Avata se sert pour informer des symboles ésotériques de l’histoire d’Avata réduits en images et en rêves qui souvent ne peuvent être interprétés que par celui qui rêve, et non par Avata.
Kerro Panille Histoire de l‘Avata

Il n’y a aucune raison pour l’instant de céder à la panique, se dit Waela.


D’autres subas s’en étaient tirés après avoir perdu leur dirigeable. On leur avait fait étudier ces cas en détail à l’entraînement.

Elle tremblait néanmoins d’une incoercible manière, incapable de se détacher du souvenir affreux de sa dernière remontée des abîmes, sur la côte sud de l’Ovale.


Je m’en suis sortie une fois. J’ai survécu. Nef, sauve-nous!

Sauvez-vous vous-mêmes.


C’était la voix de Probité qui parlait dans sa tête. Elle a raison. Ils pouvaient se sauver eux-mêmes. Elle avait répété maintes fois la procédure avec Thomas au cours de l’entraînement. Et Panille semblait garder son sang-froid. Pas la moindre trace de panique chez lui. Il observait attentivement ses écrans, essayant d’évaluer dans quelle proportion l’enveloppe du dirigeable les recouvrait.


Etrange, qu’elle ait coulé juste à la verticale.


— Il doit y avoir un courant vertical au milieu du lagon, fit Panille comme pour répondre à sa pensée. Voyez comme l’enveloppe s’est drapée juste autour de nous.

Thomas aussi s’était étonné de voir l’enveloppe orangée se refermer autour du suba en leur cachant la vue des varechs.

Impossible que ce soit la foudre, se disait-il. L’enveloppe était trop bien attachée à son câble. Elle était alvéolée. Même si la moitié des alvéoles éclataient, le reste était capable de donner au dirigeable suffisamment de force ascensionnelle pour soulever la nacelle sans le suba.


Il y a quelqu’un qui ne tient pas à nous voir revenir.


— Je crois que nous pourrions commencer à découper l’enveloppe, fit Panille en lui touchant l’épaule. Il n’aimait pas beaucoup la fixité du regard de Thomas rivé à ses écrans.

— Euh… oui, merci.

Thomas leva légèrement le nez du suba et sortit les porte-lames de leurs logements situés dans la partie supérieure de la coque. Les brûleurs à l’arc commencèrent leur travail. La coupole en plaz au-dessus de leurs têtes scintilla bientôt d’un halo bleu argenté. Puis la poche orange qui les recouvrait se fendit et s’affaissa au fond de la mer en soulevant un nuage de sédiments.

— Voulez-vous que je m’en charge  ? demanda Waela.

Il secoua brusquement la tête, comprenant qu’elle aussi avait dû remarquer son désarroi.

— Non, merci, dit-il. Ça ira.

La procédure était toute tracée  : défaire le système à coulisse qui les reliait au câble d’accrochage, mettre à feu les boulons explosifs pour détacher la nacelle du suba, vider les réservoirs et remonter à la surface. Une fois émergée, la nacelle se stabiliserait automatiquement. Ils lanceraient leur radiosonde et commenceraient à émettre le signal de repérage. Ensuite, ils n’auraient plus qu’à attendre l’arrivée d’un dirigeable de secours.

Ecrasé par un sentiment d’échec, Thomas commença les opérations de détresse. Ils allaient remonter sans avoir eu vraiment une chance de mettre leur programme de communication à l’épreuve… et il était sûr qu’ils pouvaient réussir.


Les varechs nous auraient répondu.


Ils sentirent la secousse imprimée à la nacelle par l’explosion des boulons. L’habitacle commença à se séparer du suba porteur.


Comme une perle sortant de l’huître, se dit Thomas.


Tandis qu’ils s’élevaient, les lumières des varechs leur apparurent à nouveau par les parties transparentes de la nacelle.

Waela contemplait les lumières clignotantes. Elles brillaient et s’éteignaient en gerbes spasmodiques qui éveillaient comme un écho à la limite de sa pensée consciente.


Où ai-je déjà vu ça  ?


Le spectacle était si familier! Les lumières, presque toutes dans le vert et le pourpre, semblaient des clins d’œil adressés spécialement à elle.


Où  ? Je ne suis descendue que…


La mémoire lui revint d’un coup et elle parla avant même de formuler la pensée dans sa tête.

