2.
Je me suis réveillée en sursaut, la main sur le cœur.
Je n’arrivais pas à quitter ma chemise de nuit des yeux. Pas de trace de laser rouge, pas d’impacts de balles. Je me suis laissée retomber sur mon lit, soulagée.
Ce que je pouvais détester ce rêve ! C’était toujours le même : je m’étais enfuie de l’École, j’étais pourchassée par les Erasers et par des chiens, je tombais dans un précipice lorsque tout à coup, zoum ! vlan ! mes ailes se déployaient et je m’échappais en volant. Chaque fois, c’est sur cette sensation de passer à un cheveu de la mort que je me réveillais.
Note pour plus tard : dire deux mots à mon subconscient pour faire des rêves plus beaux.
Il faisait frais, mais je me suis forcée à sortir de mon lit douillet. J’ai enfilé des vêtements propres.
Incroyable ! Nudge avait rangé le linge de la dernière lessive.
Tout le monde dormait encore : j’avais quelques minutes à moi, tranquilles, pour bien commencer la journée.
En allant dans la cuisine, j’ai jeté un œil par les fenêtres de l’entrée. J’ai toujours adoré cette vue : les premiers rayons du soleil léchant la crête des montagnes, le ciel dégagé, les ombres profondes, le sentiment d’être complètement seule, sans la moindre trace d’étrangers.
Ma famille et moi, on habitait dans les hauteurs, sur une montagne, en sécurité.
Notre maison avait la forme d’un E, tourné de l’autre côté. Les pattes du E étaient placées en cantilever sur des pilotis surplombant un canyon escarpé, aussi, quand je regardais par la fenêtre, j’avais l’impression de flotter. Sur une échelle de génialité de 1 à 10, cette maison atteignait facilement 15.
Ici, ma famille et moi, on pouvait être nous-mêmes. Ici, on pouvait vivre en liberté. Et je dis bien « liberté » par opposition à « captivité », au temps où l’on vivait dans des cages.
C’est une longue histoire. J’y reviendrai plus tard.
Et bien sûr, le top du top, c’est qu’ici, il n’y avait pas d’adultes. Lorsqu’on a emménagé, Jeb Batchelder s’est occupé de nous. Il a été un vrai père pour nous. C’est lui qui nous a sauvés. Aucun de nous n’avait de parents, mais Jeb a fait de son mieux pour les remplacer.
Cela faisait deux ans qu’il avait disparu. Je savais qu’il était mort, on le savait tous, mais on n’en parlait pas. Nous étions seuls, entièrement livrés à nous-mêmes.
Ouais ! Personne pour nous dire quoi faire, quoi manger, quand aller nous coucher. Enfin, personne sauf moi. Je suis la plus âgée, alors j’essaie de faire tourner la maison comme je peux. Ce n’est pas un boulot facile et c’est plutôt ingrat, mais il faut bien que quelqu’un le fasse.
On ne va pas non plus à l’école, alors merci Internet parce que sans ça, on n’y connaîtrait rien à rien ! En tout cas, pas d’école, pas de médecin, pas d’assistance sociale qui frappe à la porte. C’est simple : tant que le monde ignore notre existence, on reste en vie.
Je fouinais dans la cuisine à la recherche d’un truc à manger lorsque j’ai entendu quelqu’un à moitié endormi traîner les pieds.
— ’jour, Max.