Jim avait jeté son short et son slip. Il aurait voulu ôter sa peau pour avoir moins chaud. La sueur coulait tout le long de son corps. Il laissait une trace humide sur la moquette du couloir. La curiosité l’avait emporté sur tous les autres sentiments. Avant d’aller voir son père, il voulait voir les bêtes. On les entendait moins, leurs cris devenaient plaintifs. Mais aucune ne se plaignait avec des mots qu’on pouvait comprendre. Quelle était la voix du Roi ? Était-ce lui qui avait fait cet énorme bruit rauque ?

Au passage, il se plongea dans la fontaine. L’eau ne coulait plus de la bouche des dauphins de pierre, mais le bassin était plein. Il but l’eau tiède et y plongea sa tête. Il se traîna jusqu’au glissoir et se laissa aller.

Le lion était toujours immobile près de sa lionne, et la gazelle continuait de dormir. Tout était normal dans toutes les cases supérieures.

— Bè…è… è… bè…

Les cris plaintifs venaient de l’ouverture de la rampe. Jim y trouva les brebis couchées, telles qu’il les avait souvent vues dans leurs cases. Mais ici elles remuaient un peu, essayaient de se lever, y renonçaient. Elles n’avaient pas pu monter jusqu’au bout. Jao le bélier avait posé sa tête en travers d’une brebis, et sa bouche ouverte haletait doucement entre ses cornes ornementales.

— Brebis, brebis, dit Jim, n’ayez pas peur…, ayez du courage…, on va ouvrir l’Arche…, vous pourrez de nouveau… respirer, compris… ?

— Bè… bè…

Il attendait mieux comme réponse. Tant pis. On bavarderait plus tard. Il fallait… se dépêcher… d’ouvrir. Il remonta par l’ascenseur.

Effondrés au bout du troupeau, Flic et Floc avaient entendu la voix de l’homme et senti son odeur. Ils trouvèrent encore assez de force pour gémir d’amour.

Les chameaux s’étaient arrêtés plus bas. Le grand mâle avait baraqué en oblique sur la pente et, l’oeil plein de sagesse, attendait la suite des événements, ou la fin, en ruminant une vieille touffe d’herbe du désert conservée dans un coin de son estomac depuis seize ans.

Marguerite continuait de dormir dans l’Atelier, mais M. Jonas n’y était plus. Jim le retrouva au salon, avec les autres. Jif, étendue sur le divan, gémissait doucement. Sa mère essayait de la calmer. M. Jonas, dans le fauteuil jaune, les yeux hagards, semblait ratatiné, il s’enfonçait dans un coin du fauteuil, il aurait voulu y disparaître, il était le seul à savoir qu’il n’y avait plus d’espoir, et il allait falloir le leur dire, et il n’en avait pas le courage. Jim lui en donna l’occasion.

— Qu’est-ce qu’on attend… pour ouvrir ? demanda Jim. Qu’est-ce que… tu attends ?

M. Jonas se redressa, essaya de répondre calmement :

— Je… je ne peux pas…

— Pourquoi… ?

— Je ne sais pas… Seul M. Gé… savait… comment ouvrir l’Arche !…

Une rose au paradis
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