Clochettes d'argent
« C'est un sacré groupe, dit Christopher,
glissant le pied dans le trou laissé par un poteau, et examinant
d'un œil inquiet le camp désert. Il devait y avoir au moins trois
grosses tentes, ici. Dix hommes, peut-être, voire
davantage. »
Wynter s'arrêta et ramassa une poignée de cendres
dans le foyer éteint. Cela faisait presque deux jours qu'ils
avaient essayé d'espionner les occupants de ce camp, mais le cœur
de ces braises soigneusement noyées conservait encore une certaine
chaleur. « Ces feux ont été éteints récemment, dit-elle. Ils
n'ont levé le camp que ce matin. » Elle s'essuya les mains
dans l'herbe et se releva. « J'aurais aimé qu'on puisse les
observer, au lieu de se courir après comme des idiots. »
Christopher alla vers une portion de terrain à
l'herbe rase, où les voyageurs avaient installé leurs chevaux.
« Ils n'ont fait aucun effort pour cacher leur présence. Ils
ne craignaient pas qu'on les découvre.
— Ils parlaient hadrish, commenta Wynter. Ce sont
peut-être des marchands de fourrure ? »
Razi se tenait à l'autre bout de la clairière. Il
regardait par terre, passant le pouce sur la cicatrice de sa lèvre
d'un air absent. Son expression dérangeait Wynter, et quand
Christopher s'éloigna pour suivre la piste des chevaux, elle
rejoignit le jeune homme, l'air de rien, et vit ce qui l'absorbait
à ce point.
« Oh ! s'étonna-t-elle tout bas. Une
clochette de harnais ! Tu adorais ça ! Mais tu n'en
utilises plus. Les chevaux arabes ne les aiment pas ? »
Elle s'accroupit pour ramasser le petit globe d'argent sur sa litière de feuilles, mais Razi la
prit de vitesse et enfonça l'objet dans le sol du bout du pied.
Elle leva les yeux vers lui. Il avait un air sombre et froid.
Wynter eut l'impression qu'il aurait voulu réduire cette clochette
en poussière.
« Qu'y a-t-il ? » demanda-t-elle
toujours accroupie. Il regarda Wynter, puis se tourna vivement vers
Christopher.
Le jeune homme avait suivi la trace des chevaux
jusqu'à la rivière. Il les appela par-dessus son épaule en
examinant la piste. « Je crois qu'ils vont vers le bac. Nous
les croiserons peut-être, si nous longeons la rivière. »
Devant la mine étonnée de Wynter, Razi secoua la
tête et chuchota. « Ne lui en parle pas. Ce n'est peut-être
qu'une clochette de harnais ; sans doute, même. Mais ne lui en
parle pas. Pas avant que j'en sois certain.
— Pourquoi ? Razi ? » Elle trotta
derrière lui alors qu'il allait chercher les chevaux.
Christopher avait abandonné sa traque et revenait
vers eux, les sourcils haussés d'étonnement devant leur expression
tendue. « Pourquoi ces regards fuyants ? Vous avez trouvé
quelque chose d'intéressant ? »
Razi se pencha en tendant ses rênes à Wynter.
« J'ai peur que ce soit une clochette d'esclave, Wyn. »
La jeune femme écarquilla les yeux, épiant Christopher d'un air
inquiet. Il les observait avec une grande méfiance, à présent qu'il
approchait de la clairière.
« Les Loups-Garous aussi s'en servent,
expliqua Razi en amenant leur cheval entre eux et leur ami. Ils les
accrochent aux pauvres créatures qu'ils considèrent comme leur…
propriété, leurs biens. » Il mit
le pied à l'étrier. « Ne lui en parle pas. » Il se hissa
en selle avec facilité quand Christopher arriva à portée de voix.
« Christopher, et si nous allions voir où sont nos
amis ? »
Christopher suivit des yeux Razi qui partait sur
la piste, puis interrogea Wynter. « Qu'y a-t-il ?
Qu'a-t-il trouvé ? »
Wynter cligna des yeux. Elle se détourna, et se
hissa avec l'étrier. « Il ne m'a rien dit, assura-t-elle en
s'installant en selle. Tu sais comment il est. »
Christopher resta un instant immobile, la main sur
la nuque de son cheval, à l'observer, et le cœur de Wynter se
serra. Elle ne supportait pas de voir cette expression sur son
visage. Elle n'avait pas envie de lui faire des cachotteries. Mais
Razi avait peut-être raison, c'était peut-être une simple clochette
de harnais. Tant qu'ils n'en seraient pas certains, à quoi bon
énerver Christopher, voire faire remonter à la
surface des souvenirs douloureux ?
« Allez, mon chéri, souffla-t-elle. Il va
s'énerver. »
Les yeux de Christopher étincelèrent à cette
réflexion, et il rejeta la tête en arrière avec un sourire
coquin.
