55.
Au cas où vous ne le sauriez pas déjà, il y a deux sortes de freins dans les voitures. La pédale de frein et le frein à main.
Essayez de faire un centimètre avant d’avoir desserré le frein à main et vous verrez. C’est aussi facile que traîner un saint-bernard dans la baignoire pour le laver. Mais revenons à nos moutons.
— C’est bon, c’est bon. On progresse, ai-je dit vingt minutes plus tard, après avoir finalement trouvé et desserré le frein à main.
J’avais le sentiment de chevaucher un énorme éléphant à la course pataude.
Je dégoulinais de sueur. J’avais les nerfs à cran de devoir conduire ce truc, mais je faisais mon possible Pour avoir l’air confiant et calme.
— C’est clair que c’est beaucoup moins sympa que de voler, mais c’est quand même autrement plus cool que de marcher.
Toute fière, j’ai décoché un regard à Fang qu’il m’a rendu avec insistance.
— Quoi ?
— Est-ce que tu pourrais y aller mollo dans les virages en épingle ?
— Je fais des progrès, non ? J’ai juste besoin de pratique.
— Je ne savais pas que les camionnettes pouvaient rouler comme ça sur deux roues… pendant si longtemps, a souligné Nudge.
— Moi, ça me dit rien de dégueuler dans une voiture qu’est pas à nous, a fait le Gasman.
J’ai pincé les lèvres et me suis concentrée sur la route. Bandes de petits ingrats.
— On doit tourner à droite dans cinq cents mètres environ, ai-je marmonné, penchée pour regarder par la fenêtre.
Huit cents mètres plus loin, je me suis rangée sur le bas-côté et j’ai posé ma tête sur le volant.
— Où est cette foutue route ? ai-je beuglé, frustrée.
— Tu te laisses guider par tes sentiments, a soulevé Fang.
— Et ce n’est pas parce que tu voudrais qu’il y ait une route qu’il y en a forcément une, a ajouté Iggy avec raison.
J’aurais voulu les baffer tous les deux.
Dans un soupir, je suis remontée sur la route sans issue et j’ai fait demi-tour.
— Il n’y a plus qu’à trouver une autre route, même si elle est moins directe, ai-je annoncé.
Je ne pouvais pas supporter l’idée de perdre encore plus de temps, sans même savoir si Angel était toujours vivante. Mais la perspective de se rapprocher de l’École, le lieu de tous nos cauchemars, me paraissait encore pire. J’avais dans l’esprit que je me jetais tout droit dans la gueule du loup et c’était plutôt difficile à avaler.
— Grrrrrrrr !
Après avoir pris une énième fausse route, je me suis à nouveau garée et j’ai commencé à donner des coups de poing dans le volant. J’étais tendue de partout à cause de la conduite et à force de me faire du souci. J’avais un solide mal de tête aussi. Ce n’était pas ça qui manquait dernièrement. Hum, hum… je me demandais bien pourquoi !
— Ça va aller, Max, a fait le Gasman d’un air inquiet.
— Elle est en train de filer des coups dans le volant ? a interrogé Iggy.
— Regarde, a brusquement sorti Fang tandis qu’il pointait du doigt une pancarte. Il y a une ville là-bas. Allons-y. On pourra casser la croûte et consulter un plan de la région. Parce que comme ça, au pif, ça ne marche pas, de toute façon.
La ville de Bennett était petite, presque mignonne. J’ai tenté de me donner l’air sérieux et plus âgé, les sourcils circonflexes, ainsi que de me grandir, derrière le volant. On avait le choix entre plusieurs endroits pour Ranger. Je suis entrée timidement dans un parking et suis allée me garer tout au fond, encore plus doucement, où il n’y avait personne.
J’ai coupé le moteur et Nudge et Gazzy ont aussitôt bondi hors de la voiture.
Ouf ! On est arrivés en un morceau ! s’est écrié le Gasman.
— Attendez un peu ! leur ai-je fait. On ne doit ni être loin de l’École maintenant. Je sais qu’on dirait coin paumé, mais ça n’empêche que les Erasers pourraient être partout, cachés sous n’importe quel visage. Il faut vraiment qu’on fasse attention.
— Mais on doit manger quelque chose, a laché Nudge en essayant de pas pleurnicher.
C’était difficile pour elle… Surtout qu’elle brûlait les calories deux fois plus vite que nous tous, sauf peut-être le Gasman.
— Je sais, Nudge, ai-je dit gentiment. On va bientôt manger, je t’assure. Il faut seulement faire super attention. Restez sur vos gardes et prêts à courir à tout moment s’il arrive quelque chose, d’accord ? Potentiellement, tous les gens qu’on va croiser sont des Erasers.
Ils ont approuvé de la tête. J’ai baissé le pare-soleil pour jeter un œil dans le miroir lorsqu’un petit objet lourd est tombé sur mes genoux.
Je me suis figée sur place, le souffle coupé. Qu’est-ce… ?
Délicatement, j’ai baissé les yeux. Pas de grenade en vue. Juste un trousseau de clés dont l’une était celle de la camionnette. Je l’ai observée d’un air ahuri.
— Eh bien, ça au moins, ça va nous faciliter la vie, a lancé Fang.