10

Pendant ce temps, l’Arétin réalisait que l’acompte versé par Azzie était vraiment arrivé à point nommé. Le pamphlétaire avait toujours voulu organiser une grande fête, une vraie java qui ferait danser toute cette bonne vieille cité de Venise et démontrerait une fois de plus qu’il était grand seigneur et savait ce que ripailler voulait dire. Cette fête, elle durait déjà depuis plusieurs jours et plusieurs nuits – depuis le départ d’Azzie.

L’Arétin avait fait venir tout exprès un orchestre d’Allemagne. Les musiciens avaient défait leurs pourpoints et levaient le coude sans se faire prier. L’atmosphère était joyeuse et conviviale. Dommage qu’un messager vînt interrompre un aussi réjouissant épisode.

Il était assez jeune. C’était un enfant, en réalité, en chemise de nuit de surcroît, un très bel enfant aux épaisses boucles blondes.

Quentin, un peu essoufflé par le voyage au-dessus des Alpes que le charme dérobé à Azzie lui avait fait faire, fut amené par un serviteur jusqu’à l’Arétin. Il salua bien bas l’éminent auteur et annonça : – Je vous apporte un message.

— Je n’en ai pas vraiment besoin pour l’instant, dit l’Arétin. La fête bat son plein.

— C’est de la part d’Azzie, insista Quentin. Il veut que vous veniez tout de suite.

— Je vois. Et qui es-tu, toi ?

— Je suis un des pèlerins. Ce qui s’est passé, c’est que quand ma sœur Puss – son vrai nom, c’est Priscilla, mais on l’appelle Puss – quand elle s’est endormie, j’ai décidé d’aller faire un tour. J’avais pas sommeil. En fait, j’ai presque jamais sommeil. Alors je suis monté au premier étage, j’ai vu une porte, je l’ai ouverte, et avant d’avoir eu le temps de dire ouf, j’étais devenu messager.

— Mais comment fais-tu pour te déplacer ? s’étonna l’Arétin. Tu es un mortel, comme moi.

— Oui, bien sûr. J’ai pris quelques charmes à Azzie.

— J’espère que tu dis vrai, soupira l’écrivain, songeur. Et que veut Azzie ?

— Que vous le rejoigniez. Tout de suite.

— Où est-il ?

— Je vais vous emmener. Avec un charme.

— Tu es bien sûr qu’on peut faire confiance à ces machins ?

Quentin ne daigna même pas répondre. Il lui avait fallu très peu de temps pour se familiariser avec ces accessoires un peu particuliers, et il brûlait de raconter à Puss que voyager sur Titans Charme Airways, c’était simple comme bonjour.

Le démon de la farce
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