18

Jeudi 25 mars 2010, 9 h 22, Le Raincy

Quand Cécile Sanchez voit les hommes de la SDAT ressortir de la maison, elle soupire de soulagement. Elle a suivi toute l’opération depuis le poste mobile de surveillance installé dans le monospace de Brehel. Les tirs de l’Iranienne, l’acharnement du commandant Tresch sur l’Imam lui ont donné quelques méchantes frayeurs.

Et puis il y a eu cette rupture de contact soudaine avec le dispositif numéro deux, chargé de neutraliser la bombe. Brehel a envoyé sur place plusieurs voitures de la police urbaine de sécurité, ainsi qu’une partie des secours. Mais il a laissé transparaître une profonde inquiétude.

Fort heureusement, tout s’est bien passé, ici…, pense Cécile avec une pointe de honte. Ce qui a pu arriver aux deux autres équipes passe à ses yeux au second plan. C’est très égoïste, mais elle se soucie uniquement de la survie du Serpent.

Elle embrasserait presque le commissaire Barthélémy, qui est parvenu in extremis à sauver la situation. Elle le regarde sortir fièrement, tenant Umar Al-Kadir par les épaules. Ce dernier est menotté, et son regard porte tout le poids des accusations dont il va à présent devoir répondre.

Quant à elle, elle aura tout le loisir de sonder l’esprit de l’Éventreur. Bien entendu, les charges liées à ses activités au sein d’An-Naziate auront la priorité. La commission rogatoire du juge Carnet passera avant celle de Raffin. Mais quand la SDAT, la DCRI et le pôle antiterroriste en auront terminé avec lui, Sanchez prendra la main. Mille questions lui brûlent déjà les lèvres, et elle cherche dans cette silhouette filiforme, écrasée par son arrestation, sur ce visage émacié aux traits fins, des ébauches de réponses. Le langage corporel ne lui apprend malheureusement pas grand-chose, elle ne lit que la peur, la honte et la culpabilité.

Soutenu par Laura Kieffer et Abdelatif Hamal, Sébastien Mougin sort à son tour, pâle et grimaçant de douleur. Il ne doit la vie sauve qu’à son gilet pare-balles.

Au moment où les secours sortent de la maison, emportant Sameya Shatrit sur une civière, une multitude de lumières brèves et aveuglantes crépitent. Profitant du relâchement du bouclage policier, des journalistes ont réussi à se faufiler entre les habitations et prennent en photo le chef de groupe de la SDAT qui traverse la chaussée avec son prisonnier. Vedat Ciplak se précipite et retire sa veste pour la poser sur la tête d’Al-Kadir. La plupart des photographes reportent alors leur attention sur la blessée, qu’escorte Regnault, fusil d’assaut en main, prêt à parer à toute tentative d’évasion.

« Mais qui les a laissés passer ? hurle ce dernier. Virez-moi ces connards ! »

L’Oberstleutenant, arme de guerre à la main, en train d’escorter une femme sur un brancard, canon pointé vers les objectifs ! ricane intérieurement Cécile. Voilà de quoi faire la première page de quelques journaux.

Les hommes de la police urbaine de proximité se dirigent alors vers les intrus, bloquent leurs angles de vue en écartant les bras et les poussent à partir. Mais la tâche est difficile, vu le nombre de journalistes présents. L’hydre de la presse est affamée : chaque fois que l’un est repoussé, il semble en arriver deux nouveaux. Il en résulte un incroyable désordre qui incite Barthélémy à presser le pas vers le deuxième monospace. Regnault mobilise Tresch pour qu’il monte avec lui dans l’ambulance et assure la sécurité du trajet jusqu’à l’hôpital.

C’est alors qu’une détonation déchire le silence.

Umar Al-Kadir fait un pas de côté et manque d’entraîner Ange-Marie, qui le retient fermement. La veste du stagiaire qui lui couvrait la tête tombe au sol. Le commissaire baisse les épaules tout en maintenant l’Imam qui, sans doute effrayé par le coup de feu, a cherché à se mettre à couvert.