« Quoi ? demanda-t-elle surprise.
— Oh, rien. » Il monta en selle, sans cesser
de sourire, et tourna son cheval pour suivre Razi hors de la
clairière.
« Quoi ? » cria-t-elle, irritée par
l'étincelle malicieuse de son regard.
Christopher se contenta d'agiter vaguement la main
par-dessus son épaule et se mit au trot pour la forcer à presser le
pas.
La journée se para d'une chaleur étouffante, comme
avant un orage, et une fois de plus le tonnerre gronda derrière
l'horizon. Ils continuèrent leur route pendant des heures, et ne
marquèrent pas de halte avant la fin d'après-midi. Alors, ils
décidèrent de prendre un repas, de desseller les chevaux et de
s'installer sur un grand rocher plat près de la rivière pour se
reposer.
Même au bord de l'eau, la chaleur était écrasante,
abrutissante. Wynter était allongée vers le haut du rocher, sous
l'ombre d'un arbre penché, et mâchonnait un dernier morceau de
fromage. Assis près de la rivière, Christopher laissait pendre ses
pieds nus dans l'eau, les yeux perdus dans le ciel.
Razi était silencieux, comme toujours. Couché au
soleil, il mâchonnait une pomme. Wynter savait qu'il s'inquiétait à
propos de cette clochette d'argent, mais elle trouvait qu'il
réagissait de manière excessive. Les Loups-Garous n'auraient jamais
traversé le royaume de Jonathon en prenant si peu de précautions,
surtout accompagnés d'esclaves. Ils savaient ce qu'ils risquaient
si les troupes royales les découvraient. Non, des Loups-Garous se
seraient faufilés discrètement, auraient traversé les ombres pour
partir le plus vite possible, au lieu de se promener dans les bois
comme des courtisanes parties pique-niquer vêtues de leurs
dentelles.
Du calme, mon frère,
se dit-elle. Ce sont des marchands de fourrure
du Nord, voilà tout. Ou des pèlerins musulmans qui reviennent du
Maroc. Les gens qui mettent des clochettes sur leur harnais, ça ne
manque pas. Tout n'a pas forcément une explication
sinistre.
— Maudit monarque, marmonna Christopher en
s'allongeant sur le ventre pour regarder l'étendue d'eau qui
coulait lentement. Toujours à donner des ordres… »
Ce petit repos se transforma en sieste profonde,
et Wynter se réveilla en sursaut une vingtaine de minutes plus
tard. Quelqu'un farfouillait à l'orée des arbres, et elle se
redressa net, la main sur son couteau. Ce n'était que Razi qui
remontait vers la forêt. Il sourit et murmura : « Tout va
bien, on ne part pas tout de suite.
— Où vas-tu ? » Son frère leva les yeux
au ciel, brandit sa pelle et sourit.
« Ne posez jamais de question à un homme qui
se dirige vers les arbres avec une pelle à la main, ma
dame ! »
Elle sourit, et lui fit signe de partir. Il
s'éloigna dans l'ombre mouchetée. « J'en ai peut-être pour un
moment », lança-t-il d'un ton badin.
Wynter s'allongea, appuyée sur les coudes, et
savoura le calme. L'eau clapotait paisiblement contre les galets
des berges, la rivière scintillait telle une pierre à savon polie.
Wynter se sentait comme un renard, qui profitait depuis son terrier
de la chaleur de la journée. Elle remarqua alors que Christopher ne
se trouvait plus au bord de l'eau, et elle examina les alentours,
les rochers recuits de soleil et les roseaux qui bruissaient
doucement.
Elle allait appeler Razi, mais aperçut Christopher
juste derrière elle. Il avait dû se mettre à l'ombre après que
Wynter s'était endormie, et il était assis face à elle, dos contre
les rochers, les mains tranquillement croisées sur son ventre plat.
Il avait le chapeau enfoncé sur les yeux, et Wynter se rendit
compte qu'il la regardait avec une intensité chaleureuse.
« Coucou », murmura-t-elle.
Le soleil choisit ce moment particulier pour
sortir de derrière les nuages, et le visage de Christopher fut
illuminé, ses traits délicats soudain soulignés. Quelque chose
l'amusa, et il lui sourit. Wynter répondit de même, son ravissement
était contagieux.
« Quoi ? rit-elle.
— Le soleil vient de faire briller tes yeux, verts
comme un feu follet. On aurait dit un chat ensorcelé. Toute
matriarche bien élevée de l'arrière-pays se signerait en te voyant,
et se préparerait à te noyer. »
« Oh, farceur, va. » Elle se tourna de
nouveau vers l'eau. Les bruits paisibles ricochaient autour d'elle.
