— Bon, conclut-il. Laisse-moi quelques jours. Je vais enquêter pour savoir comment faire. L’essentiel, c’est de mettre un pied en Europe. Après, on se débrouillera. D’ici là, mets plus d’énergie à sourire à ces dames, dans « La Grotte », nous allons avoir besoin d’argent.
Les jours suivants, je ne retrouvais Boub que pour le repas du soir – notre unique repas – au pied du squat. Pendant qu’il parcourait Le Caire à la recherche d’une filière, je m’escrimais à mériter des pourboires soit plus nombreux, soit plus conséquents.
Enfin, après un mois de travail intensif, Boub surgit devant moi à la sortie du dancing.
— Ça y est : j’ai le tuyau ! Suis-moi.
Fébrile, agité, roulant des globes effrayés autour de lui puis riant soudain, il m’entraîna dans un trajet interminable à l’issue duquel nous déboulâmes devant un stade de foot entouré de gradins qui recevaient plusieurs milliers de spectateurs.
— Voilà, c’est là.
— Quoi ?
— Notre moyen d’évasion.
Je cherchai autour de moi ce qui pouvait provoquer cet espoir en Boub. Il ricana d’un rire aigu, douloureux, le rire d’un homme qui n’a pas dormi son compte et dont les nerfs sont usés.
— Explique-moi, Boub, s’il te plaît.
De ses mains bicolores, il désigna le panneau monumental qui encadrait l’entrée du stade.
Au milieu d’un carton de dix mètres sur quatre, neuf rockeuses aux yeux charbonnés, aux cheveux en pétard, habillées en « Lolita chez le croque-mort », nous narguaient du haut de leur photographie en nous tirant une méchante langue tandis que, à côté des vignettes placardant « concerts complets » et « supplémentaires », de hautes lettres gothiques aux brillances métallisées annonçaient comme une évidence terrorisante « Les Sirènes ».