— C’est exactement comme la dernière fois. Les lumières étaient les mêmes.

— Vous en êtes sûre  ? demanda Thomas.

— Absolument. Je les vois encore. Et les varechs s’écartaient pour me laisser remonter.

— Les gyflottes naissent dans la mer, murmura Panille. Peut-être que les varechs nous prennent pour une gyflotte.

— C’est possible, acquiesça Thomas. Et il songea  : C’est cela que nous étions censés voir, Nef  ?

Il y avait dans cette idée quelque chose d’élégamment plaisant. La Colonie s’était inspirée des gyflottes pour donner à ses dirigeables libre accès au ciel de Pandore. Les gyflottes n’attaquaient jamais les dirigeables. Peut-être pouvait-on tromper les varechs de la même manière. Il faudrait étudier la question. Pour le moment, les considérations de survie avaient la priorité. Soupçonnant un sabotage, il était obligé d’en parler à son équipage.

— Le dirigeable n’a pas pu être détruit par une cause naturelle, dit-il.

Panille, absorbé dans la contemplation des lucioles multicolores, tourna la tête.

— Sabotage, articula Thomas. Et il leur exposa ses arguments.

— Vous ne pouvez pas y croire vraiment! protesta Waela.

Thomas haussa les épaules. Il se tourna vers les enchevêtrements de lianes qui descendaient des varechs. La nacelle était presque arrivée dans la zone biologiquement active de la surface.

— C’est impossible! insista Waela.

— C’est tout à fait possible, au contraire, fit Thomas.

Il repensa à sa conversation avec Oakes, avant leur départ. Etait-il venu s’assurer de la bonne mise en place d’un dispositif de sabotage  ? Rien de visible dans ses actions ne permettait de le dire. Mais il y avait certainement eu des anomalies dans ses réponses. Des silences.

Par les parois de plaz, Panille observait la cage verticale au milieu de laquelle ils poursuivaient leur ascension. L’eau était de plus en plus claire. Le dôme lumineux de la surface s’agrandissait à mesure qu’ils gagnaient les eaux exposées aux rayonnements solaires. Des créatures nageaient autour d’eux. La barrière de varechs laissait passer des rayons de lumière tandis que les nodules scintillants s’espaçaient puis disparaissaient entièrement. Encore quelques battements et la nacelle émergerait à la surface.

Dès qu’ils flottèrent au milieu du lagon, Thomas activa le programme de surface. La nacelle était ballottée par les courants et la houle. Au-dessus d’eux, le ciel était toujours sans nuages, mais ils aperçurent un groupe de gyflottes qui évoluaient sous le vent.

Une ancre flottante fut éjectée de son logement dans la partie inférieure de la coque, se déploya en entonnoir et fit cabrer la capsule. La lumière des deux soleils, filtrée par le plaz, emplissait la cabine de reflets brillants.

Panille poussa un long soupir. Il se rendit compte qu’il avait retenu sa respiration en attendant de voir s’ils allaient réellement se stabiliser à la surface.


Sabotage  ?


Waela, elle aussi, réfléchissait aux soupçons exprimés par Thomas. Il se trompait sûrement! Elle voyait flotter quelques lambeaux de la poche orange parmi les thalles des varechs qui bordaient le lagon du côté sous le vent. Rien ne permettait d’écarter l’hypothèse de la foudre.


Dans un ciel sans nuages  ?


Encore Probité, qui ne ratait jamais une occasion de souligner une anomalie.


Les gyflottes, alors  ?

Elles n’attaquent jamais les dirigeables. Tu le sais très bien.


Thomas arma la radiosonde et appuya sur le bouton de mise à feu. Ils entendirent une détonation au-dessus de leurs têtes et virent une traînée rouge grimper vers le ciel puis obliquer aussitôt vers la gauche et plonger dans la mer. Une fumée orange s’éleva à l’endroit où la sonde avait disparu et la brise la poussa vers le groupe de gyflottes qui évoluaient à l’horizon situé sous le vent.

Ils virent distinctement les remous provoqués par les varechs à l’endroit où la radiosonde était tombée.

Thomas hocha la tête. Encore un élément défectueux.

Waela se libéra de son harnais de sécurité et tendit la main vers la poignée d’ouverture du panneau d’accès supérieur. Mais Panille lui agrippa le poignet.

— Non! Attendez!

