78.
Ce matin, devant la croix, après le zazen : « Seigneur, je ne m’aime pas ! »
J’ai réfléchi à l’histoire de mon jésuite. Et si l’attachement, vécu à fond, conduisait au détachement ?
J’ai reçu un extrait de la mise en scène inspirée de La Construction de soi. Le comédien parodiait ma manière de parler et soudain un immense cafard m’a pris. Peu de choses me chagrinent, sinon le malheur des autres, l’angoisse. Pourtant lorsqu’on m’imite, j’éprouve un malaise et, pour tout dire, une tristesse abyssale. Cette infirmité me suivra-t-elle à vie ? Y aura-t-il toujours quelqu’un pour me renvoyer l’image que je veux oublier ? Victorine a découvert avec moi le clip et je me suis tourné vers elle. Le regard de ma fille, assurément, me console un peu (et me libère) :
« Tu vois le monsieur, là ? Il te fait penser à quelqu’un ?
– Non !
– Regarde bien, il ne te rappelle pas quelqu’un ?
– Non !
– Il ne ressemble pas un peu à papa, le monsieur ?
– Mais alors pas du tout ! »
Les yeux de mes enfants auxquels je suis puissamment attaché n’iraient-ils pas tout droit et exactement à l’essentiel, au-delà des différences, des singularités et des comparaisons pour aimer véritablement, et en acte ?
Il y a dix minutes, j’ai failli téléphoner au metteur en scène pour lui dire ma pensée. Mais grâce à ma fille, je n’ai pas bougé et, laissant la vague passer, je me suis un peu abandonné. Ce n’est plus un problème !
Merci ma fille, tu me détaches !