116.
— Mais qui voilà ? À la playa.
Cette nuit-là, je me suis réveillée au son de la faible voix, mielleuse et menaçante. Mon corps, d’un coup, s’est raidi comme un arc et j’ai tenté de sauter sur mes pieds. Mais une grosse botte, écrasée sur ma poitrine, m’en empêchait.
Ari. Encore lui. Toujours lui.
La seconde suivante, Fang et Iggy se sont réveillés. De ma main libre, j’ai vite réveillé Nudge.
L’adrénaline courait dans mes veines, nouait mes muscles sur son passage. Lorsque Angel s’est réveillée, elle s’est élevée instantanément dans les airs, sans même prendre d’élan. Elle maintenait Céleste bien plaqué tout en planant à quelques mètres au-dessus de nous. Je l’ai aperçue qui regardait partout, affolée.
À mon tour, j’ai regardé tout autour de moi.
Et j’ai eu le souffle coupé malgré moi.
Nous étions cernés par des Erasers. Je n’en avais jamais vu autant. Des centaines et des centaines d’entre eux, littéralement. Apparemment, ils en avaient fait un élevage intensif.
Ari s’est penché sur moi et a murmuré :
— Tu es tellement mignonne quand tu dors… et que tu as la bouche fermée. Mais quel dommage d’avoir coupé tes cheveux !
— Quand je voudrai ton avis, je te ferai signe, lui ai-je craché tout en essayant de me libérer.
Il a gloussé, puis il m’a caressé la joue d’une griffe.
— J’aime les nanas qui ont du cran.
— Lâche-la ! a ordonné Fang en sautant sur Ari par surprise.
Ce dernier était bien plus lourd que lui – il devait peser quarante kilos de plus au bas mot –, mais Fang était dans une rage folle et décidé à passer ses nerfs sur quelqu’un. Il me faisait flipper lorsqu’il était dans cet état-là.
Avec Iggy, on a bondi pour venir en aide à Fang, mais des Erasers nous sont tombés dessus sur-le-champ.
— Nudge et Gazzy… Décollage, ai-je hurlé. Maintenant !
Ils ont obéi sans sourciller et sont allés rejoindre Angel à grands coups d’ailes. Des Erasers avaient tenté de les attraper par les pieds, mais c’était trop tard. Ils avaient été plus rapides. J’étais très fière d’eux, en particulier de Nudge qui grognait férocement.
J’ai eu beau me débattre, quand les Erasers s’y sont mis à trois pour me retenir, je me suis retrouvée coincée, serrée contre eux. Beurk !
— Fang ! me suis-je écriée, mais il ne m’a pas entendue.
Il était occupé à se battre contre Ari qui le griffait au visage, le marquant de lignes rouges parallèles.
En dépit de notre puissance surnaturelle, on n’arrive pas à la cheville des Erasers adultes en termes de masse musculaire. Ari avait pris le dessus sur Fang, mais celui-ci a quand même réussi à lui lacérer l’épaule en retour.
Ari a glapi de douleur et il a montré ses dents. Il a eu un mouvement de recul avant de se jeter une nouvelle fois sur Fang, le cognant sur le coin de la tête. J’ai vu son crâne projeté à gauche puis à droite et ses yeux se fermer. Finalement, il est tombé sur le sable comme un poids mort.
Ari a pris Fang par la tête et il l’a traîné jusqu’à un rocher où il s’est remis à le cogner.
— Fous-lui la paix ! Arrête ! Je t’en supplie… arrête !
Je hurlais littéralement, la vue brouillée par une rageuse folie. J’ai réussi à écrabouiller de toutes mes forces les orteils d’un des trois Erasers qui me tenaient. Il a lâché un gros mot en criant, avant de me tordre le bras jusqu’à ce que des larmes coulent sur mes joues.
Fang a entrouvert les yeux. Voyant qu’Ari était au-dessus de lui, il a pris une poignée de sable et la lui a lancée au visage. Fang s’est levé précipitamment et il a envoyé un coup de pied circulaire en plein dans la poitrine d’Ari. Ce dernier a reculé en titubant, la respiration sifflante. Mais il s’est repris aussi vite et a flanqué un grand coup de coude à Fang. Du sang a coulé de sa bouche et il est retombé à terre.
Je continuais à pleurer en silence, l’une des pattes rêches et poilues d’un Eraser sur la bouche.
Pour finir, la gueule ouverte et les canines prêtes à le déchiqueter, Ari s’est plié en deux au-dessus de Fang.
— T’as eu ton compte ? a-t-il fait dans un grognement féroce. Prêt à dire adieu à tes amis les mutants ailés ?
Oh non ! Non ! Non ! Non ! Pas Fang ! Pas lui, non !
— Ari !
J’ai ouvert les yeux en grand. Je connaissais trop bien cette voix.
Jeb. Mon père adoptif. Récemment promu au rang de pire ennemi.