— Qu’est-ce qu’il y a? fit-elle en se dégageant.

Elle se sentait gênée de ce contact physique après ce qui s’était passé entre eux. Elle s’aperçut que son visage était devenu brûlant et que sa peau luisait d’un halo pourpre qu’elle était incapable de maîtriser.


— Il a raison, dit Thomas. Ne touchez à rien pour l’instant. Il défit à son tour son harnais, sortit la trousse à outils de son casier et choisit un levier avec lequel il força le boîtier du mécanisme de verrouillage. Le boîtier se défit aisément et tomba à ses pieds. Ils virent alors le paquet vert fixé à un endroit où il aurait été écrasé par le mécanisme de verrouillage lors de l’ouverture de la porte. Avec des pinces qu’il prit dans la trousse, Thomas détacha le paquet vert sans faire de mouvement brusque.


Travail d’amateur, se dit-il en se rappelant l’entraînement auquel avait été soumis l’équipage de la Nef Spatiale en vue d’apprendre à déceler et à désamorcer les engins piégés. Nef faisait beaucoup mieux que ça même avant de s’appeler Nef. Cet entraînement avait été sérieux et nécessaire. Comment prévoir, en effet, de quelle manière une Nef Spatiale en folie pouvait se retourner contre son équipage ombilical  ?


Avons-nous créé une Nef Spatiale en folie dotée de pouvoirs plus subtils  ?


Les preuves de sabotage qu’il avait vues jusque-là ne ressemblaient guère à Nef. Plutôt à Oakes… ou à Jésus Louis.

— Qu’est-ce qu’il y a dans ce paquet? demanda Waela.

— A mon avis, un gaz toxique. L’ouverture de la porte l’aurait libéré à l’intérieur de la nacelle.

En le manipulant avec précaution, Thomas mit le paquet vert de côté et reporta son attention sur les commandes de la porte. Le système de verrouillage ne semblait pas avoir été touché. Prudemment, il défit les crampons, descendit le volant et commença à le tourner. Le panneau se souleva, laissant voir le joint d’étanchéité et une portion de ciel non filtré par le plaz.

Quand le panneau fut entièrement ouvert, Thomas prit le paquet vert dans une main, grimpa à mi-hauteur de l’échelle et le lança à plusieurs mètres dans le sens du vent. Quand le paquet toucha l’eau, il s’en dégagea une fumée vert citron que le vent poussa vers les vagues où flottaient les varechs. Les thalles de la surface se rétractèrent au contact de la fumée comme s’ils étaient brûlés.

Waela s’agrippa à une entretoise pour ne pas tomber et mit l’autre main devant sa bouche.

— Qui?

— Oakes, répondit Thomas.

— Pourquoi  ? fit Panille, plus fasciné qu’effrayé par ces péripéties. Il ne doutait pas que Nef les aurait sauvés si cela avait été nécessaire.

— Il ne veut peut-être pas plus d’un seul psyo vivant à la Colonie.

— Vous êtes psyo? s’étonna Panille.

— Waela ne vous l’a pas dit  ? demanda Thomas en redescendant de l’échelle.

— Je… je n’y ai pas pensé, fit-elle tandis que son visage virait au grenat.

— Peut-être que le Boss a sa petite idée sur la manière dont il convient de traiter les varechs, déclara Panille.

— Que voulez-vous dire? demanda Thomas, saisissant la remarque au bond.

Panille lui répéta ce que lui avait dit Hali Ekel sur la menace d’extermination des varechs.

— Pourquoi ne pas nous l’avoir dit avant  ? fit Waela.

— Je me disais que Hali avait pu se tromper, et puis… l’occasion de vous en parler ne s’est pas présentée.

— Ne bougez pas, dit Thomas, pendant que je regarde un peu s’il n’y a pas d’autres surprises du même genre.

Il se baissa pour examiner la nacelle en détail.

— Vous avez l’air de savoir ce qu’il faut chercher, fit Waela.

— J’ai reçu une formation pour cela.

Elle trouva l’idée déroutante  : Thomas, formé à déceler des marques de sabotage  ?

