102.
Mes poumons me brûlaient. Vous voyez ce que ça fait ? À six rues de là, on a ralenti et on a recommencé à marcher. Visiblement, on n’était pas suivis. Pas de voitures de police en vue et aucune trace d’Eraser non plus. Dans mon crâne, ça faisait boum-boum, comme un marteau-piqueur. Je jonglais. Je n’aurais pas refusé un temps mort. Pouce ! Laissez-moi souffler !
Sans crier gare, le Gasman a fait volte-face et flanqué son poing dans une boîte à lettres.
— J’en ai marre ! a-t-il hurlé. Ça va jamais comme on veut. On n’a que des problèmes ! Le cerveau de Max est foutu, Angel a perdu Céleste et on crève tous de faim. J’en ai marre de tout ça. J’en ai marre ! ! !
Stupéfaite, j’ai refermé ma mâchoire pendante et me suis approchée de lui. Mais quand j’ai mis ma main sur son épaule, il l’a repoussée. Les autres ont fait un cercle autour de nous. Ça ne ressemblait tellement pas à Gazzy de craquer comme ça, lui qui ne se plaignait jamais.
Merde de merde de merde.
Ils me regardaient tous les quatre, comme s’ils attendaient que je dise au Gasman de se contrôler, de ne pas flancher.
Mais j’ai mis mes bras autour de lui, posé ma tête sur la sienne et je l’ai serré fort. Puis, j’ai lissé ses cheveux clairs. Je pouvais sentir son petit dos trembler.
— Je suis sincèrement désolée, Gazzy, ai-je fait tout bas. Tu as raison. Il y en a vraiment assez de tout ça. Je sais que c’est hyper dur parfois. Dis-moi ce qui te remonterait le moral, tout de suite maintenant ?
Je jure que s’il avait dit « prendre une chambre d’hôtel au Ritz[21] » à ce moment-là, je l’aurais fait.
Il a reniflé et s’est redressé un peu avant d’essuyer son visage dans sa manche sale. En voyant ça, j’ai décidé que je nous achèterais des nouveaux vêtements sans tarder. Parce que Madame Carte Bleue, c’était moi à présent.
— Tu es sérieuse ? a-t-il demandé de sa petite voix fluette, jeunette.
— Tout à fait.
— Alors, ce que je voudrais… euh… c’est qu’on s’assoie quelque part et qu’on mange plein de trucs. Pas simplement manger en marchant. Je veux m’asseoir et me reposer et manger.
Je l’ai fixé, l’air grave.
— Je crois que ça peut s’arranger.