20
Il était près de 9 heures du soir quand Logan se gara devant chez lui. Il sortit sous un froid glacial et remonta l'allée d'un pas pressé. Sa maison était la seule à ne pas briller de mille feux. Certains de ses voisins avaient proposé de s'occuper de sa décoration, mais Logan avait décliné l'offre, arguant que cela ne cadrait pas avec son statut de premier homme de loi de la ville. En vérité, il aurait trouvé trop déprimant de rentrer dans une maison illuminée de l'extérieur et vide de toute chaleur humaine à l'intérieur. D'autant plus vide que Hurley l'avait appelé dans l'après-midi pour lui annoncer d'une voix peinée qu'elle rentrait à Seattle avec Blake et Freeman.
Il inséra la clé dans la serrure, et fut surpris de constater qu'elle n'était pas fermée à double tour. Ce n'était pas le genre de Jessica d'oublier ce genre de chose. Il retint son souffle et mit la main à son ceinturon. S'avançant dans le couloir de l'entrée, il crut distinguer une forme humaine dans le salon.
Il y eut le bruit d'une allumette qu'on craque, suivi d'une petite flamme.
Logan soupira d'aise et rangea son arme.
La flamme alluma la bougie posée sur la table basse, qui éclaira d'une façon très douce le corps de Hurley vêtue d'un déshabillé sexy.
– Je me doutais depuis le début que cette maison était hantée, fit-il en se débarrassant de son blouson et de son ceinturon.
– Le fantôme de Lady Hurley, pour vous servir.
Logan adorait leurs petits jeux amoureux. Rien de tel pour briser la monotonie de la vie de couple. Il s'avança à la simple lueur de la bougie.
– Vous m'avez l'air bien réelle pour un spectre.
– Taisez-vous, vous ne savez rien de moi, continua Hurley d'une voix envoûtante.
Logan vint s'asseoir tout près d'elle.
– Vous ne me faites pas peur, et je crois bien que c'est vous qui devriez plutôt me craindre.
– Vous n'oseriez pas ?
– Et comment ! fit Logan, qui se jeta sur sa compagne.



Maintenant allongés l'un contre l'autre au creux du lit, ils avaient fait le tour de presque toutes les pièces avant de finir dans l'endroit le plus approprié pour atteindre le nirvana.
– C'est celle qui me manque le plus, fit Logan à la lueur de ce qui restait de la bougie.
– Tu m'as promis.
Hurley détestait que Logan fume une cigarette après l'amour. La rançon du guerrier, comme si la femme était un animal que l'on chassait !
– Même pas une fois de temps en temps ?
– Même pas.
Au moins, il aurait essayé. Il passa un index sur le front de Hurley et lui essuya les perles de sueur. Vraiment une beauté. Ils se regardèrent de longues minutes, avant que Hurley ne vienne poser sa tête sur la poitrine de Logan.
– Parle-moi de cette secte. C'est quoi au juste, les Enfants de Marie ?
C'était bien la dernière chose dont il avait envie de parler, mais il le lui devait bien, après la scène qu'il lui avait faite de bon matin.
– Jenny Richardson. Une illuminée de première. Une starlette de la chanson dans les années soixante, qui n'a jamais décroché un single en dehors de son Texas natal.
Il avait été le premier étonné quand il avait appris, au printemps dernier, que le manoir où Jack Mitchell avait sévi avait été vendu aux enchères à une secte. Il avait découvert qu'elle avait acquis deux autres manoirs avec leurs dépendances. Ce qui représentait un domaine foncier considérable, même si certains lots étaient dans un état de délabrement partiel. Logan avait fait des recherches sur le gourou. Une femme de soixante-dix ans qui avait enregistré quelques singles de country, sans jamais percer.
Il avait vu des photos d'époque. Une très jolie fille, qui n'avait pas eu de mal à se trouver un mari fortuné en la personne de Ronny Richardson, richissime promoteur texan. L'homme avait été son mécène. Il gaspilla des sommes considérables pour faire de sa femme une célébrité. Malheureusement, quand un accident de voiture emporta l'heureux époux, Mme Richardson sombra dans une profonde dépression. Elle n'en sortit que deux ans plus tard, quand elle fit la rencontre la plus importante de sa vie.
– Elle a vu la Vierge en personne, indiqua Logan sur un ton faussement impressionné.
Hurley avait déjà entendu parler de cette secte, mais jamais elle n'aurait imaginé que le gourou fût une vieille chanteuse de country sur le retour.
