Mme Jonas se calma en grignotant une aile. M. Gé lui avait affirmé que le robot fabriqué par son mari ressemblait moins à une star qu’à un fourneau à gaz.

— Si c’est lui le sixième qui nous met en danger, il n’y a qu’à le dévisser, dit Jim, qui visa de loin le Trou avec l’os de la cuisse.

Cling, glouf.

— Ce n’est pas lui, bien sûr, dit M. Gé.

— Alors où est-il ? demanda Jif.

Son père la regarda, sa mère la regarda, M. Gé la regarda, et voyant que tout le monde la regardait, Jim la regarda aussi. M. Gé, qui était près d’elle, avança sa main blanche et posa le bout de deux doigts fins sur le ventre adolescent. Il dit avec gentillesse :

— Il est là…

— Là ?…

Étonnée, elle toucha à son tour son ventre.

— Tu ne comprends pas ? dit la mère, en s’essuyant les mains à sa serviette. Il faut te mettre les points sur les i ?

— Comment voulez-vous qu’elle comprenne ? dit M. Gé. Vous n’avez jamais abordé ces problèmes avec elle, ni avec son frère…

— Moi ma mère m’a jamais rien dit et je savais tout !…

— Vous saviez par vos copines… Presque déjà à la maternelle… Mais où sont les copines, ici ?

Jif s’énervait. Elle frappa sur la main de M. Gé qui s’attardait dans sa direction.

— Vous allez me dire ce que ça signifie, à la fin ?

Sa mère cria .

— Ça signifie que tu es enceinte ! Là ! Tu le sais maintenant !… Tu es contente ? Tu es fière de toi ?…

Mais Jif n’en savait pas plus long.

— Qu’est-ce que ça veut dire, enceinte ?

— Demande à ton frère… Qu’il regarde dans son dictionnaire…, dit Mme Jonas excédée.

Jim s’assit sur le divan, et se mit aussitôt à tourner les pages :

— Ancêtre… anchois… ancien…

— Non, dit M. Jonas. Avec un eu…

— Un quoi ?

— Un eu… Eu, enne, cé… Pas a, enne, cé…

— Ah bon…

— Dépêche-toi ! dit Jif.

Elle s’assit près de lui, se pencha sur le livre, releva la tête vers son père

— Tu sais ce que c’est, toi, papa ?

— Oui, bien sûr…

— Ça t’est arrivé, à toi ?

— Non !… Enfin… en quelque sorte, oui… Ce n’était pas à moi, mais c’était quand même de moi…

— Qu’est-ce que c’était ?

— C’était toi !…

— Oh ! Vous êtes tous fous, aujourd’hui !…

— Ça y est ! J’ai trouvé, cria Jim, « ENCEINTE : ce qui entoure un espace fermé. Espace clos… »

— Je suis espace clos ? demanda Jif effarée.

— Mon pauvre poussin, le malheur, c’est que tu l’es plus tellement… dit sa mère. Alors, Jim, c’est tout ?

— Attends… Dessous, il y a : «ENCEINTE : se dit d’une femme qui porte un enfant dans son sein… »

Jif se dressa, effrayée.

— Maman ! Pourquoi je porte quelque chose dans mon sein ? Dans lequel ? Ça se voit ?

Elle ouvrit son soutien-gorge et regarda ses seins l’un après l’autre. Sa mère se hâta de remettre son vêtement en place.

— Veux-tu te couvrir ! De toute façon c’est pas là… Maintenant, tu ne dois plus te déshabiller comme ça, devant tout le monde !…

— Pourquoi ?

— Parce que tu n’es plus une enfant !

— Je ne suis plus une enfant, mais j’en porte un ?

— Exactement.

— C’est un ou une ?

— C’est pareil.

— Qu’est-ce que c’est ?

— C’est comme quand tu étais petite

— Quand j’étais petite je n’avais pas de seins !

— Tu n’en avais pas besoin.

— Maintenant non plus !

— Tu vas en avoir besoin.

— Pour porter un enfant ?

— Non, pour le nourrir.

— C’est pas du poulet !

— C’est pas pour manger

— Alors c’est pour quoi ?

— Pour boire du lait.

— Qu’est-ce que c’est du lait ?

— Ooooh !  !…

Mme Jonas exaspérée leva les bras au ciel et cria :

— Je deviens folle ! Demande à ton frère ! Demande au dictionnaire ! Moi je renonce !…

— Je crois, dit calmement M. Gé, qu’il faudrait commencer par le commencement.

Une rose au paradis
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