« Teigneux » Boucher prit un appel du Central – reçu sur la radio de la voiture du commissaire garée devant la maison de Baker – et partit retrouver son coéquipier, Jimmy Glover, devant un Mac’s Milk qui venait d’être braqué. Plus tard, il regagna la salle des inspecteurs, s’assit à son bureau, et essaya de mettre à jour la paperasserie, mais il ne parvenait pas à se concentrer sur son travail. Il n’arrêtait pas de penser à ce qu’il avait vu dans le sous-sol de Baker.
Pas les corps. C’était plutôt dégueu, d’accord, mais il avait vu pire.
Non, il pensait à ces images soudaines, surgies de nulle part, comme des hallucinations. Et à cette sensation étrange d’être terrifié. Merde, il n’était pas devenu une mauviette tout à coup ! Alors que se passait-il, bordel ?
Encore plus étrange était la liste qui avait choisi cette nuit pour se dérouler dans sa tête, un défilé de visages dont il n’avait pas particulièrement envie de se souvenir.
La victime d’un viol qu’il avait pelotée dans la voiture de patrouille pendant qu’ils attendaient l’arrivée de l’ambulance.
La jeune pute qu’il avait forcée à lui tailler une pipe dans un restaurant Harvey’s, elle sous la table, la tête entre ses jambes, lui et son coéquipier discutant le bout de gras et buvant un café tandis qu’elle s’activait avec sa bouche.
La revendeuse de drogues qu’il avait refilée à certains des gars, lorsqu’il s’était aperçu qu’elle était lesbienne, et ils s’étaient offert un viol collectif pendant toute une nuit, parce que c’était ça ou bien il la faisait coffrer.
Et d’autres…
Tellement d’autres… beaucoup trop.
Tous réclamaient son attention. Tous le montraient du doigt et disaient, « Tu nous as entubés. Maintenant c’est ton tour, Teigneux. Maintenant cela va t’arriver, venir te chercher ».
Venir te chercher.
Il le sentait. Quelque chose. Dans ce paysage désertique, hanté. Quelque chose qui chevauchait cette musique étrange qu’il avait entendue. Qui l’attendait quelque part dans la nuit au-delà des murs du commissariat. En ce moment même.
Quelque chose.
Peu importait qu’il sache que c’était qu’un tas de conneries. Qu’il s’était juste agi d’une hallucination à la mords-moi-le-nœud, causée par des putains d’émanations qu’il avait inhalées.
Au tréfonds de son être, il savait que c’était réel… quoi que ce fût.
Et c’était là-bas.
Quelque part.
Et cela l’attendait.