13
Le radio-réveil s'alluma et on entendit retentir la voix d'Alicia Keys. Gerald sortit la tête du lit. Il se sentait en pleine forme. Il serait bien resté encore quelques heures de plus sous la couette.
– Bien dormi ? demanda Katie en se lovant contre lui.
– Ouais, fit-il en tendant la main vers la lampe de chevet.
Il alluma la lumière et remercia les dieux d'internet de lui avoir permis de trouver une fille comme Katie Spinner. Trente et un ans, brune aux longs cheveux ondulés. Un visage ressemblant à celui de Lindsay Lohan, si ce n'est que Katie avait quelques kilos de plus que la starlette anorexique.
Gerald passa une main gourmande sur ses rondeurs appétissantes.
– Tu es magnifique, fit-il en la regardant comme la huitième merveille du monde.
Katie lui fit son petit sourire coquin et le laissa faire. Elle savait bien que malgré ses quelques kilos en trop, beaucoup de garçons la préféraient aux pom-pom girls et autres bimbos décolorées qui sévissaient à l'université de River Falls.
Ce n'était pas tout d'avoir le corps d'un top-modèle, encore fallait-il avoir du charme et du caractère. Katie était certaine de ne manquer d'aucun des deux.
– Tu n'es pas mal non plus, apprécia-t-elle.
Sportif du dimanche, Gerald était loin d'avoir la stature d'un footballeur, mais au final, il se trouvait plutôt pas mal. Une fois habillé. « La classe, on l'a ou on l'a pas », aimait-il à se répéter en se regardant dans le miroir. De toute façon, il savait bien que pour Katie, cela n'avait pas tellement d'importance. Même si elle sélectionnait ses clients, le principal était les deux cents dollars qu'elle touchait pour passer la nuit avec lui.
Il lui fit un sourire et se leva. Il passa à la douche et, comme chaque fois, se demanda à quoi il jouait. Il avait déjà eu quelques conquêtes, mais soit elles étaient très laides, soit très pénibles. « Ou bien les deux ! » se dit-il en se souvenant de sa première petite amie.
Un quart d'heure plus tard, il retrouva Katie dans la cuisine. Elle avait enfilé une simple chemise qui laissait voir l'essentiel.
– On se revoit bientôt, susurra-t-elle en venant se coller à lui.
– Bien sûr, je t'appelle.
Elle lui déposa un petit baiser sur les lèvres et lui caressa la joue.
– Allez, fonce, tu vas être en retard.
Plutôt que de prendre l'ascenseur, Gerald descendit les six étages à pied.
Un jour, il allait devoir se trouver une fille de son âge. Sa relation avec Katie ne pouvait pas durer. Deux cents dollars, ce n'était pas rien, et à aucun moment il n'avait ressenti le grand frisson. Il ne doutait pas que les gémissements de Katie étaient factices et qu'il ne serait jamais question d'amour avec elle.
Il était tout juste 9 h 30. Il grimpa dans son pick-up garé devant l'immeuble de standing, mit le contact et alluma la radio. Le jingle du flash d'informations. Gerald allait zapper quand la journaliste annonça que la police avait communiqué de nouveaux éléments dans l'affaire Lewis Stark qui innocentaient Paul Brown.
« Ça lui fait une belle jambe », se dit Gerald, mal à l'aise en pensant à Brown.
À l'instar de ses amis, il n'avait pas eu, ne serait-ce qu'une seule seconde, la moindre compassion envers lui. Et pourtant, l'homme était innocent.
– … quant à Harry Miller, célèbre avocat, défenseur des minorités, qui a mis fin aux jours de Paul Brown dans sa cellule, la suspicion de complicité est définitivement écartée, au grand soulagement de son avocat, qui voyait dans cette accusation la plus grande erreur judiciaire de ce début de millénaire. Il reste néanmoins emprisonné pour le meurtre de Brown, que son avocat qualifie dorénavant de malheureux accident.
Gerald écouta le reste de l'intervention de la journaliste, puis éteignit la radio et roula l'esprit perturbé par cette nouvelle. Si ce n'était ni Paul Brown ni Harry Miller, cela voulait dire que le tueur était toujours en liberté. Cela n'augurait rien de bon. La police n'avait indiqué aucune nouvelle piste, mais précisait qu'il n'y avait pas lieu de craindre de nouveaux meurtres.
