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Jeudi 25 mars 2010, 9 h 13, Montreuil
Sylvain Faivreau en tête, les hommes de la SDAT se dirigent au pas de course vers l’entrepôt. Ils évitent les gravillons pour faire le moins de bruit possible et tiennent leurs fusils d’assaut tendus devant eux. Ignorant la voix du commandant Rodier dans son oreillette, qui lui répète de rester en position et de ne pas intervenir, Faivreau commande l’avancée des quatre membres de son groupe encore sur place. Les lieutenants Vedika et Haler ne sont pas encore revenus de la filature qui les a menés au Raincy.
Cinq, c’est suffisant ! se persuade-t-il. Et puis on ne va pas se foutre dedans bêtement… Juste un coup d’œil, ça ne coûte rien.
Avant leur départ du QG, Ange-Marie Barthélémy lui a fait promettre de surveiller son indicateur, Hassan Araf. Le témoignage de ce dernier fera peser lourdement la balance de la justice au moment du procès. Même si les autres éléments collectés et preuves à charge sont solides, la présence de l’Égyptien au cœur du réseau depuis Zurich en fait un témoin précieux. Aussi le commandant compte-t-il bien tenir sa promesse.
Arrivé à la porte latérale du bâtiment, Faivreau jette un coup d’œil à l’intérieur pour repérer la configuration des lieux. Mais ce qu’il voit lui glace le sang.
Sous les yeux d’un individu inconnu, non répertorié dans la liste des membres confirmés d’An-Naziate, Slimane Imrad traîne le corps sans vie d’Hassan Araf en le tenant sous les aisselles. Un trou béant a remplacé l’œil gauche de l’informateur. En une fraction de seconde, le commandant évalue la situation.
Le Jordanien a les mains prises par le cadavre qu’il déplace. L’autre, le dos tourné, tient en main un revolver chromé, le bras le long du corps. La bombe n’est pas en vue.
Il se décide sur un coup de tête.
D’un geste, il demande à Hoang d’ouvrir la porte et entre le premier, le fusil braqué sur l’inconnu, suivi de près par son équipe. Les cris et sommations des policiers paralysent les deux terroristes.
Bruit métallique contre le sol : Monsieur X vient de lâcher son flingue. Il s’est retourné et leur fait face avec un calme déconcertant. Les mains levées, il se permet un sourire en coin et lâche quelques mots en arabe, que Faivreau prend pour des insultes.
C’est sa deuxième erreur, la première étant d’avoir pénétré dans l’entrepôt.
Slimane soulève brusquement le cadavre d’Hassan et le tient devant lui tout en reculant vers les portières ouvertes à l’arrière de l’utilitaire. Comprenant où il veut en venir, le commandant et ses hommes font feu. Les balles viennent se ficher dans le corps de l’informateur, qui fait bouclier. Certaines parviennent à passer au travers et blessent le terroriste, qui lâche plusieurs cris de douleur mais ne s’arrête pas.
Au même moment, les hommes du RAID cernent l’entrepôt de tous côtés. Faivreau est saisi par l’horreur. Il est sur le point de hurler l’ordre de repli général mais les mots n’ont pas le temps de sortir de sa gorge. Trop tard.
Slimane vient de grimper à l’intérieur de la camionnette.
Le souffle de l’explosion atteint les neuf cents mètres par seconde et la chaleur qui s’en dégage fait fondre la carrosserie. La pression atmosphérique passe instantanément de deux kilos et demi par centimètre carré à plus d’une tonne. Tout le métal contenu dans la fourgonnette se désagrège en milliers de fragments acérés qui viennent balayer l’air brûlant. Clous, vis, boulons et autres objets en fusion sont projetés avec la puissance d’une dizaine de mitrailleuses lourdes tirant en rafales.
Cette onde de choc monstrueuse, chargée de projectiles, vient s’abattre sur les hommes de Sylvain Faivreau, les pulvérisant et faisant exploser les murs derrière lesquels les soldats du RAID viennent de se rassembler. Les corps de ces derniers sont projetés, tels des patins désarticulés, dans un déluge de béton et de métal.
Soufflé par la puissance de la bombe, l’entrepôt est balayé comme un château de cartes, laissant jaillir des torrents de flammes à plusieurs dizaines de mètres alentour.