17.
— Onnnnnnnnnh !
Quel lit épouvantable ! Comment ce truc pouvait-il être aussi inconfortable ?
Énervée, j’ai donné des coups de poing dans mon oreiller pour lui redonner sa forme. Mais très vite, je me suis mise à éternuer comme une cinglée à cause des nuages de poussière qui s’en dégageaient.
— Aaa… aaaaaaaaaa… atchoum !
Je me suis bouché les narines pour empêcher mon cerveau de s’enfuir par les trous, mais ce mouvement soudain m’a fait perdre l’équilibre et je suis tombée comme une crêpe sur le sol. Boum !
— Ouille ! Bordel de… Je me suis redressée avec peine. J’ai tâté un tissu rugueux et une table. Je me sentais complètement paumée. Puis j’ai ouvert péniblement mes yeux encore voilés pour regarder autour de moi. Qu’est-ce que…
Où étais-je ? J’ai scruté partout. Un… chalet. Mais oui ! Le chalet. C’est vrai !
Il ne faisait pas tout à fait jour.
J’ai sauté sur mes pieds. Pas de quoi s’inquiéter. Si ce n’est peut-être à propos du fait que Fang, Nudge et moi venions de gaspiller de précieuses heures en dormant.
C’est pas vrai ! J’ai bondi sur Nudge, vautrée sur une chaise longue.
— Nudge ! Nudge ! Réveille-toi !
Je me suis tournée vers Fang qui balançait ses pieds dans le vide, à l’extrémité d’un canapé. Il a éternué avant de secouer la tête.
— Il est quelle heure ? a-t-il demandé, placide.
— Le soleil va presque se lever ! j’ai fait, totalement chamboulée. On a dormi toute la nuit !
Il se dirigeait déjà vers les placards de la cuisine pour remplir soigneusement de boîtes de thon, de sacs hermétiques de crackers et de fruits secs le vieux sac à dos taché qu’il avait trouvé dans une armoire.
— Qu’est-ce qui s’passe ? a interrogé Nudge comme elle battait des paupières, l’air sonné.
— On s’est endormis ! ai-je répondu en lui prenant les mains pour la mettre debout. Allez ! Faut y aller !
À quatre pattes, j’ai ratissé le dessous du canapé à la recherche de mes chaussures. J’ai ôté les mitons de poussière qu’il y avait dessus en soufflant un bon coup.
— Fang, tu ne peux pas porter tout ça. Le poids va te ralentir. Il n’y a rien de plus lourd que des boîtes de conserve.
Il a haussé les épaules avant de mettre le sac sur son dos. Quelle tête de mule celui-là ! Ensuite, il a traversé la pièce sans un bruit et s’est glissé par la fenêtre telle une ombre.
Moi j’étais occupée à visser les chaussures de Nudge – ses pieds et à lui frotter le dos pour tenter de la réveiller. Nudge met toujours une éterrrrrrrrrrnité à émerger le matin. En règle générale, j’appréciais que le moulin à paroles soit encore un peu éteint, le temps qu’elle se réveille. Mais à ce moment précis, il fallait bouger. Vite ! Vite !
J’ai presque jeté Nudge par la fenêtre avant de glisser par l’ouverture à mon tour. Enfin, j’ai remis la moustiquaire en place du mieux que je pouvais.
On a pris notre élan en courant sur une petite route de campagne et on a décollé dans de grands mouvements de bras, poussant sur nos ailes.
Pardonne-moi, Angel. Pardon, mon bébé. Pardon, pardon, pardon.