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Jeudi 25 mars 2010, 9 h 09, Le Raincy
En arrivant sur le flanc nord-ouest de la maison, Ange-Marie Barthélémy avance, le corps plié en deux, caché derrière les haies. C’est lui qui ouvre la marche. Les hommes du RAID ont déjà installé deux marchepieds pour permettre à tout le monde de passer plus facilement par-dessus les grilles, ainsi qu’une épaisse couverture pliée en quatre pour éviter de s’accrocher aux pointes croisées en fer forgé.
Deux à deux, les membres de l’équipe d’arrestation pénètrent dans le jardin sans un bruit, leur chute amortie par la pelouse mal entretenue, et vont se coller au mur, sous les fenêtres qui doivent en ce moment même être dans la lunette du premier tireur d’élite.
Dans leur oreillette, la voix du second les informe de la situation :
« Les objectifs sont rassemblés dans le salon, flanc sud-est, à l’opposé. Vous pouvez y aller tranquillement. »
Ange-Marie avait levé le poing, leur intimant d’attendre avant tout déplacement, mais l’annonce de l’homme du RAID le rassure, et il leur fait signe d’avancer. Les hommes lui passent devant et il les voit bifurquer vers le mur sud-ouest où se trouvent l’entrée de la maison et celle du garage.
Quand il débouche à son tour, le technicien du RAID est penché sur son moniteur, la caméra déjà glissée sous la porte. Pas une seconde de perdue. Il manipule la fibre optique qui doit se contorsionner comme un ver pour afficher les images du hall.
Ses collègues chargés de l’ouverture viennent de terminer l’installation du « Door Raider ». Les deux extrémités de l’engin sont calées silencieusement, l’une contre la porte, sous la poignée, l’autre sur le sol, à un angle de plus ou moins 45 degrés. Cet outil dispose d’une puissance extraordinaire au déclenchement, il est capable d’ouvrir une porte blindée à cinq points de fermeture, vers l’intérieur et à contresens des gonds, si nécessaire.
Comme prévu, Vedat Ciplak s’est placé entre l’entrée principale et le garage, dos au mur, son Mossberg entre les mains, prêt à faire feu et à lâcher des tornades de plombs pour empêcher toute sortie d’un côté comme de l’autre.
La tension monte, et une sorte de flottement s’installe au moment où la caméra est retirée. Le technicien regarde son collègue qui attend son signal, le pouce sur le déclencheur du « Door Raider ».
Quand le pouce de l’homme se lève, le vérin fait littéralement sauter la porte, dont les gonds sont arrachés. Le panneau de bois est projeté dans le hall d’entrée où les hommes pénètrent, tel essaim de frelons surexcités, armes braquées fermement vers l’avant.
Son Sig Sauer calé en position de tir-réflexe, Ange-Marie est le dernier à entrer, juste derrière Antoine Regnault.