15.
— On n’a qu’à jeter toutes leurs affaires dans le canyon ! a lancé Iggy avec fureur, flanquant son poing dans une porte.
Écouter le reste de la bande s’en aller sans rien dire, rester assis à rien faire, sans rien voir du tout de ce qui se passait, c’était plus qu’il n’en pouvait supporter !
— À mon avis, même leurs lits passent par la fenêtre de l’entrée.
Le Gasman l’a regardé, l’air mauvais.
— J’arrive pas à croire que je dois rester ici pendant qu’ils partent sauver ma propre sœur.
Il a envoyé balader une basket rouge usée contre le plan de travail central de la cuisine. La maison semblait vide et trop calme. Par réflexe, il tendait l’oreille, à l’affût de la voix d’Angel, en train de chanter tout bas ou de parler à ses nounours. C’était sa petite sœur tout de même. Elle était sous sa responsabilité.
Sur le plan de travail, il y avait un paquet de céréales ouvert. Il a plongé une main à l’intérieur et s’en est servi une poignée qu’il a enfournée dans sa bouche. Mais, juste après, il s’est emparé du paquet et l’a projeté contre le mur. Le paquet a explosé, crachant des céréales partout par terre.
— Ça craint ! a crié le Gasman.
— Oh ! Tu te réveilles, toi ? a fait Iggy avec sarcasme. J’oubliais que le Gasman, on ne la lui fait pas. Il n’a peut-être pas l’air d’une lumière comme ça, mais… !
— Ferme-la ! a lâché le Gasman. (Iggy avait les sourcils circonflexes sous le coup de la surprise.) Écoute. Ça craint à fond, je sais. Max nous a laissés ici parce qu’elle pensait qu’on ne pourrait pas suivre.
Le visage d’Iggy s’est fermé.
— Mais tu crois qu’elle aurait pensé à ce qui allait se passer si les Erasers revenaient ? a interrogé le Gasman. C’est vrai, ils ont enlevé Angel pas loin d’ici et ils nous ont tous vus à ce moment-là. Alors ils doivent savoir qu’on vit dans le coin. Qu’est-ce qui nous dit qu’ils ne reviendront pas pour nous ?
— Han, a fait Iggy, l’air pensif. Ouais, mais ce sera dur de trouver notre maison et encore plus dur d’arriver jusque-là.
— Pas avec un hélico…, a fait remarquer le Gasman.
— Han, a refait Iggy, ce qui a rempli le Gasman de fierté d’avoir songé à tout ce scénario avant Iggy, bien que celui-ci soit plus âgé que lui, de l’âge de Max et Fang en fait. Autant dire un ancêtre ou presque.
— Et on devrait rester assis, plantés là à attendre sans rien dire ? a tempêté le Gasman tandis qu’il martelait de son poing la table de la cuisine. Certainement pas ! On ne va pas attendre que les Erasers viennent nous chercher. Nous aussi, on peut faire des trucs, faire des plans. C’est la vérité, on n’est pas des incapables, quoi qu’en pense Max.
— Absolument, a approuvé Iggy d’un hochement de tête.
Il est venu s’asseoir sur le tabouret à côté du Gasman, écrasant les pétales secs de céréales au passage.
— Ouais, je vois ce que tu veux dire. Façon de parler évidemment…
— Après tout, on n’est pas des cons. On en a là-dedans. Et puis on a la peau dure. Max n’a même pas pensé à mettre la maison en sécurité, mais nous oui. Et on peut le faire !
— Ouais… bien parlé ! Euh…… mais comment ?
— On pourrait faire des pièges ! Saboter des trucs ! Fabriquer des bombes !
Le Gasman se frottait les mains d’excitation.
Un large sourire s’est dessiné sur le visage d’Iggy.
— C’est le pied, les bombes. Moi, j’adore ! Tu te rappelles celle de l’automne dernier ? Pour un peu, je déclenchais une avalanche.
— Oui, mais c’était pour faire un sentier dans les bois. On l’a fait exprès et Max était d’accord.
Le Gasman s’est mis à inspecter une pile de vieux journaux, des vieilles chaussettes, un bol oublié depuis longtemps et qui avait dû autrefois contenir un semblant de nourriture, tous les vieux trucs qui lui tombaient sous la main jusqu’à ce qu’il trouve un carnet couvert de taches de graisse éparses.
— Je savais qu’il était quelque part par là, a-t-il marmonné en arrachant les pages utilisées. (Finalement, il a fait une seconde trouvaille : un petit bout de crayon de papier.) Maintenant, il nous faut un bon plan. Quels sont les objectifs ?
Iggy a poussé un gémissement.
— Oh nooooooon… Toutes ces années passées auprès de Max ont laissé des traces. Tu parles exactement comme elle. On dirait un clone de Max. Un Maxquetaire. Un… un…
Le Gasman a fait les gros yeux à Iggy, puis il s’est mis à écrire.
— Objectif numéro un : fabriquer des bombes incendiaires – pour notre protection exclusivement. Objectif numéro deux : faire exploser ces monstres démoniaques d’Erasers quand ils reviennent. (Il a approché le papier de ses yeux pour se relire et il a souri.) Ouais ! Enfin, ça ressemble à quelque chose. Tout ça, c’est pour toi, Angel.