– C'était lors d'une visite dans un cimetière élisabéthain. En Virginie. Elle lui est apparue et lui a demandé de prêcher la bonne parole et tout un tas de principes à la con.
Comme vivre à la manière des premiers arrivants sur le continent. Cependant, à l'inverse des Amish, ils avaient le droit, en cas de nécessité, de recourir à la modernité. Ce qui expliquait que certains d'entre eux possédaient des voitures et même des téléphones portables. S'ils diabolisaient la société de consommation, ils n'en haïssaient pas leurs membres pour autant. Il y avait même une de leurs filles à l'université de River Falls.
– J'ai appris ça tout à l'heure, fit-il en caressant les cheveux de Hurley. Une pauvre bigote qui est la risée de tous.
Hurley redressa la tête et le regarda.
– On dirait que ça t'amuse, fit-elle. Moi qui croyais que tu prenais toujours la défense des faibles.
– Ce ne sont pas des faibles. Jenny Richardson est assise sur un pactole estimé à deux cents millions de dollars. Loin des Gates, Buffet et Trump, certes. Mais ça doit laisser voir venir.
Cette somme laissa Hurley pantoise. À quoi pouvait-il servir d'avoir autant d'argent ? Une vie entière ne suffirait pas pour le dépenser.
– Cela a dû attirer beaucoup d'adhérents.
– Pas vraiment. En fait, si j'en crois mes sources, elle ne recrute que dans sa famille. Elle se serait fait aider par les Mormons pour retrouver d'anciennes branches des Richardson et des Cagliani, son nom de jeune fille.
Hurley sourit en imaginant la surprise de ces cousins éloignés. Combien d'entre eux avaient dû accepter d'entrer dans la secte dans le seul espoir de toucher un jour le magot ?
– Ils ne prônent pas la fin du monde, j'espère ?
– Malheureusement non. Peu de chances qu'il y ait un suicide collectif, fit-il sur un ton qui se voulait sérieux.
– Très drôle.
Hurley s'assit en tailleur sur le lit et repensa à Nathaniel. À quoi ressemblait la vie dans une telle communauté ? Adoptait-on automatiquement les dogmes enseignés, ou au contraire se révoltait-on contre cet endoctrinement ?
– Est-ce que je peux dire quelque chose qui va te faire bondir ?
Logan se redressa dans le lit et fit une moue peu avenante.
– Je me prépare.
Hurley sourit et se lança :
– Et si Nathaniel n'était pas coupable ? Et s'il avouait pour fuir cette secte et être banni ?
Logan ne bondit pas.
– Figure-toi que j'y ai pensé. Mais le hic, c'est que ce n'est pas l'armée. Tout le monde peut sortir de cette communauté très facilement. D'ailleurs, d'après mes recherches, de nombreux membres de la famille l'ont quittée au fil des années. Ils seraient même restés en bons termes avec la secte. Sans parler de la petite qui fait ses études à l'université.
L'instinct de Hurley lui disait pourtant que quelque chose ne cadrait pas.
– Je suppose que tu as raison.
– Tu sais, il va bien falloir qu'un jour tu comprennes que je ne suis pas shérif pour rien et que mes collaborateurs ne sont pas de stupides subalternes guidés par le seul souci de m'être agréable.
Hurley rit d'elle-même et donna une petite tape amicale sur la cuisse de son homme.
– J'aime bien t'embêter.
– Ouais, j'en ai bien conscience, mais fais attention à ne pas aller trop loin, la menaça-t-il.
Elle lui sourit, cependant qu'une dernière question lui effleurait l'esprit :
– Et le frère de Bettany, il est venu déposer ?
– Oui. Il dormait quand elle est rentrée. Au petit matin, quand il s'est levé, c'est elle qui dormait. Il ne l'a pas réveillée et il est parti à son travail. Et avant que tu me le demandes, sache que j'ai appelé son employeur. Il m'a confirmé qu'il était bien à son poste toute la matinée ; son comportement semblait normal.
– Pourquoi n'a-t-il pas appelé la police ?
Logan la regarda d'un air navré.
– Il a eu peur d'impliquer sa sœur dans cette histoire, et puisque nous avions notre coupable, il n'a pas cru bon d'intervenir. J'aurais fait pareil pour toi.
Satisfaite et d'humeur joyeuse, Hurley se rapprocha de lui et lui pinça la joue.
– Aïe ! cria-t-il exagérément. Je t'ai dit de ne pas aller trop loin.
– C'est que ça se voudrait méchant, cette chose-là.
Logan leva les yeux et sans prévenir lui sauta dessus, dans la ferme intention de la croquer toute crue.
Un noël à River Falls
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