95.
— Comment la Voix fait-elle pour savoir où je suis et ce que je vois ? ai-je glissé discrètement à Fang.
On s’était installés, tous ensemble, dans un énorme chêne, qui avait semblé nous tendre les branches. À plus de dix mètres du sol, on pouvait parler sans que personne nous entende.
À moins que l’arbre ne soit criblé de micros…
Il n’y avait plus rien qui m’étonnait, croyez-moi.
C’est parce qu’elle est à l’intérieur de toi, a répondu Fang en se calant contre le tronc. Donc elle te suit partout. C’est comme un micro avec lequel tous tes sens seraient sur écoute.
Elle sait où tu te trouves et ce que tu fais. Oh, non ! ai-je pensé, le moral dans les chaussettes tout à coup. Je n’avais pas réfléchi à ça. Cela signifiait-il que je pouvais dire adieu à mon intimité ?
— Même aux toilettes ?
Le Gasman a écarquillé les yeux, à la fois surpris et amusé. Nudge a réprimé un sourire tandis que je jetais un regard noir à Gazzy. Angel, elle, lissait la robe de Céleste tout en recoiffant sa fourrure synthétique.
J’ai sorti la carte de ma poche pour l’observer. J’avais toujours celle qu’on avait piquée au type en Californie. Je les ai mises côte à côte pour les comparer. La nouvelle paraissait aussi vraie que l’ancienne. J’ai coincé la vieille carte entre deux bouts d’écorce qui formaient une fente profonde. On ne pouvait plus l’utiliser, quoi qu’il en soit.
— Il ne nous reste plus qu’à trouver le code, ai-je marmonné en tournant la carte dans tous les sens.
Super ! Ça ne nous prendrait jamais qu’un petit millier d’années.
J’étais littéralement vannée. J’avais, par-dessus le marché, une super grosse bosse à la tête, là où elle avait buté contre le trottoir. C’est vrai que, dernièrement, je n’avais pas eu assez de problèmes de tête…
Sans dire un mot, j’ai tendu le poing gauche. Fang a placé le sien au-dessus, imité par Iggy et Nudge. Gazzy s’est penché très en avant depuis sa branche et il a réussi à nous toucher du bout des doigts. Angel s’est penchée à son tour, plaçant son poing sur celui de Gazzy et celui de Céleste sur le sien. J’ai entendu Gazzy soupirer – enfin, je crois que c’était ça. On s’est tous tapé les mains, puis on s’est installés confortablement sur les grosses branches. Angel se trouvait juste au-dessus de moi et ses petits pieds qui pendaient touchaient mon genoux. Je l’ai vue qui calait bien Céleste contre l’arbre. Trop mignon…
La fraîcheur de la nuit est tombée sur moi. La dernière chose à laquelle j’ai pensé en m’endormant, c’est que j’étais reconnaissante d’avoir une nouvelle nuit avec le reste de ma famille, rassemblée, saine et sauve.