81.
À l’intérieur, on a trouvé la bibliothèque sensationnelle. C’était la première fois qu’on mettait les pieds dans une bibliothèque et on regardait partout, nous les bons péquenots provinciaux.
— Je peux vous aider ?
Le type était jeune, debout derrière un comptoir en bois verni. Il n’avait pas trop l’air d’approuver notre présence, sans pour autant me donner le sentiment de vouloir nous réduire en miettes. J’en ai donc conclu que ce n’était pas un Eraser.
— Oui. (Je me suis approchée, l’air aussi grave et professionnel qu’une mutante de quatorze ans qui n’a jamais mis les pieds dans une bibliothèque peut l’être.) Je suis à la recherche d’informations sur un Institut en particulier qui Je crois, se trouve à New York. (Je lui ai décoché un sourire plein de chaleur et il a battu des paupières.) Malheureusement, je ne sais pas comment il s’appelle exactement ni où il est. Auriez-vous un ordinateur pour que je cherche ? Ou peut-être une base de données ?
Il nous a toisés tous les six. Angel a fait un pas vers moi et elle a mis sa main dans la mienne. Elle souriait au type, toute mignonne avec son air… ben… son air d’ange.
— Troisième étage, a lâché le mec après une pause. Il y a une salle informatique à côté de la salle de lecture principale. C’est gratuit mais il faut vous inscrire.
— Merci beaucoup, ai-je fait tout en continuant à sourire.
Ensuite, on s’est dépêchés d’aller vers l’ascenseur.
Le Gasman a appuyé sur le chiffre trois.
— Quelle charmeuse, vraiment ! a lancé Fang entre ses dents sans même me regarder.
— Quoi ? ai-je répondu, étonnée, mais il n’a plus rien dit.
L’ascenseur a commencé à monter. C’était horrible pour nous d’être cloîtrés dans ce minuscule espace. Quand nous sommes arrivés au troisième, des gouttes de sueur perlaient sur mon front. On a bondi hors de l’engin comme s’il avait été sous pression.
On a aussitôt trouvé une rangée d’ordinateurs avec des instructions pour surfer sur le Net. Il suffisait de s’inscrire à l’entrée. J’ai signé Ella Martinez d’un grand geste de la main et l’employée m’a souri.
C’est le dernier truc un peu sympa que j’ai fait au cours de l’heure et demie qui a suivi. Avec Fang, on a cherché de mille et une façons les différents instituts qu’il y avait à New York. On en a trouvé des millions, de toutes sortes, mais aucun qui se rapprochait vraiment de ce qu’on recherchait. Celui que j’ai préféré, c’est l’Institut du Développement du Potentiel caché de votre Animal domestique. Si quelqu’un pouvait m’expliquer, je ne dirais pas non.
Angel était couchée à nos pieds sous le bureau et se parlait tout bas à elle-même. Nudge et le Gasman jouaient au pendu sur un morceau de papier froissé. De temps à autre, on les entendait qui se chamaillaient, étant donné qu’il n’y en avait pas un pour rattraper l’autre en orthographe.
Iggy était assis sans bouger, mais je savais qu’il ne ratait pas un murmure, pas un bruit de chaise ou le froufrou d’un tissu, dessinant dans sa tête une carte invisible de tout ce qui l’entourait.
J’ai lancé une nouvelle recherche, puis j’ai étudié, avec un désarroi croissant, l’écran de l’ordinateur qui devenait tout flou, signe que la machine avait planté. Le mot « erreur » défilait en orange sur l’écran. Finalement, il s’est assombri complètement et l’ordinateur s’est éteint.
— C’est presque l’heure de la fermeture de toute manière, a déclaré Fang.
— Est-ce qu’on peut dormir ici ? a réclamé Iggy tout doucement. C’est tellement calme. J’aime bien cet endroit.
— Euh… je ne crois pas, non, ai-je répondu en regardant autour de moi.
Je ne m’étais pas rendu compte que tout le monde était parti. Il ne restait plus que nous dans la salle et une employée de la sécurité en uniforme qui venait de nous repérer. Elle s’avançait vers nous lorsque quelque chose dans sa démarche très contrôlée m’a alarmée.
— Tirons-nous, ai-je marmonné sur-le-champ en tirant Iggy de sa chaise.
On est sortis de là en courant sur la pointe des pieds, direction les escaliers qu’on a dévalés quatre à quatre. Je m’attendais à tomber sur des Erasers à chaque instant, mais, au moment de sortir du bâtiment dans la faible lumière de fin d’après-midi pour descendre les marches de pierre à l’entrée, personne ne nous suivait.