— Ah, il n’y a pas que moi ! Tu le vois, toi aussi ?
Elle releva la tête et m’observa d’un air sévère, comme si j’avais proféré une bêtise.
— Naturellement, Saad, que je le vois. Tous les soirs, après mon infusion. Il a commencé le troisième jour après son décès.
— Trois jours, toi aussi…
— Trois jours.
— Qu’a-t-il fait pendant ces trois jours ?
— Je ne sais pas. Il s’est habitué à être mort, je pense. Ou il a cherché le chemin menant ici. Il reste très discret là-dessus. Avec toi aussi ?
— Avec moi aussi.
— Bref, il s’est pointé le troisième soir et je peux te dire que je ne l’ai pas accueilli avec des compliments, je l’ai même copieusement engueulé pour sa balle perdue.
Nous nous taisions, tenant chacun à garder secrets nos échanges avec le fantôme de Papa, cette part intime de nous nichée à la croisée de notre personnalité et de nos souvenirs.
Je l’embrassai.
— Merci, Maman, de ta confiance. Je vais partir.
— Où vas-tu aller ?
Je songeai à Leila et répondis, sans réfléchir :
— En Angleterre.