108.
Le lendemain matin, en ouvrant pour la première fois les yeux, les journaux ainsi qu’un petit déjeuner m’attendaient.
— Ouah ! ai-je bredouillé.
— On est allés chercher le petit déjeuner, a expliqué Fang en prenant une bouchée de son muffin, parce que tu dormais comme une souche.
Dès la première bouchée, j’ai senti une certaine tension planer autour de moi.
— Et quoi d’autre ?
Fang m’a indiqué les journaux d’un petit signe.
— Je croyais que tu les avais achetés pour lire les B.D., ai-je lancé comme je tirais sur la pile.
Auparavant, notre stratégie pour garder la vie sauve avait consisté à ne pas se faire remarquer et à se cacher le plus souvent possible. Mais je suppose que le fait d’avoir notre photo en première page du New York Post sous les grosses lettres du titre qui disait « Miracle ou illusion ? Super héros ou monstres génétiques ? » a réduit cette stratégie à néant.
Fang avait acheté quatre journaux différents et, sur chacun d’entre eux, des photos floues de nous en train de voler gaiement au restaurant s’étalaient en première page.
— Suis tombé dessus quand on est sortis acheter à manger, a raconté Fang entre deux aspirations de jus de fruit à la paille. F’rait mieux de rester planqués quelque temps.
— Merci du conseil, Docteur Watson, ai-je lâché, irritée.
C’est vrai, quoi ? Ça l’aurait tué de faire une phrase complète, une fois de temps en temps ? J’ai jeté un œil au New York Times. Au bas d’une autre photo floue, un commentaire disait : « Personne n’a revendiqué ce qui pourrait être le plus grand canular de l’année…
J’ai fini par pousser un soupir avant de revenir à mon muffin.
— Le résultat, c’est qu’on va passer aussi inaperçus que des lanternes dans la nuit. Donc on dirait qu’on va devoir oublier l’Institut, au moins pour un temps.
Je me sentais tellement frustrée que j’aurais pu hurler.
— On pourrait peut-être se déguiser, a proposé le Gasman.
— Ouais, avec des lunettes et des faux nez, a approuvé Angel. Je leur ai souri à tous les deux.
— Vous croyez ? Vraiment ?