105.
La sortie de secours par les cuisines, vous vous souvenez ? Eh bien, ça aurait pu fonctionner si les flics ne s’étaient pas séparés pour passer par-devant et – vous avez deviné – par-derrière, où se trouvaient les cuisines.
Autour de nous, les gens attablés avaient un trou béant à la place de la bouche. C’était probablement le truc le plus excitant de toute la semaine qui leur soit arrivé.
— On décolle, a lâché Fang et j’ai acquiescé à contrecœur.
Nudge et Iggy paraissaient étonnés. Gazzy faisait un petit rictus et Angel arborait son air décidé.
— Très bien, les enfants, a déclaré une femme flic en se faufilant entre les tables. Vous allez venir avec nous au poste et on va téléphoner à vos parents.
Jason m’a regardée de haut. Ça m’a mise dans une rage folle. Est-ce qu’on pourrait nous foutre la paix, rien qu’une fois ? Sans réfléchir, j’ai empoigné d’un coup la bouteille d’huile d’olive et je l’ai vidée sur sa tête. Le liquide vert pâle a dégouliné sur son visage, tout autour de sa bouche en « O ».
Si ça, ça l’avait surpris, ce qui s’est passé par la suite a dû lui foutre un sacré coup.
En un éclair – un truc que seuls les mini mutants ailés comme nous peuvent faire – j’ai bondi sur une chaise, rebondi sur une table et sauté en l’air en ouvrant grand les ailes. Mais je suis dangereusement retombée en direction du sol. Rien ne valait un bon décollage après un sprint. Pourtant, je suis parvenue à remonter vers le plafond grâce à un nouveau battement d’ailes.
Angel m’a rejointe, suivie d’Iggy, du Gasman, de Nudge et de Fang.
Après un coup d’œil en bas, je n’ai pas pu m’empêcher de rire en voyant la tête des gens. « Étonnés » n’est probablement pas le mot qui convient. Disons plutôt abasourdis, interloqués, stupéfaits, complètement flippés.
— Connard ! a hurlé le Gasman en bombardant le gérant de morceaux de pain.
Fang volait en cercles sous le plafond, à la recherche d’une issue. J’ai vu que les flics s’étaient remis du choc et qu’ils se déployaient.
Franchement, entre vous et moi : c’était bidonnant. Oui, c’est vrai qu’on était dans la merde, que c’était la cata même, mais je dois reconnaître que de voir tous ces visages levés vers nous et la tronche que les gens faisaient était le meilleur truc qui nous soit arrivé depuis qu’on était à New York.
— Par ici ! a crié Fang le doigt pointé vers une lucarne en vitrail.
— Allons-y ! ai-je hurlé à mon tour alors que je remarquais tout juste les flashs des appareils photo braqués sur nous. Oh-oooooooh, mauvaise nouvelle. Fallait vraiment filer.
Fang a rentré la tête dans les épaules et il a mis ses bras autour pour se protéger. Ensuite, il a foncé droit sur la fenêtre. Elle a explosé dans un arc-en-ciel d’éclats de verre.
Iggy, situé juste derrière Nudge, frôlait sa cheville des doigts en guise de repère. Ensemble, ils sont passés après Fang, une fois leurs ailes repliées.
— À ton tour, Angel ! ai-je ordonné et elle est passée elle aussi avec ses petites ailes blanches, pareilles à celles de Céleste.
— Gazzy ! Dépêche !
Je l’ai aperçu qui faisait un dernier piqué pour attraper un dessert laissé à l’abandon sur une table. Il a enfourné un éclair entier dans sa bouche et il a hoché la tête en se dirigeant vers la lucarne. Comme d’hab’, c’est moi qui suis sortie en dernier. La seconde d’après, je profitais du plein air pour me dégourdir les ailes et respirer à pleins poumons. Je savais qu’on venait de faire une grossière erreur et qu’on allait le payer cher.
Mais vous savez quoi ? Ça en valait presque la peine.
Vous auriez dû voir leurs tronches…