Dans les branches au-dessus d'eux, un rouge-gorge se mit à
chanter.
« Comment t'appelles-tu,
fillette ? »
Wynter soupira. On lui avait souvent posé cette
question. Comme toujours, elle ne répondit pas. Elle adressa
simplement à Christopher ce sourire-là,
ce regard-là, qui, combinés, faisaient
sentir à n'importe qui de la cour qu'il valait mieux ne pas répéter
la question. Mais Christopher n'était pas de la cour, et ces
subtilités lui passaient totalement au-dessus de la tête. Il lui
laissa un temps poli pour répondre, mais, puisqu'elle se taisait,
il continua.
« Wynter, ce n'est pas un vrai prénom,
n'est-ce pas ? C'est comme dans le Nord, ici, non ? Bébé
de l'hyver, c'est un nom d'enfant trouvé. Ou le nom temporaire
qu'on donne aux enfants quand leur mère meurt avant qu'ils ne
soient baptisés. » Wynter continuait à fixer l'eau sans
répondre. « Enfin… » Christopher paraissait hésiter à
présent, comme s'il comprenait qu'il prenait des libertés pas
forcément bienvenues. « Euh… ton… ton père ne t'a pas donné de
prénom, alors ? Quand il est rentré de…
— C'est Jonathon qui m'en a donné un,
interrompit-elle sèchement. Pendant que papa était en fuite. Il
pensait que cela plairait à mon père de me donner le nom… le nom de
ma mère défunte. » Elle sentit son visage se crisper sous
l'amertume qu'elle nourrissait encore à l'encontre du roi. Elle
avait longtemps estimé que ce n'était qu'une maladresse, mais
c'était devenu le symbole de ce qu'elle considérait comme le manque
régulier de réflexion du monarque. « Marni savait que cela
briserait le cœur de mon père d'entendre le nom de ma mère chaque
jour, sans jamais la revoir. Il ne l'aurait jamais supporté. Elle
refusa de m'appeler autrement que Wynter. Le temps qu'on ait ramené
et soigné mon père, je devais avoir cinq mois. Et pas loin d'un an
quand le pauvre homme put se résoudre à me regarder. À ce
moment-là, plus personne ne m'appelait autrement que Wynter. C'est
le seul prénom auquel j'aie jamais répondu, Christopher. Alors
c'est le mien. »
Elle le regarda. Il l'observait avec incertitude,
comme s'il hésitait à dire quelque chose, ne sachant comment elle
réagirait.
« Quoi ? Qu'y a-t-il ?
— C'est un nom de bébé. »
Elle ne répondit pas, faute de comprendre où il
voulait en venir.
« Eh bien… eh bien, euh… tu es une
femme ! » Il agita la main sans la regarder. « Tu
ne… Ce n'est pas… Ah ! Comment peux-tu demander à un homme de
t'appeler par un nom de bébé ? C'est ridicule ! Et si on
voulait t'épouser ? Comment te passer la bague au doigt avec
un nom de bébé ? »
Wynter éclata de rire, convaincue qu'il le faisait
marcher. « Est-ce là ce que tu voudrais de moi, Christopher
Garron ? demanda-t-elle, pas tout à fait pour plaisanter.
Après toutes mes années d'entraînement, et après avoir reçu
l'approbation de la guilde ? Tu veux que j'épouse un homme, et
que je devienne l'esclave de mon ventre pour le restant de mes
jours ?
— Tu… ce n'est pas vraiment ce que tu penses du
mariage, quand même ? »
Wynter eut un rire sarcastique. Facile à dire, pour un homme. Quel risque cela
représente-t-il pour lui, d'enchaîner les bébés jusqu'à la fin de
sa vie ? Aucun homme n'est jamais mort en couche, on peut en
être sûr.
« Si j'étais marié, ma femme n'aurait pas
d'enfant avant d'en vouloir un », assura Christopher. Mais
cela ne lui valut qu'un regard méprisant de Wynter.
« Oh ! bien sûr. Comme si un homme
allait se priver du plaisir de sa couche par égard pour le ventre
de sa femme. Combien de temps cela durerait-il ? Quelques
semaines ? Un mois ? Des années, peut-être ?
Pourrais-tu te retenir plusieurs années, Christopher ?
— Mais grand Dieu ! cria-t-il, surpris par sa
propre rage. On n'apprend donc jamais rien aux femmes, ici ?
Tu ne sais donc pas que le plaisir doit être partagé ? Et
qu'on n'a pas besoin de se priver de quoi que ce soit ! Il y a
des moyens… il y a… Nom de Frith ! »
Christopher se leva d'un bond. Il était rouge de
colère et d'embarras, et ce pauvre Razi choisit justement ce
moment-là pour se présenter sur sa route.