Comment pouvaient-ils en être si sûrs ? « À moins qu'ils n'en sachent plus qu'ils ne voulaient bien le dire. » Il en était arrivé aux mêmes conclusions que la journaliste. En tout cas, une fois de plus la mère de Kevin avait vu juste. Miller était allé trouver Brown pour le tuer et non pour le faire taire. « Si seulement j'avais le quart de ses facultés d'analyse ! »
L'image d'un des humains de Wall-E s'imposa à lui. Un tas de graisse amorphe, un sourire de bienheureux constamment posé sur les lèvres. « Peut-être était-ce vraiment là notre futur », songea-t-il en souriant de l'enchaînement de ses pensées.
La circulation était plutôt fluide. Il arriva très vite en bordure de ville, puis à l'université. Le cours de mathématiques appliquées débutait à 10 heures. Cette fois, il ne serait pas en retard. Il fit une grimace en repensant à la bigote qui lui avait fait rater le cours de Mandel, avant de l'envoyer bouler quand il avait voulu l'aider. Soudain une pensée lui traversa l'esprit : si ni Brown ni Miller n'étaient coupables, peut-être était-ce tout simplement Nathaniel Morrison ? Il finit son créneau et retira machinalement la clé de contact, en suivant le fil de ses pensées. Après les événements des deux dernières années, tout le monde était prêt à croire qu'un nouveau prédateur sexuel rôdait dans la région. Rien de tel pour être cru que de donner aux gens ce qu'ils avaient envie d'entendre.
Nathaniel n'avait pas échappé à la mort, mais l'avait provoquée ! comprit-il au terme de sa réflexion, alors qu'il remontait l'allée menant aux bâtiments réservés aux cours. Il n'en revenait pas d'avoir trouvé la solution tout seul – la journaliste de la radio ne l'avait même pas évoquée comme hypothèse plausible. Il avait dû oublier un truc. Impossible que la police n'y ait pas pensé. Le shérif était tout sauf un abruti. À moins que ce ne soit une astuce pour piéger Nathaniel. Le laisser penser qu'on croyait à son innocence pour qu'il relâche son attention et commette une erreur qui prouverait sa culpabilité.
Plongé dans ses réflexions, Gerald continua à marcher, passant sous les arbres centenaires sans prêter la moindre attention aux autres étudiants. Oui, c'était tout à fait possible. D'autant plus que dans cette version des faits, les pleurs de la bigote prenaient une tout autre signification. Ils pouvaient être effectivement liés à la mort de Lewis Stark.
Quand il l'avait trouvée en larmes, dans les toilettes, c'était bien avant l'annonce de la mort du jeune lycéen. Il aurait dû écouter Luke et appeler la police pour dire ce qu'il avait vu. Il s'arrêta net et saisit son portable. Dix secondes sur Google, le temps de trouver le numéro du commissariat, mais quand il n'eut plus qu'à appuyer sur la touche d'appel, son instinct le fit hésiter. Quelque chose clochait dans son raisonnement, mais il était incapable de mettre le doigt dessus. Pourtant, tout semblait logique. La bigote devait savoir des choses, à défaut d'être complice. Peut-être sortait-elle avec Lewis. Nathaniel, ne supportant pas que sa sœur ou sa cousine sorte avec un mec normal, aurait tué le jeune homme ?
Fort de cette déduction, il se décida à appuyer sur la touche. Durant les quelques secondes d'attente, l'image de la mère de Kevin s'imposa à lui. Sa phrase fétiche retentit dans sa tête : « Vous êtes tous tellement emplis de préjugés que ça en devient épuisant de vous apprendre à penser par vous-mêmes. »
– Sergent Cobb, commissariat de River Falls, que puis-je pour vous ?
Gerald formula un « heuu » peu assuré, et raccrocha aussitôt.
Et si tout comme Brown, la fille était innocente ? Et si en la dénonçant, il la condamnait à une mort certaine, tout comme Brown ?
« Merde, je suis vraiment qu'un gros nul. »
Il était loin d'être encore un homme, même s'il essayait de s'en donner les manières. Incapable de se décider, il poussa un gros soupir. À qui en parler ? À ses parents ? Ils n'avaient pas de mots assez durs contre la secte des Enfants de Marie depuis que ces derniers avaient racheté le manoir où avait sévi Jack Mitchell, l'un des pires serial killers de toute l'histoire des États-Unis. Il se promit alors d'en toucher deux mots à la mère de Kevin, en espérant qu'elle ne se moquerait pas de lui.
Un noël à River Falls
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