64.
Comme je disais, c’est drôle comme le fait de savoir qu’on est sur le point de mourir remet les idées en place.
Là, par exemple. J’avais le choix entre me rendre et les laisser nous tuer tous ou lutter avec ce que j’avais.
J’ai choisi la deuxième option. Je n’y peux rien, je suis comme ça.
En l’espace d’une fraction de seconde, le temps que je me demande quelle forme allait prendre mon « combat contre la mort », une tache d’ombre est venue marquer le soleil.
— Petit, petit, petit, on a mis ses baskets ? (Ari agitait ses doigts tout poilus au travers des barreaux de ma Cage, aussi loin que possible.) Envie de faire un peu d’exercice ? Un petit sprint ? Tu veux jouer à cache-cache ? C’est moi le loup.
Je lui ai décoché un méchant rictus. Puis je me suis penchée et je lui ai mordu les doigts de toutes mes forces. Il a perdu son souffle et il s’est mis à hurler de douleur. J’ai pris mon courage à deux mains et j’au mordu encore plus fort, jusqu’à ce que je sente sa peau se déchirer sous mes dents et l’horrible goût de son sang. Mais vous savez quoi ? Je m’en fichais. Rien que pour voir Ari souffrir, ça en valait la peine.
Après notre accident de voiture, ça me faisait un mal fou de mordre dans quoi que ce soit, mais j’ai fait taire la douleur et j’ai investi mes mâchoires endolories de chaque gramme de furie. Ari secouait ma cage, la frappant de son autre main. J’avais la tête projetée dans tous les sens comme un jokari.
Mais j’ai tenu bon. J’avais l’état d’esprit d’un pitbull, alors ça aidait.
Les blouses blanches s’étaient mises à me crier dessus. Ari, qui continuait à hurler, a commencé à flanquer des grands coups de pied dans ma cage. Tout à coup, j’ai desserré les dents, relâchant ainsi sa main. Il m’a allongé un nouveau coup de pied qui a éventré ma cage sur le côté.
À la fin de mon roulé-boulé, j’ai atterri à l’envers, juste à côté de la porte de la cage d’Angel. Étant donné que je suis un tantinet futée tout de même, cela ne m’a pris que quelques secondes pour l’ouvrir.
— Vas-y ! ai-je ordonné. Vas-y ! Ne discute pas !
Elle s’est faufilée par la porte ouverte juste au moment où Ari refermait brutalement le haut de ma cage, fou de rage. Je me suis ressaisie du mieux que j’ai pu, mais il secouait la cage comme un malade, rugissant. Celle-ci a basculé sur le côté, dans l’herbe, et pendant un quart de seconde, j’ai pu apercevoir le ciel. Il était zébré de gros nuages noirs, qui avançaient vite et annonçaient l’orage. J’ai reçu un nouveau coup et suis allée valser au fond de la cage, la tête à l’envers. J’avais la sensation d’être un paquet de linge dans le tambour d’une machine.
Ari, hors de lui, criait et me traitait de tous les noms. Il agitait aussi ses doigts ensanglantés au travers des barreaux, m’éclaboussant de sang.
Mais moi je souriais. Mon premier vrai sourire depuis des jours.
J’avais compris que ce n’était pas l’orage qui s’abattait sur nous.
Mais les rapaces avec Iggy et Gazzy – qui d’autre ? – leur tête, venus tous ensemble nous sauver.