91.
— Fang !
Il a fait volte-face et, en voyant ma tête, a tout de suite tapoté la main d’Iggy et du Gasman. Ils nous ont rejointes, Nudge et moi, sous la grande horloge.
— Barrons-nous d’ici, ai-je fait entre les dents. Il y a une planche de Ouija qui vient de me dire de sauver le monde.
— Wahouuuuuuu, t’es célèbre, a sorti le Gasman, visiblement à des années lumière de mon mauvais pressentiment.
— Où est Angel ? a demandé Fang.
La croyant près de moi, j’ai tâtonné dans le vide pour l’attraper. J’ai fait un demi-tour et je me suis précipitée vers le rayon des peluches. Je sentais déjà la panique m’envahir. Ça faisait à peine plus d’une semaine qu’elle avait été enlevée…
J’ai accompli un dérapage juste sous le chimpanzé grandeur nature qui pendait dans l’un des étalages. Devant moi, Angel était occupée à parler à une dame âgée. Je n’avais jamais vu d’Eraser aussi vieux et mon rythme cardiaque a donc ralenti un petit peu.
Angel faisait une mine triste. Elle tendait son ours en peluche à la dame.
— Qu’est-ce qu’elle fabrique… ? a commencé Fang.
La femme a hésité avant de dire quelque chose que je n’ai pas pu entendre d’où j’étais. Le visage d’Angel s’est alors éclairé et elle a eu un hochement de tête, toute contente.
— Angel est en train de se faire offrir un cadeau, a dit Iggy d’un ton calme.
Elle savait qu’on était tous là, à l’observer, mais elle évitait délibérément de regarder dans notre direction. On les a suivies jusqu’à la caisse où la femme, l’air un peu perplexe, a pris son porte-monnaie pour payer le nounours d’Angel. Je n’en revenais toujours pas. Angel sautait presque de joie. Elle s’est laissée tomber à genoux, la peluche pressée contre elle, et je l’ai entendu répéter « Merci » un bon millier de fois.
Pour finir, la dame, qui paraissait encore vaguement confuse, a souri, hoché la tête et elle est partie.
Nous, on s’est aussitôt agglutinés autour de notre cadette.
— On peut avoir une explication ? l’ai-je interrogée. Pourquoi est-ce que cette dame t’a acheté cet ours ? Ce truc coûte quarante-neuf dollars.
— Qu’est-ce que tu lui as raconté ? Personne ne nous a rien acheté à nous ! Iggy avait l’air légèrement jaloux.
— Rien de spécial, a répondu Angel, en restant agrippée à sa peluche. Je lui ai juste demandé si elle voulait bien m’acheter cet ours parce que j’en mourais d’envie et que je n’avais pas assez de sous pour me l’acheter.
J’ai escorté tout le monde vers la sortie avant qu’Angel ne demande à quelqu’un de lui acheter la girafe en peluche géante.
Dehors, le soleil brillait dans le ciel. C’était l’heure de déjeuner et plus que temps de se remettre en route.
— Si j’ai bien compris, tu viens de demander à une parfaite inconnue de t’acheter un nounours super cher et elle a tout simplement accepté ? ai-je demandé confirmation à Angel.
Elle m’a fait oui de la tête pendant qu’elle lissait les poils de son ours au niveau des oreilles :
— C’est ça. Je lui ai juste demandé de me l’acheter. Tu sais bien, avec ma tête.