57.
J’ai fait un hochement de tête au ralenti en direction de Fang et j’ai recommencé à fixer la sortie de secours, derrière lui. Il a cligné des yeux pour me faire signe qu’il avait compris. Puis il a tapoté la main d’Iggy.
— Nudge, ai-je fait entre les dents. Gazzy. Ne regardez pas en l’air. Dans trois secondes, vous foncez derrière Fang vers la sortie de secours.
Ils n’acquiescèrent pas mais continuèrent à mâcher. Comme si de rien n’était, Nudge a pris une gorgée de son milk-shake, puis, en un éclair, elle a sauté sur ses jambes avant de quitter la table en détalant par la sortie de secours qu’elle manqua de peu de se prendre en pleine figure. Le Gasman la suivait à la trace.
J’étais tellement fière d’eux.
L’alarme s’est déclenchée, mais j’étais juste derrière eux, Fang et Iggy sur mes talons. On est arrivés à la camionnette avant que les Erasers soient sortis.
Une fois à l’intérieur, j’ai mis le contact. Le moteur démarré au quart de tour alors que le parking grouillait déjà d’Erasers se transformant en loups.
J’ai mis les gaz après avoir enclenché la marche arrière et j’ai poussé un cri en entendant le bruit d’un Eraser que je venais de heurter. Puis j’ai passé la marche avant et, dans un grand vacarme, la voiture est montée sur le trottoir tandis que je donnais des coups de volant pour passer entre les arbustes qui bordaient le parking. Avec un crissement de pneus et au son des klaxons furieux des autres automobilistes, je me suis faufilée dans le flot des voitures.
J’ai coupé par une station-service qui se trouvait au coin, évitant de peu la collision avec d’autres voitures. Une fois ressortie, je me suis refaufilée dans le trafic.
— Max ! a crié Nudge, mais j’avais déjà aperçu le semi-remorque que j’évitai dans une embardée de dernière minute.
Dans mon dos, j’ai entendu le bruit de tôle froissée d’une voiture que le camion venait de heurter sur le côté. Je slalomais entre les bagnoles, regrettant à la fois de ne pas savoir mieux conduire et d’avoir emprunté une camionnette.
— Ce truc est trop encombrant ! ai-je crié de frustration au moment de tourner à un coin, sur deux roues, une fois de plus.
Bon, d’accord, ce truc tournait à toute allure, mais quand même.
— C’est une camionnette, qu’est-ce que tu veux, a lancé Fang sur le ton du reproche, comme s’il m’en voulait de ne pas avoir volé une voiture de course.
On avançait, à fond la caisse, direction la sortie de la ville où l’on espérait fuir toute cette circulation. Je sentais l’adrénaline monter encore et encore. Et les muscles noués de mes bras cloués au volant. Il fallait qu’on se débarrasse de cette caisse.
— Je vais m’arrêter ! ai-je hurlé pour couvrir le bruit du moteur. Vous, vous sautez de la voiture et vous décollez aussi vite que possible !
— OK ! ont-ils tous répondu en chœur.
D’un coup d’œil dans le rétroviseur, j’ai remarqué trois voitures noires à nos trousses. Bien plus rapides que notre camionnette, elles nous rattrapaient. Il fallait que je gagne du temps.
Les dents serrées, j’ai quitté la route d’un brusque coup de volant, atterrissant dans un champ de maïs. On zigzaguait entre les épis tout secs, tressaillant chaque fois que l’un d’entre eux heurtait le pare-brise. J’esquivais du mieux que je pouvais quand j’ai distingué un carré de lumière devant moi. Pourvu que ce soit une route…
Je ne voyais rien dans le rétro arrière et le bruit des épis écrabouillés couvrait tout autre bruit de moteur si jamais il y en avait eu. Les avait-on semés ? Yes ! C’était bien une route, devant nous.
La camionnette est remontée péniblement sur la route en cahotant et en nous secouant comme des bouteilles d’Orangina. À l’instant où les roues avant ont touché l’asphalte, j’ai fait ronfler le moteur…
Au même moment, une berline a surgi devant nous.
Je l’ai heurtée de plein fouet à plus de cent à l’heure.