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Le vieil homme

Artagan Truax se réveilla en entendant des voix dans l’obscurité. Deux d’entre elles s’entretenaient en sourdine depuis un endroit qu’il ne voyait pas. Au début, il avait l’impression qu’elles n’étaient pas réelles.

Le sol sur lequel il était couché était dur et froid. Il ne savait pas depuis combien de temps il était allongé là : la douleur dans sa jambe, ou ce qu’il en restait, du moins, brouillait sa perception du temps. Elle rendait chaque instant de veille interminable, le plongeait dans un état comateux ou l’en tirait brusquement. Il tremblait alors et était secoué de spasmes qui rendaient sa souffrance encore plus insupportable. Son front était brûlant de fièvre.

Il força ses lèvres gercées à articuler :

— Où suis-je ?

Il n’était pas sûr d’avoir prononcé ces mots à haute voix, mais cela devait être le cas, car les deux détenus cessèrent leur conversation et se penchèrent sur lui. Aucun des deux n’était humain : l’un était un Aqualish et l’autre un Twi’lek, que l’on appelait Zéro dans tout le pénitencier.

— Tu devrais ménager tes forces, Artagan, lui conseilla l’Aqualish.

À vrai dire, il exprima son opinion par une série d’aboiements. Artagan, qui avait passé pas mal de temps à se battre pour des crédits avec cette espèce, traduisit mentalement en basic.

— Tu as besoin de repos. Tu es grièvement blessé et tu ne peux pas te permettre d’aggraver ton état.

Artagan tenta de bouger et sentit la douleur irradier à travers le bandage posé à la hâte sur son moignon. Il avait l’impression que toute la partie inférieure de son corps était en feu.

— De l’eau, croassa-t-il. Besoin… de boire.

— Quand tu étais à l’infirmerie, reprit l’Aqualish, tu as dit à ce Zabrak des choses que tu n’aurais pas dû dire.

Il fit une pause.

— Des informations sur M. Radique. Certains détails que tu n’aurais pas dû partager. On est d’accord là-dessus, non ?

— R… Radique ?

Artagan se contentait de le regarder, hésitant entre le choc et l’incrédulité.

— Les gardiens voulaient vous tuer, toi et ton fils, pour ta tentative d’évasion, poursuivit l’Aqualish en jetant un œil à Zéro. M. Radique a réussi à empêcher que vous soyez éliminés…

Artagan ne dit rien.

— Mais sa protection ne durera pas éternellement, compléta le Twi’lek. Il faut qu’on sache ce que tu as dit au Zabrak, Artagan. Et s’il te plaît, sois précis.

— Je lui ai juste dit…

— Oui ?

Le vieil homme ouvrit la bouche et la referma.

— Où est… mon fils ?

L’Aqualish et le Twi’lek échangèrent un regard.

— Oui, ton fils, fit l’Aqualish. Il pourrait peut-être répondre à nos questions.

Le vieux secoua la tête.

— Non, laissez-le tranquille. Laissez-le en dehors de tout ça.

Soudain, des sirènes se mirent à retentir dans toute la prison.