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Jeudi 4 mars 2010, 10 h 01, Montfermeil
Le commandant Tresch et son binôme, le lieutenant Hamal, sont en place au poste de surveillance depuis maintenant trois heures. Ces jours derniers, malgré l’annonce d’un réapprovisionnement financier, les choses n’ont pas suffisamment bougé pour satisfaire l’envie d’agir du second d’Ange-Marie.
« Putain ! jure-t-il. Ça fait des jours qu’ils sont là-dedans et qu’il ne se passe rien ! On pourrait aussi bien photocopier une fiche journalière et les mettre bout à bout. J’en ai marre d’écrire tous les matins la même chose sur ce cahier.
— Mais y a que ça à faire ! relativise Abdelatif, vissé à ses jumelles. Au moins, on sait qu’il va se passer quelque chose.
— Tu parles… La routine peut continuer ainsi pendant des semaines.
— 10 h 02, fin des lectures coraniques. Cliché !
— Ils terminent plus tôt aujourd’hui, note Christian avec ironie. C’est fascinant ! Je suis pris dans l’action, là, c’est incroyable. »
Tout à coup, trois coups brefs sont frappés à la porte ; le son est capté par le micro posé par Hassan. Tarek s’adresse en arabe aux deux autres, et le lieutenant Hamal traduit au fur et à mesure.
« “ Vous allez dans la cuisine et vous ne bougez pas avant que j’aie terminé. ” »
Hassan et Slimane acquiescent de concert et s’exécutent sans discuter.
« Tarek ouvre la porte. Cliché ! C’est… Oh ! Putain !
— Quoi, demande Tresch en approchant de la fenêtre. Qui c’est ?
— Sameya Shatrit ! répond le Maghrébin. La fille des photos. L’Iranienne ! »
La femme entre et salue Tarek d’un signe de tête. Abdelatif continue de décrire les événements, de prendre les photos et de traduire en français la conversation. Le commandant envoie un message à Ange-Marie pour le prévenir.
Sameya tend une enveloppe à Tarek.
« Tiens, mon frère ! Voici de quoi subvenir à vos besoins quotidiens.
— Merci à toi, répond-il. Tu veux boire un thé ?
— Non, merci. Je ne veux pas laisser tes gars enfermés trop longtemps. Et puis j’ai des choses à faire. L’Imam prépare notre prochaine action.
— Et tu sais qui doit s’en occuper ?
— Oui. C’est vous. Mais n’en parle pas à tes hommes. Comme d’habitude, on les préviendra à la dernière minute. Moins de risques, et l’adrénaline comme arme supplémentaire.
— De quoi s’agit-il ?
— Pour l’instant, rien n’est définitif. On a plusieurs possibilités. Mais, dans tous les cas, on va frapper un grand coup. Il a demandé un nouvel arrivage de fric.
— D’accord. On est prêts. Tiens-moi au courant.
— Oui. Compte sur moi. À bientôt.
— À bientôt. »
Sur ce, elle quitte l’appartement.
Alors que Tresch est au téléphone avec Ange-Marie, Hamal contacte par radio le commandant Faivreau – nom de code EM pour « équipe mobile » –, via les fréquences d’Acropole(1).
« PS à EM, cible présente sur les lieux. Elle quitte l’appartement à l’instant. Vous l’aurez en visuel à la sortie de l’immeuble.
— EM à PS, demande de signalement !
— Jeune femme iranienne, cheveux longs noirs, un mètre soixante-huit. Porte un jean clair, des bottines noires, un pull gris foncé en laine et un blouson en cuir court.
— Ok, PS. On l’a ! Se dirige vers une Twingo bleu foncé, immatriculation 5465 TSS 94. Début de filature. »
La voix de Barthélémy est diffusée par les enceintes.
« Archange à EM, je suis en route. Je viens en renfort. Je prends le code EM6 et la direction de l’opération. Indiquez clairement vos positions.
— EM à Archange, message reçu. »
Dans sa voiture, Ange-Marie atteint le périphérique à pleine vitesse, gyrophare et sirène en marche. Il reprend l’émetteur-radio en main pour envoyer des consignes au binôme en place au poste de surveillance.
« Archange à PS, laissez les radios allumées mais restez en place et poursuivez la surveillance. On vous fera venir en renfort en dernier recours, uniquement en cas de nécessité absolue.
— PS à Archange, reçu ! » confirme la voix du lieutenant Hamal.
Le commissaire roule à une allure déraisonnable, même pour un flic. Plus déterminé que jamais, il compte bien mener cette filature jusqu’au bout. Le groupe Faivreau dispose de trois voitures – EM1, EM2 et EM3 – et de deux motos – EM4 et EM5.
Au volant d’EM6, il concentre toute son énergie et son attention, conscient que ce type d’opération peut tourner court rapidement si elle est mal supervisée.
C’est précisément pour cette raison qu’il a décidé de prendre les commandes.