86.
J’ai écarquillé les yeux en voyant le visage crasseux du gamin.
— Tu es qui, toi ? ai-je demandé une nouvelle fois, avec la même voix tremblante.
— Je suis le mec qui va te botter le cul si tu n’arrêtes pas de foutre la merde dans mon système, a sorti le garçon, en colère.
L’instant d’après, l’écran de son ordinateur est redevenu normal, reprenant une teinte vert kaki assortie à son treillis. Ensuite, de grandes lettres rouges ont défilé de bas en haut : Bonjour, Max.
Fang a brusquement tourné la tête vers moi et je lui ai rendu son regard, l’air désespéré. Puis, au même moment, comme si nos cerveaux communiquaient au moyen d’un fil invisible, on s’est tournés pour fixer encore une fois l’ordinateur. Sur l’écran, on pouvait lire : Bienvenue à New York.
Dans ma tête résonnait une voix qui disait Je savais que tu viendrais. J’ai de grands projets pour toi.
— T’as entendu ? ai-je chuchoté.
— Quoi donc ? a interrogé Fang.
— Cette voix.
J’avais toujours très mal à la tête, mais moins qu’avant et, visiblement, j’allais pouvoir éviter de gerber. J’ai repris mon massage de tempes, les yeux rivés sur le Mac.
— C’est quoi ce délire ? (Il s’exprimait sur un ton un peu moins agressif et un peu plus flippé.) C’est qui, Max ? Et comment vous arrivez à faire ça ?
— On ne fait rien du tout, a répondu Fang.
Un sursaut de douleur a frappé mon cerveau et sur l’écran de l’ordinateur ont recommencé à défiler des images, des bribes de charabia, des plans, des dessins, tous aussi chaotiques et confus les uns que les autres.
En observant l’écran tout en continuant à grimacer de douleur, les doigts sur les tempes, j’ai repéré six mots : Institut des sciences de la vie.
Je me suis tournée vers Fang qui m’a fait un petit signe de la tête : il les avait vus lui aussi.
Aussitôt après, l’écran est redevenu tout noir.