Panille ne les écoutait que d’une oreille. Il se leva de son siège et tourna la tête vers le panneau ouvert. L’air qui s’engouffrait à l’intérieur de la nacelle était chargé d’une plaisante odeur saline qu’il trouvait revigorante. Par un coin de plaz à côté de sa console, il voyait le groupe de gyflottes qui remontait au vent. Les mouvements de la nacelle, les odeurs, et peut-être le fait d’avoir survécu à la plongée, tout cela l’imprégnait du sentiment de vivre intensément.

Thomas acheva son examen.

— Je ne trouve rien, dit-il.


— J’ai toujours du mal à croire que… hésita Waela.

— Il faut le croire, dit Panille. Il se passe des choses dans l’entourage de Oakes, que nous ne sommes pas censés apprendre.

— Nef ne permettrait pas… commença-t-elle, outrée.


— Ha! fit Thomas en grimaçant un sourire. Qui sait si Oakes n’a pas raison  ? Nef ou «la nef»  ? Comment en être sûr  ?

Panille fut intrigué de l’entendre blasphémer si ouvertement. Et lui aussi était psyo! Mais il ne s’agissait là, sous une forme un peu plus directe, que de l’éternelle question philosophique maintes fois débattue avec Nef. Tout en méditant cela, Panille regardait s’approcher les gyflottes. Il les désigna du doigt  :


— Regardez ce qui vient là. Waela tourna la tête  :

— Il y en a beaucoup, et des grosses. Que veulent-elles faire  ?

— Probablement nous observer, fit Thomas.

— Vous croyez qu’elles vont se tenir à distance  ?


Panille regardait les créatures orangées. Elles étaient intelligentes, peut-être sentientes.


— Ont-elles déjà attaqué des humains  ? demanda-t-il.


— La question est controversée, fit Waela. Elles sont gonflées d’hydrogène, comme vous le savez. Elles peuvent exploser à la moindre étincelle. Il y a eu des accidents…

— Louis prétend qu’elles sont capables de se transformer volontairement en bombes volantes, dit Thomas. Pour ma part, je crois qu’elles sont simplement curieuses.

— Pourraient-elles détruire la nacelle? voulut savoir Panille. Il regarda l’horizon autour d’eux. Pas la moindre terre en vue. Ils avaient cependant des réserves d’eau et de nourriture à bord, dans un coffre situé sous leurs pieds. Il le savait car il avait aidé Waela à en faire l’inventaire avant le départ.

— Elles pourraient noircir un peu la coque, lui répondit Thomas tout en pianotant sur le clavier de sa console. J’ai commencé à émettre le signal de repérage, mais il y a beaucoup d’interférences sur cette fréquence. La radio semble fonctionner…

— Mais nous ne pouvons pas franchir la zone d’interférences sans la sonde, acheva Waela. Nous sommes isolés.

Panille, résistant au tangage de la nacelle, gravit plusieurs barreaux de l’échelle jusqu’à ce que ses épaules émergent au-dehors. Les gyflottes arrivaient toujours dans leur direction. Il porta son attention sur le dispositif d’éjection de la sonde fixé au plaz à proximité du panneau d’accès.


— Que faites-vous? demanda Thomas.


— La plus grande partie du fil d’antenne de la sonde est toujours enroulée dans sa bobine. Thomas, au pied de l’échelle, leva la tête en criant  :


— Quelle est votre idée  ?


Panille regarda les gyflottes, puis la surface de l’eau fouettée par le vent. Il se sentait curieusement libre là-haut, comme si tout le temps qu’il avait passé confiné dans l’atmosphère artificielle de Nef n’avait été qu’une préparation à cette délivrance. Tous les enregistrements holos dont il avait eu connaissance, les programmes d’histoire, les heures d’étude intense, tout cela ne donnait qu’une piètre idée de la réalité qu’il avait sous les yeux. Mais cette préparation lui avait au moins donné les armes de la connaissance. Il répondit à Thomas  :

— Avec un cerf-volant, nous pourrions élever suffisamment l’antenne.

— Un cerf-volant? Waela le regarda sans comprendre à travers la surface de plaz transparent. Les cerfs-volants étaient de gros insectes qui vivaient sur la Terre.

Thomas, qui connaissait l’autre sens du terme, prit un air songeur.


— Avons-nous ce qu’il faut  ?

— Mais de quoi parlez-vous  ? insista Waela. Thomas lui expliqua l’idée de Panille.


