78.

— Wahou, regardez l’ours polaire !

Le Gasman pressait son visage contre la vitre de la piscine où un énorme ours blanc nageait avec grâce. Il jouait dans l’eau à donner des coups de patte à un tonneau en plastique vide.

Pour être tout à fait franche avec vous, on n’avait encore jamais vu des animaux comme ça en vrai, avant. C’est-à-dire qu’avec les années, on n’a pas franchement accumulé les voyages scolaires ni les sorties du dimanche avec les parents. Pour nous, c’était un nouveau monde, complètement différent, dans lequel les enfants fourmillaient, libres d’aller où ils voulaient dans le zoo, où les animaux avaient leur habitat propre et où n’étaient pas soumis à des greffes de gènes. Quant à nous, on se baladait, sans électrodes ni manchon gonflable pour prendre la tension.

C’était dingue. Absolument dingue !

Comme cet ours par exemple. Ces deux ours pour être plus exact. Un grand et un petit. Ils vivaient dans leur milieu, entourés d’énormes rochers, d’une piscine gigantesque et de jouets pour s’amuser.

— Qu’est-ce que j’aimerais avoir une piscine ! a fait Iggy, plein de mélancolie.

Et pourquoi pas une maison, la sécurité et des placards de bouffe pleins à craquer tant que tu y es ?

On avait à peu près autant de chances d’avoir toutes ces choses qu’une piscine. Autrement dit : zéro. Je me suis approchée d’Iggy pour lui passer la main dans le dos.

— Ouais, ce serait chouette, ai-je admis.

Tous ces animaux, même s’ils étaient enfermés et qu’ils s’ennuyaient sûrement à mourir, sans parler de leur impression de solitude, avaient tout de même une vie autrement plus facile que la nôtre à « l’École ». J’étais à cran, furieuse, nerveuse, toujours sous le coup de ma poussée d’adrénaline pendant la poursuite des Erasers. De voir tous ces animaux, ça me rappelait trop mon enfance, lorsque je vivais dans une cage tellement petite que je ne pouvais pas me mettre debout dedans.

Ce qui m’a rappelé quelque chose d’autre : si on était ici, c’était pour trouver l’Institut, quel qu’il fût. Si ça se trouvait, très bientôt, on saurait qui on était, d’où on venait, toute l’histoire de notre vie.

J’ai passé ma main sur ma bouche. Je commençais sérieusement à me sentir fébrile. Et mon mal de tête me reprenait peu à peu. Mais Nudge, le Gasman, Angel et Iggy avaient l’air de s’amuser, eux. Nudge passait son temps à décrire à Iggy tout ce qu’elle voyait. Ils riaient bien tous les quatre, à courir partout. On aurait dit des enfants normaux. Enfin, au détail des ailes rétractiles près.

— Cet endroit me file la chair de poule, a sorti Fang.

— Ah ! Toi aussi ? Je deviens dingue, ai-je confié. Ça me rappelle trop de mauvais souvenirs. Et puis j’ai (je m’apprêtais à dire « une migraine terrible », mais je n’avais pas envie de me plaindre ou d’entendre Fang me répéter d’aller chez le médecin) une envie irrépressible de libérer tous ces animaux.

— Pour quoi faire ? a interrogé sèchement Fang.

— Juste pour qu’ils soient dehors. Je veux les aider à s’échapper, c’est tout.

— En plein cœur de Manhattan ? a fait remarquer Fang. Tu veux qu’ils soient libres de vivre sans aucune protection, sans personne pour les nourrir, sans savoir comment s’en sortir ? Ils sont bien mieux ici. À moins que tu n’aies envie de voler jusqu’au Groenland avec un ours polaire sur le dos.

Il y a vraiment des fois où je hais la logique implacable. J’ai décoché un regard noir à Fang et je suis allée rassembler mes troupes.

— Est-ce qu’on peut y aller ? leur ai-je demandé en évitant de me lamenter. (Ça aurait fait mauvais genre pour un chef.) Je n’ai pas… super envie de traîner ici.

— T’es un peu verte, dis donc, a constaté le Gasman avec intérêt.

C’est vrai que je commençais à avoir une sacrée nausée.

— Ouais, je sais. Est-ce qu’on peut se casser avant que je gerbe devant tous ces gamins fragiles qui risqueraient de ne pas s’en remettre ?

— Par ici.

Fang nous indiquait une grande fente entre deux immenses rochers artificiels. Ça donnait sur un sentier qui devait être réservé aux employés. Il était désert. Une corde en interdisait l’accès.

J’ai réussi à sortir de là sans m’écraser, ni hurler ni vomir. Pas mal ! Ça me changeait un peu.

Opération Angel
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