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Le char avança. C’était maintenant une très belle machine en aluminium anodisé et chrome rutilant. Chauffée à blanc, elle dégageait une impressionnante lumière. Azzie fit un bond de côté pour l’éviter. À cause de la chaleur, les roues du char se déformèrent, et tout à coup l’engin eut du mal à progresser. Sans-Nom avait visiblement mal prévu son coup, là.

Le char fit feu. Du canon jaillit une boule de plastique mou qui s’ouvrit en tombant sur le sable. Il en sortit des larves d’aoûtats et des souriceaux, qui se mirent aussitôt à creuser une espèce de trou à méchoui. Azzie essaya de ne pas en tirer trop vite des conclusions : son opposant avait peut-être quelque chose de très vicieux en tête.

Le canon tira de nouveau, mais cette fois, il en sortit un enchaînement de notes de musique, et Azzie entendit Sans-Nom qui disait :

— Enfin, par canon, je voulais dire boulet, pas Frère Jacques !

De toute évidence, il avait du mal à canaliser son imagination bouillonnante. Le canon tira encore et expulsa une cascade de cônes multicolores qui gargouillaient en dégageant un gaz nocif.

Le char arriva au centre de l’arène. Ses déplacements étaient plus hésitants, car il avait compris que si Azzie était un adversaire négligeable, son pire ennemi, c’était lui-même. Le démon ramassa un caillou et se prépara à le lancer.

Et tout à coup, d’un coin de Sans-Nom surgirent certains des personnages les plus connus de l’histoire : Barbe-Noire, Anne Boleyn, dame Jeanne Grey, le Chevalier sans tête, Jean-Baptiste, Louis XVI, Marie Stuart, Méduse, sir Thomas More, Maximilien de Robespierre. Ils formèrent une phalange, bras gauche protégeant leur visage, bras droit brandissant une longue lance à pointe métallique. Robespierre prit leur tête – il déclarerait lorsque tout serait terminé qu’il n’avait jamais rien fait de plus difficile.

Azzie appela ses propres amis, qui arrivèrent avec des armes primitives, mais disparurent presque aussitôt. Une des rares règles de Sans-Nom était qu’Azzie devait se débrouiller tout seul.

Alors Sans-Nom ouvrit une bouche de terre et de rochers et se mit à mordiller le démon.

— Mais vous êtes fou !

— Non. Pourquoi ne meurs-tu pas ?

— Vous êtes une piteuse créature.

— Tu es sûr que ce combat est indispensable ? Tu ne pourrais pas simplement mourir, et qu’on n’en parle plus ?

— Désolé, marmonna Azzie.

Le démon de la farce
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