— Ah, des vol-au-vent! s’exclama-t-elle en regardant autour d’elle. Nous devrions avoir suffisamment de matériaux. Qu’est-ce que c’est que ça? (Elle détacha le joint de garniture d’un panneau d’instruments, le plia dans ses mains.) Voilà de quoi faire l’armature, dit-elle.

Panille baissa la tête pour leur crier quelque chose  : «Il faudrait tout de suite nous…» Mais il s’interrompit au moment où une ombre passait au-dessus de lui.


Ils levèrent tous les trois les yeux.


Deux grosses gyflottes planaient juste au-dessus de la nacelle. Une partie de leurs tentacules était repliée tandis que d’autres remorquaient de gros blocs au ras de l’eau pour s’équilibrer. L’un de ces rocs vint heurter la nacelle qui se mit à tanguer fortement.

Panille se rattrapa au bord de l’ouverture pour ne pas perdre l’équilibre. Le roc passa juste au-dessous de lui en soulevant un sillage écumeux.


— Que font-elles? s’écria Waela.


— Ce gaz que nous avons jeté dans l’eau, fit Thomas, a détruit pas mal de varechs. Il est possible que les gyflottes veuillent les protéger.


— En voilà d’autres! leur cria Panille.


Thomas et Waela regardèrent dans la direction qu’il indiquait. Un vol de gyflottes aux reflets bronze orange remontait au vent à une centaine de mètres d’eux.

Panille grimpa encore plus haut et s’assit sur le bord de l’ouverture. De là, il pouvait suivre des yeux les lignes d’écume tracées à travers les vagues par les rocs qui rebondissaient au-dessus des varechs. Les voiles géantes des gyflottes se gonflaient et battaient quand elles viraient, puis se tendaient lorsqu’elles prenaient leur nouveau cap.

Thomas, au-dessous de lui, observait une partie du spectacle tout en surveillant ses instruments.


— Ne me, dites pas qu’elles ne sont pas intelligentes, fit-il.

— Je me demande si nous les avons irritées, dit Waela. Panille, qui sentait le vent dans sa chevelure et dans sa barbe, percevait leurs voix comme si elles montaient vers lui d’un autre univers, celui de Nef. Il se sentait exalté… enfin libre. Pandore était merveilleuse.

— Elles sont magnifiques! s’exclama-t-il. Magnifiques!


Un craquement brutal se fit entendre derrière Thomas et il se retourna précipitamment. C’était le haut-parleur d’une radio qu’il avait laisse branché après un essai. Un nouveau craquement en sortit. Aussi bien les varechs que les gyflottes étaient tenus pour responsables de ce phénomène, qui rendait aléatoire l’usage de la radio dans ces parages. Mais comment faisaient-ils  ?

L’essaim était presque sur eux. En tête se trouvait une gyflotte géante qui semblait viser la nacelle de son bloc de lest. Thomas retint son souffle. Combien d’assauts de cette sorte le plaz était-il capable de soutenir  ?


— Elles attaquent! s’écria Waela.


Panille s’était dressé, debout sur le dernier barreau de l’échelle, le genou appuyé pour s’équilibrer contre le panneau ouvert. Il agita les deux bras en hurlant  :


— Regardez-les! Elles sont splendides! Merveilleuses! Thomas cria à Waela, qui se tenait au pied de l’échelle  :

— Faites descendre ce crétin de là!


A ce moment, les tentacules repliés de la première gyflotte glissèrent sur la nacelle et le bloc de lest heurta violemment le plaz juste en face de Waela. Elle s’agrippa à l’échelle pour ne pas perdre l’équilibre et poussa un cri à l’intention de Panille tandis que la nacelle basculait, mais son avertissement arriva trop tard. Toujours gesticulant, Panille fut éjecté de la gondole et tomba. Elle le vit se rattraper d’une main à un filament de la gyflotte, et il remonta vers le ciel en un mouvement oblique et saccadé. D’autres filaments se replièrent sur lui et il ne fut plus qu’en partie visible. Waela n’avait du reste suivi la scène que de manière discontinue, car la nacelle s’était mise à tournoyer dans tous les sens sous l’assaut conjugué des gyflottes.


Elles attaquaient pour de bon!


Thomas s’était recroquevillé dans un coin, à la jonction des pupitres de commande et du panneau de communication. Il aperçut tout juste les pieds de Panille qui s’envolaient et entendit le cri de Waela  : «Elles ont enlevé Kerro!»


L'incident Jésus
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