il peut l’interrompre à n’importe quel moment, simplement en levant le bras. - Commencez par faire
allonger la personne recevant la respiration Ahhh sur un lit ou par
terre.
Asseyez-vous près d’elle, au niveau du buste, mais sans la toucher. - Encouragez cette autre
personne à se détendre et à respirer confortablement tout en
observant les allées et venues de sa respiration.
Abandonnez maintenant toute communication verbale jusqu’à la fin de l’exercice. - Commencez à synchroniser
votre respiration sur la sienne.
Inspirez et expirez en même temps qu’elle. Adaptez-vous à un changement éventuel de rythme et modifiez votre rythme en conséquence. - Après 8 à 10
respirations, commencez à prononcer le son Ahhh sur l’expiration,
avec douceur, gentillesse mais de façon audible.
À chaque répétition, laissez le son monter d’un endroit un peu plus profond du corps, pour que le « Ahhh » finisse par provenir du fond de votre ventre. Inspirez ensemble en silence, puis dites « Ahhh » sur l’expiration. (Votre partenaire n’a pas besoin de répéter le son.) - Poursuivez cette
méditation partagée pendant aussi longtemps que vous vous sentez à
l’aise.
Lorsque vous avez fini, prenez le temps de discuter avec votre partenaire de vos expériences. Cette pratique à deux provoque des réponses diverses. Certaines personnes se détendent comme elles ne l’ont jamais fait avant, d’autres remarquent une crainte de lâcher prise ou d’être si près de l’autre personne. D’autres enfin ont une vision de paix profonde au-delà de leurs soucis et de leur désarroi habituels. Quelle que soit votre expérience (et celle de votre partenaire), vous pouvez l’accueillir (autant que possible) avec une ouverture d’esprit et une acceptation neutre.
La Grande Mère
Nombre de traditions méditatives présentent un
archétype du personnage féminin qui nourrit, guérit et porte la
souffrance des autres. Dans la tradition chrétienne, il s’agit de
Marie, la mère des douleurs. Dans le bouddhisme, elle est incarnée
par Kuan-Yin, littéralement « celui qui est attentif au ton
(suppliant) du monde », qui entend et répond aux pleurs du
monde. Modelée d’après la bonne mère qui aime ses enfants sans
condition, la Grande Mère peut être invoquée sous toutes les formes
que vous voulez. Elle possède la capacité d’apaiser votre douleur
de sa compassion et de vous aider à guérir en totalité.
- 1. Commencez par vous asseoir
confortablement, fermer les yeux et respirer profondément à
plusieurs reprises en vous décontractant un peu à chaque
expiration.
Laissez votre ventre s’assouplir. - 2. Portez votre attention sur votre
cœur et observez la présence d’une éventuelle douleur ou souffrance
à cet endroit-là.
Respirez légèrement et en toute conscience sur l’endroit douloureux à l’intérieur du cœur. - 3. Imaginez la présence d’un
personnage féminin d’une compassion infinie – la Grande
Mère.
Sentez ses bras vous entourer et vous tenir dans son étreinte chaleureuse, nourrissante et encourageante. Relâchez-vous complètement et décontractez-vous dans ses bras. Vous n’avez plus besoin de vous soutenir. - 4. À chaque inspiration, aspirez
son amour à l’intérieur de votre cœur sous la forme d’une lumière
liquide et chaude.
À chaque expiration, ressortez toute la souffrance et la maladie sous la forme d’une suie noire, qu’elle reçoit naturellement pour la transformer en lumière. - 5. Si vous avez envie de partager
votre douleur avec elle par des mots ou des larmes,
faites-le.
Son cœur infini est rempli de compassion ; elle accueille votre souffrance comme s’il s’agissait de la sienne. - 6. Continuez de vous abandonner
dans ses bras et de recevoir son amour dans votre cœur tout en
laissant la souffrance et le désarroi lâcher
prise.
À chaque respiration, vous vous sentez plus complet, plus entier, plus guéri. Sentez progressivement votre propre cœur fondre dans le sien.
