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Submergé

Le temps que Maul quitte l’usine et rejoigne l’espace central, la population carcérale était déjà en route vers les cellules. Les alarmes vociféraient encore plus ici, le compte à rebours avait déjà commencé. En se tenant le côté entaillé par le varactyl, il se fraya un chemin parmi la foule malodorante pour emprunter un couloir qui menait à sa cellule. Quand il y entra, il y trouva un gardien.

— Salut, la Dent. Bienvenue chez toi.

C’était Smight, le jeune surveillant qui n’avait pas arrêté de lui enfoncer le canon de blaster dans le dos quand Maul s’était fait escorter jusqu’au bureau de la directrice.

Smight n’avait pas son air habituel. Les coins de sa bouche étaient relevés artificiellement, trahissant une dépravation chimique que Maul n’avait jamais décelée dans son visage. Ses yeux brillaient sous la lumière des suspensions. Maul se demanda ce que le gardien avait pris, s’il avait sniffé du glitterstim avant de venir pour se donner du courage.

— Ils t’ont encore sélectionné pour un match, tu sais, l’informa Smight en faisant craquer ses doigts.

Il consulta le chrono à son poignet.

— Dans deux minutes environ.

— Alors vous feriez mieux de sortir d’ici.

— T’es pressé, hein ? Tu dois aller quelque part ?

Le gardien ricana et posa les yeux sur la blessure béante au flanc de Maul.

— Peut-être que t’aurais pas dû te battre avec ce varactyl, hein ? Le combat n’a même pas encore commencé et tu saignes déjà.

Maul ne répondit pas.

— Ça me rappelle que la directrice m’a envoyé ici avec un truc rien que pour toi.

Il détacha de sa ceinture des liens à fermeture éclair en nylacier, comme ceux qu’ils avaient utilisés pour le wampa.

— Assieds-toi.

Maul prit place sur le banc et Smight plaça à la hâte les liens autour de ses chevilles puis les accrocha aux attaches en acier qui les reliaient au sol. Une fois qu’il eut terminé, il jeta un dernier regard à Maul.

— Qu’est-ce qui se passe ? T’as pas une vanne à sortir ?

— Vous devriez faire plus attention à ce que vous absorbez.

— Quoi ?

— Les épices. Elles vous tueront, si je ne m’en charge pas d’abord.

Le visage de Smight devint si hostile qu’il sembla se rétrécir.

— Bonne chance pour le combat, se contenta-t-il de rétorquer avant que l’écoutille ne se referme derrière lui.

Maul ne bougea pas. Les alarmes s’étaient tues. Il y eut un long silence puis un grincement métallique qui semblait jaillir de partout en même temps, au moment où la prison entama son processus de reconfiguration.

Maul allait savoir si Izhsmash avait réussi à accomplir ce qu’il lui avait demandé. Les liens rendraient la tâche plus difficile, mais pas impossible.

Il n’y avait plus qu’à attendre.

La cellule se mit en mouvement. Elle tourna et pivota vers la droite, remonta et se renversa à cent quatre-vingts degrés, laissant Maul suspendu la tête en bas, retenu par ses mains cramponnées aux barres et les menottes à ses chevilles. D’autres cellules se reformaient autour de la sienne, il entendait le vacarme du métal frotté. À force de tourner, la sienne finit par reprendre sa position originale et s’arrêta. Les panneaux des murs et du plafond s’ajustèrent et se resserrèrent autour de lui.

Maul tendit l’oreille pour percevoir les sons de l’autre côté de la paroi. La liste des prisonniers ne lui avait pas appris à quelle espèce appartenait Novi. Qu’entendrait-il cette fois ? Un grognement ? Un grondement ? Une voix humaine ?

Il n’entendit rien. Il regarda autour de lui. La cellule ne semblait pas plus petite, mais quelque chose avait changé. Il avait l’impression que toute la pièce s’était resserrée, de façon presque imperceptible.

Quelques secondes plus tard, elle commença à se remplir d’eau.

Le liquide glacé, grisâtre et pestilentiel provenait d’un tuyau dans le plafond. Le Zabrak fut rapidement trempé. L’eau clapotait sur le sol métallique et montait autour de ses pieds, puis de ses chevilles. Maul leva la tête vers le tuyau. Il était agacé, mais pas surpris.

Il se mit debout et tira sur les liens qui l’attachaient au banc, même s’il savait qu’ils ne céderaient pas. Il essaya de faire pareil avec le banc, puis avec les attaches en acier. Rien ne bougeait, comme il s’y attendait. Pour le moment, il était contraint à se battre de là où il était.

Le liquide avait dépassé ses genoux et arrivait à sa taille. Tout le plafond semblait ruisseler. L’acoustique de la pièce avait changé. Les échos étaient étouffés et il ne restait qu’un grondement discordant. Tout se passait si vite que Maul avait l’impression que c’était lui qui s’enfonçait dans le liquide et non l’eau qui descendait du plafond.

Il sentait la pression l’encercler, le niveau monter pour atteindre son torse, ses épaules, puis son cou. Il renversa la tête en arrière, relâcha de l’air et vit que son souffle formait un nuage visible. La température dans la cellule avait baissé de vingt degrés en deux minutes. Ses deux cœurs s’accélérèrent, pompant du sang vers ses extrémités, le préparant à faire face à ce qui l’attendait.

Où était Novi ? Est-ce qu’il était en route ? Ou Izhsmash n’avait-il pas réussi à pirater l’algorithme ?

Maul observa encore une fois son environnement. La pièce était plus sombre, comme si les lumières avaient été avalées par l’inondation.

Il prit de profondes respirations pour saturer ses poumons d’oxygène, puis plongea la tête sous la surface afin d’acclimater sa vision à l’eau trouble. Au début, il ne vit rien. Les lumières brillaient faiblement depuis les murs submergés, les profondeurs étaient floues. Il ne distingua rien là-dessous.

Rien encore.

Il revint à la surface, aussi haut que le permettaient ses liens. L’eau était presque au-dessus de sa tête et il ne restait qu’une fine couche d’oxygène au-delà du liquide. Il replongea et quand il remonta, l’eau avait atteint le plafond.

Il restait un centimètre ou deux d’air tout au plus.

Maul l’aspira et le sentit disparaître contre ses lèvres.

Il perçut la réverbération sourde d’une écoutille qui coulissait sous l’eau. Il se glissa sous la surface, mais ne vit rien de plus.

Un instant plus tard, quelque chose lui frôla la jambe. Maul plissa les yeux dans les profondeurs et aperçut une paire d’yeux noirs globuleux et vitreux qui l’examinaient.

Une seconde plus tard, la créature l’attaqua.