121.
— Par ici, ai-je lancé, tandis que je cheminais dans les tunnels obscurs.
C’était comme si un plan détaillé avait été imprimé sur mes rétines, lequel, plaqué sur la réalité de notre monde, m’indiquait par où aller. Si on m’avait dit que cet effet de carte devait rester là pour toujours, je serais devenue folle. Mais à ce moment-là, c’était rudement utile.
Il y a autre chose que je devrais dire… J’avais une de ces trouilles. La pire de toute ma vie. Et j’ignorais pourquoi. Peut-être que la réalité me faisait peur. J’avais également un mal de tête lancinant, ce qui me rendait plus dingue encore. Est-ce que j’approchais de ma date d’expiration ? Allais-je mourir ? Allais-je simplement tomber raide morte, emportée loin du monde et de mes amis ?
— C’est la Voix qui t’a parlé de ça, Max ? m’a demandé Nudge d’un coup de coude.
— Si on veut.
— Génial ! a fait Iggy dans sa barbe, mais je l’ai ignoré.
Chaque pas nous rapprochait un peu plus de l’Institut, je le sentais. On était enfin sur le point d’avoir des réponses à nos questions, mais peut-être aussi de mener le combat le plus violent de toute notre vie. Pourtant, notre curiosité était plus forte que tout. On mourait d’envie de savoir qui on était, qui nous avait enlevés à nos parents, qui nous avait greffé de l’ADN aviaire, et pourquoi. J’évitais délibérément la question de mes parents. Je n’étais vraiment pas sûre de supporter la vérité. Mais tout, en moi, brûlait d’impatience d’avoir les autres réponses. Je voulais des noms. Je voulais savoir qui était derrière tout ça, comment ils s’appelaient et où ils habitaient.
— Bon, c’est ici que le tunnel se sépare, ai-je fait. Nous, on prend celui sans rail.
Angel, qui s’en remettait entièrement à moi, avait mis sa petite main dans la mienne. Le Gasman était toujours groggy. Il n’avait pas assez dormi. Iggy avait passé un doigt dans la boucle de ceinture de Fang.
On cherchait une grille rouillée dans le sol. Dans mon rêve, elle était située à l’intersection de deux tunnels, donc elle aurait dû être là. Mais non. Je ne la voyais pas. Je me suis arrêtée et les autres, derrière, ont fait de même.
— Elle devrait être là, ce n’est pas possible autrement, ai-je soufflé, scrutant l’obscurité.
Ne pense pas comme ça, Max, à ce qui devrait ou ne devrait pas être là. Réfléchis à ce qui est là.
J’ai serré les dents. Ça te tuerait de me dire les choses clairement pour une fois ? Pouvait-on passer à autre chose qu’au « mode devinette » ?
Soit. Qu’y avait-il donc là ? J’ai fermé les yeux pour mieux sentir où j’étais et m’imprégner au maximum de toutes les sensations qui surgiraient. J’avais clairement l’air cruche.
Après, j’ai recommencé à avancer en gardant les yeux fermés. J’espérais sentir la direction dans laquelle aller. Instinctivement, j’ai senti qu’il fallait m’arrêter. Ce que j’ai fait. Et puis j’ai baissé les yeux.
Là, juste à mes pieds, j’apercevais le vague contour d’une grande grille couverte de rouille.
Eh ben ! Plutôt douée, ma fille ! me suis-je dit, avant de faire « Par ici » aux autres.
On n’a eu aucun mal à soulever la grille parce que ses boulons se sont désintégrés en une poudre de rouille au moment où Fang, Iggy et moi avons tiré. Une fois délogée, on a placé la grille à l’écart.
Dessous, une bouche d’égout s’enfonçait. Sur l’un des côtés, il y avait une série de poignées en forme de U rouillées. Je me suis assise sur le bord et j’ai commencé ma descente dans les égouts de New York.
Vous parlez d’une destinée.
Le moment était finalement venu de poser une question à la Voix. UNE question ! Vais-je mourir ? Est-ce que c’est ça, le fin mot de l’histoire ?
Un ange est passé. Ça a duré longtemps, très longtemps. Dans le genre insupportablement longtemps.
Pour finir, la Voix s’est décidée à répondre. Oui, Max, tu vas mourir en effet. Comme tout le monde.
Merci, Confucius.