En une fraction de seconde, le chef de groupe voit défiler toutes sortes d’hypothèses : un coup de feu accidentel, la réponse d’un des snipers du RAID à une réaction de Shatrit, l’intervention désespérée d’un complice inconnu… Mais l’agitation soudaine autour d’eux le fait douter, et il lit la même incompréhension dans les regards qui se fixent sur lui, sur le visage décomposé de Cécile Sanchez, tandis que les lumières aveuglantes des flashs redoublent tel un feu d’artifice.

Qu’est-ce qui se passe, bordel ?

Désespérément, le commissaire cherche des réponses et regarde autour de lui avec un mélange de panique et de circonspection.

C’est à cet instant qu’il sent son prisonnier vaciller et s’effondrer sur lui-même.

Une étrange sensation le surprend alors, comme si de la sueur coulait sur le côté gauche de son visage. D’une main hésitante, il touche sa joue et constate avec effroi que le bout de ses doigts est couvert de sang.

Al-Kadir s’écroule au sol.

Une balle vient de lui traverser le crâne de part en part, entrée un peu au-dessus de la tempe et sortie sous la pommette droite ; la mâchoire a presque été arrachée de ce côté-là. Dans un dernier soubresaut, l’homme rend l’âme sur le bitume, le regard dilaté par la stupeur. L’affolement général renforce la confusion.

Brehel s’adresse à ses snipers via leur oreillette ; l’émetteur de la radio collé contre ses lèvres, il cherche désespérément une explication. Les agents en uniforme ont tous tiré leur arme de son étui et sondent l’espace.

Un chaos insoluble avale la rue.

Le festin du serpent
cover.xhtml
book_0000.xhtml
book_0001.xhtml
book_0002.xhtml
book_0003.xhtml
book_0004.xhtml
book_0005.xhtml
book_0006.xhtml
book_0007.xhtml
book_0008.xhtml
book_0009.xhtml
book_0010.xhtml
book_0011.xhtml
book_0012.xhtml
book_0013.xhtml
book_0014.xhtml
book_0015.xhtml
book_0016.xhtml
book_0017.xhtml
book_0018.xhtml
book_0019.xhtml
book_0020.xhtml
book_0021.xhtml
book_0022.xhtml
book_0023.xhtml
book_0024.xhtml
book_0025.xhtml
book_0026.xhtml
book_0027.xhtml
book_0028.xhtml
book_0029.xhtml
book_0030.xhtml
book_0031.xhtml
book_0032.xhtml
book_0033.xhtml
book_0034.xhtml
book_0035.xhtml
book_0036.xhtml
book_0037.xhtml
book_0038.xhtml
book_0039.xhtml
book_0040.xhtml
book_0041.xhtml
book_0042.xhtml
book_0043.xhtml
book_0044.xhtml
book_0045.xhtml
book_0046.xhtml
book_0047.xhtml
book_0048.xhtml
book_0049.xhtml
book_0050.xhtml
book_0051.xhtml
book_0052.xhtml
book_0053.xhtml
book_0054.xhtml
book_0055.xhtml
book_0056.xhtml
book_0057.xhtml
book_0058.xhtml
book_0059.xhtml
book_0060.xhtml
book_0061.xhtml
book_0062.xhtml
book_0063.xhtml
book_0064.xhtml
book_0065.xhtml
book_0066.xhtml
book_0067.xhtml
book_0068.xhtml
book_0069.xhtml
book_0070.xhtml
book_0071.xhtml
book_0072.xhtml
book_0073.xhtml
book_0074.xhtml
book_0075.xhtml
book_0076.xhtml
book_0077.xhtml
book_0078.xhtml
book_0079.xhtml
book_0080.xhtml
book_0081.xhtml
book_0082.xhtml
book_0083.xhtml
book_0084.xhtml
book_0085.xhtml
book_0086.xhtml
book_0087.xhtml
book_0088.xhtml
book_0089.xhtml
book_0090.xhtml
book_0091.xhtml
book_0092.xhtml
book_0093.xhtml
book_0094.xhtml
book_0095.xhtml
book_0096.xhtml
book_0097.xhtml
book_0098.xhtml
book_0099.xhtml
book_0100.xhtml
book_0101.xhtml
book_0102.xhtml
book_0103.xhtml
book_0104.xhtml
book_0105.xhtml
book_0106.xhtml
book_0107.xhtml