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Assis sur la rambarde de sécurité, Simon Beaver
finit sa bière et jeta la canette vide dans les buissons derrière
lui. L'esprit ailleurs, il regardait passer le flot de moins en
moins dense des véhicules qui circulaient en cette veillée de Noël.
Au bout d'une minute, il se pencha pour attraper son pack de bières
et s'en ouvrir une autre.
L'alcool. Le seul ami sur lequel on pouvait
toujours compter quand on était malmené par la vie. Et la vie
n'avait vraiment pas épargné Simon Beaver…
Simon n'en revenait toujours
pas. Il allait enfin le faire. En cette veille de Noël, c'était le
plus beau cadeau que le père Noël pouvait lui apporter :
Natacha Perkins ! Pas vraiment un canon, mais une paire de
seins à faire bander un mort, exulta Simon, qui finit d'ajuster sa
cravate. Il se regarda dans le miroir et crut voir un homme, un
vrai, alors qu'il n'avait que dix-neuf ans.
Il sortit de sa chambre et
passa devant le salon.
– J'y vais m'man, à
demain.
Affalée dans le canapé devant
la télévision, une bouteille de scotch à moitié vide à côté d'elle,
sa mère lui fit un vague geste de la main, sans lui jeter un
regard. Simon savait qu'il aurait dû rester auprès d'elle, mais
cette soirée allait être mémorable.
« Jonathan, j'espère que
là où tu es, tu peux comprendre », lança-t-il en pensée à son
petit frère.
Il savait qu'il aurait dû
marquer le coup et honorer le jour de sa mort, mais il n'avait pas
osé demander à Natacha de changer la date. Ce soir était le
soir !
Il avait neigé durant toute
la semaine. Les toits des maisons de la zone pavillonnaire étaient
recouverts d'un blanc laiteux qui étincelait sous les illuminations
des nombreuses guirlandes et autres décorations. L'esprit
conquérant, il mit son brassard fluorescent, enfourcha sa
bicyclette et roula à la lumière de son phare en espérant ne pas
s'étaler sur la route. Les parents de Natacha étaient partis fêter
Noël à l'autre bout des États-Unis et lui avaient laissé la villa
pour elle toute seule.
Chemin faisant, il eut une
pensée pour son père. Après l'accident, il avait passé plusieurs
mois en hôpital psychiatrique. Le couple n'avait pas tenu longtemps
après son retour à la maison. Le divorce avait été prononcé
quelques semaines plus tard. Simon n'avait plus jamais eu de
nouvelles de son père. Pas même un coup de fil à Noël ou aux
anniversaires. Le « jamais je ne te pardonnerai »
résonnait encore à ses oreilles.
Longtemps, il s'était senti
coupable. Finalement, le psychiatre qui l'avait suivi dès son plus
jeune âge avait réussi à la convaincre sur le tard qu'il n'était en
rien responsable de cet épouvantable accident. Le seul coupable
était « le droit de quiconque à porter une arme aux
États-Unis ».
C'est l'esprit embrumé par
ces amères pensées qu'il arriva chez Natacha. À peine lui
eut-elle ouvert la porte que son regard tomba sur ses seins. Plus
rien d'autre n'existait.
– Dis donc, tu t'es fait beau
pour moi ? dit-elle d'une voix enjôleuse.
Elle avait dix-neuf ans.
Comme lui. Il pensait qu'elle s'y connaissait bien plus en sexe que
les actrices de porno.
– Tu le mérites,
gargouilla-t-il en rougissant comme une pivoine.
– Allez, entre, on se
gèle.
Il crut entendre du bruit et
vit apparaître un chat qui le regarda d'un air
narquois.
– Fais pas attention, il est
jaloux.
– Il est mignon, dit-il
bêtement.
Natacha lui sourit et
l'attrapa par sa cravate.
– Suis-moi, j'en meurs
d'envie, dit-elle d'une voix rauque soulignée d'un regard sans
équivoque.
Il se sentait en confiance.
