107.
En haut, dans son arbre, Angel se cramponnait à Céleste en lui parlant tout bas.
— Je les ai entendus qui parlaient du Directeur de l’École, a fait Nudge. Qui est-ce ?
J’ai haussé les épaules.
— Une personne très importante et très méchante.
Une des nombreuses personnes à nos trousses. Je me suis demandé si c’était Jeb, notre faux père. Notre ancien sauveur, passé au statut de traître.
— Ça va ? a interrogé Iggy.
Je l’ai aperçu qui s’agrippait à une branche sur laquelle ressortaient ses jointures blanches. Je lui ai donné une petite tape du pied.
— Au poil, ai-je répondu. Mais je veux qu’on se tire d’ici sans perdre une minute.
Pour finir, on s’est installés au dernier étage d’un immeuble de quatre-vingt-dix étages en construction dans le nord-est de l’île. Des fenêtres avaient déjà été posées aux soixante-dix premiers étages ou presque mais ici, tout en haut, il n’y avait qu’armature en pierre sèche et matériaux d’isolation. Grâce à d’énormes trous béants, on avait une vue imprenable sur l’East River et Central Park.
Je suis allée avec Nudge chez l’épicier du coin et après, on s’est trimballées avec nos trois gros sacs pleins jusqu’à notre cachette. Elle était venteuse, mais au moins, on y était en sécurité et on ne risquait pas d’être dérangés. On a regardé le coucher du soleil avant de se rassasier enfin. J’avais un peu mal à la tête, mais pas trop.
— Je suis fatiguée, a sorti Angel. J’ai envie d’aller dormir.
— Bonne idée. Essayons de nous reposer, ai-je déclaré, après cette longue et sale journée.
J’ai brandi mon poing gauche et les autres ont empilé le leur sur le mien à tour de rôle. Ce petit rituel, qui nous liait les uns aux autres, avait quelque chose de rassurant.
Le Gasman et moi, on a déblayé quelques débris qui gênaient pendant qu’Iggy et Fang déplaçaient des pierres sèches pour boucher les trous et nous protéger du vent. On a fini par se faire un petit coin douillet où passer la nuit. Passé dix minutes d’ailleurs, tout le monde dormait.
Sauf moi.
Comment faisaient les Erasers pour nous trouver si vite ? J’ai scruté mon poignet gauche, bercée par l’illusion que le simple fait de l’examiner allait faire remonter ma puce à la surface. Si ça se trouve, j’étais aussi visible qu’un phare dans la nuit et je ne pouvais rien y faire. À moins d’abandonner les autres pour partir dans une autre direction. Les Erasers nous pourchassaient mais ne nous tuaient pas. Pourquoi Ari les avait-ils arrêtés aujourd’hui ?
Et que se passait-il avec Angel ? Visiblement, ses pouvoirs de télépathie étaient de plus en plus développés. J’ai poussé un grognement pour moi-même en imaginant Angel, avec sa volonté de fer, qui exigeait des cadeaux d’anniversaire, des bêtises à manger avant le dîner, un nombre débile de vêtements branchés.
Tu vois toujours tout en noir, Max, a fait ma Voix.
Tiens, ça faisait longtemps.
Ça ne sert à rien de se faire du souci. Tu n’as aucun contrôle sur ce qui arrive à Angel. Pour sauver le monde, il n’y a que sur toi que tu aies prise. C’est la seule solution. Dors un peu, Max. Il est temps que tu apprennes deux ou trois choses.
Apprendre quoi ? Mais avant même de pouvoir poser la question, j’ai perdu connaissance, comme si quelqu’un avait appuyé sur le bouton « arrêt » de ma télécommande.