Natacha était une chic fille. Incroyable qu'elle ait accepté de se
laisser draguer par lui. Il avait l'habitude de faire les devoirs
de certaines filles, plutôt jolies. Mais quand Natacha était venue
le trouver, deux semaines plus tôt, il savait qu'il n'aurait pas le
temps. Alors, il l'avait provoquée en lui promettant de lui faire
son devoir contre un simple baiser. Elle avait semblé outrée.
Cependant, le lendemain elle était revenue, toute pimpante,
acceptant le marché, et au lieu du baiser, elle lui avait promis
une véritable nuit d'amour pour la veille de Noël. Sur le moment,
Simon n'y avait pas cru. Aussi fut-il stupéfait quand, après qu'il
lui eut rendu son devoir, elle lui jura qu'un deal était un deal et
qu'il avait droit à sa folle nuit d'amour.
Natacha le prit par la main
et l'entraîna dans sa chambre, à l'étage.
Simon était surexcité. Le
moment était enfin arrivé. Natacha n'alluma que la lumière de sa
table de chevet et mit le dernier CD des Red Hot Chili Peppers,
puis se posta face à Simon et d'une pichenette, le fit tomber sur
le lit.
– Laisse-toi faire,
maintenant, dit-elle alors que les premières notes de
« Mother's Milk » résonnaient dans la
chambre.
Simon n'en croyait pas ses
yeux. Natacha enleva son pull et lui dévoila sa sublime poitrine
emprisonnée dans un soutien-gorge en dentelle.
Allongé sur le dos, Simon
tendit les mains en avant, mais Natacha lui plaqua les bras sur le
lit.
– Laisse-toi faire, je te
dis, dit-elle en lui déboutonnant sa chemise.
Elle la lui enleva ainsi que
son sous-pull, puis, faisant glisser ses mains, elle attrapa sa
braguette et lui fit un sourire coquin.
Simon pria tous les dieux de
le faire tenir.
Elle lui ouvrit la braguette
et alors qu'Anthony Kiedis criait à tue-tête sous la basse de Flea,
Natacha le débarrassa de ses chaussures et de son
pantalon.
– Tu es prêt ? fit-elle
en saisissant son caleçon.
– Oui, répondit-il dans un
souffle.
Avec une dextérité toute
féminine, elle le lui enleva et le jeta dans un coin de la chambre.
Alors, elle se mit à genoux entre les cuisses de Simon. « Nom
de Dieu, si elle commence comme ça, jamais je n'arriverai à me
retenir avant de la pénétrer », s'affola-t-il.
Natacha se courba en avant et
quand elle eut presque le sexe de Simon collé aux lèvres, elle
releva la tête et lui souhaita « Joyeux Noël » avant de
lui mordre le gland. Simon hurla de douleur et s'éjecta du lit. Des
étudiants ivres et hilares entrèrent dans la chambre et le
conspuèrent avec virulence.
– Gros puceau, tu croyais
tout de même pas au Père Noël !
– Le con,
regarde-le !
– Dégage,
connard !
Jamais de sa vie, il n'avait
connu pareille humiliation. Malgré les huées et les bourrades dans
le dos, il réussit à attraper ses affaires et à sortir de la
chambre.
En bas, d'autres étudiants,
dont certaines des filles qu'il avait aidées, se moquèrent de lui à
son passage. Pleurnichant comme un enfant, il réussit à sortir dans
le froid glacial. Un étudiant sortit sur le perron et lui jeta son
blouson à la figure.
– La prochaine fois que
t'essayes de brancher une fille d'Alpha, on te la coupe, c'est
compris ?
Simon n'appartenait à aucune
des fraternités de l'université. Jamais il n'aurait imaginé qu'en
tentant sa chance auprès de Natacha Perkins, il mettait un pied en
enfer. Par bonté d'âme, on le laissa se rhabiller dans le jardin
enneigé, les étudiants massés derrière les fenêtres continuant à
rire de leur bonne blague.
Simon reprit son vélo. Ses
roues étaient crevées.
Dans la lumière scintillante
des guirlandes de Noël, il le poussa, le visage ruisselant de
larmes.