« Toi ! cria Christopher en plantant
l'index dans la poitrine du jeune homme sidéré. Tu devrais avoir
honte ! Tu te prétends docteur ? C'est ta sœur, nom de
Frith ! Et Lorcan ! De tous les hommes, c'est lui qui me
surprend le plus ! Qu'est-ce qui cloche, chez vous ?
Laisser vos femmes dans l'ignorance, à la merci douteuse de leurs
hommes ! Honte à toi, Razi Fils de Roi ! Tu mériterais
qu'on te fouette ! Donne-moi ça ! » Il arracha la
pelle des mains de Razi. « Tá orm cac a
dhéanamh ! » lança-t-il avant de disparaître
rapidement dans l'ombre des fourrés.
Razi resta planté là, main
tendue, bouche ouverte. « Mais que… » Il se tourna vers
Wynter. « Mais que… »
Wynter devint pivoine. Cela partit de son plexus,
et remonta jusqu'à la racine de ses cheveux. Razi écarquilla les
yeux. Sa voix se fit plus grave, et cette fois il demanda :
« Mais que se passe-t-il ? » avec davantage
d'autorité.
Wynter s'efforça de comprendre cette conversation
emmêlée avec Christopher, prit une grande inspiration et fit de son
mieux pour expliquer. Tandis qu'elle parlait, l'expression de Razi
passa de l'inquiétude à la tendresse et, quand elle eut fini, il se
couvrit la bouche de la main, et gloussa avec un amusement
mortifié.
« Oh Wyn, dit-il en secouant la tête.
Oh. » Il rit de nouveau et regarda vers la forêt, comme s'il
échangeait ainsi un sourire avec Christopher. « Oh, Chris,
murmura-t-il. C'est merveilleux. »
Wynter était tout à fait perplexe et très
mécontente de ce qui paraissait être un secret connu de tous sauf
d'elle. « Pourquoi est-il si en colère,
Razi ? »
Razi la regarda avec tendresse. « Parce que
c'est quelqu'un de bien, sœurette. » Il grimaça et alla
s'asseoir près de Wynter.
« Bon, je ne connais certainement pas aussi
bien que les femmes des Merrons les infusions contraceptives et
tout cela, mais je vais te dire tout ce que je peux, si tu veux
bien. »
Wynter garda les yeux braqués sur la rivière
pendant que Razi lui expliquait tout ce qu'il savait. Quand il
s'arrêta enfin de parler et se passa les mains sur le visage, qu'il
avait assez rouge, elle était convaincue qu'elle ne pourrait plus
jamais le regarder en face. Mais elle se sentait aussi immensément
puissante, forte et libérée. Comme si Razi lui avait ouvert une
multitude de futurs possibles, là où auparavant elle n'en voyait
qu'un.
Quand Christopher revint, il les trouva en train
de seller les chevaux. Il était embarrassé, et Razi ravala un
sourire en reprenant la pelle.
« Désolé », dit Christopher,
penaud.
Razi lui donna une légère tape sur la tête.
« Oh, ça va vite te passer, je crois », répondit-il avant
de rapporter la pelle vers son cheval.
Christopher se frotta la tête, décontenancé.
Wynter se planta devant lui et le fixa jusqu'à ce qu'il relève le
nez. Elle le surprit alors en se tendant vers lui pour l'embrasser
doucement sur la bouche. Il resta parfaitement immobile pendant une
fraction de seconde, puis appuya sa bouche contre celle de la jeune
fille, de telle sorte que leurs lèvres
s'entrouvrirent délicatement. Ils ne se touchèrent pas, sinon par
ce contact délicieux. Mais, juste avant qu'ils ne se séparent, la
pointe de la langue de Christopher effleura celle de Wynter. Elle
eut l'impression qu'il venait de la caresser du sommet du crâne à
la plante des pieds.
Elle s'écarta avec un soupir discret, et ils
restèrent un moment là, debout, paupières closes, la tête encore
penchée à l'angle de ce baiser. Razi toussa poliment derrière eux,
et ils se détournèrent en clignant des yeux. Quand ils reprirent la
route, Wynter souriait et Christopher fredonnait tout bas.
L'orage arriva au crépuscule, et ils se pressèrent
de dresser le camp dans l'obscurité qui gagnait rapidement. Ils
eurent tout juste le temps de ranger leurs effets sous les tentes
et d'installer leur couchage avant que le ciel ne libère une pluie
brutale.
Ils plongèrent sous la tente et restèrent étendus
dans le noir, à écouter la pluie qui s'abattait sur la forêt. Aux
pieds de Wynter, Razi resserra sa cape et se blottit contre
l'oreiller de sa selle. Christopher la serra brièvement dans ses
bras et lui déposa un baiser dans le cou avant de s'endormir.
Ils n'avaient pas vu trace des autres voyageurs.
En s'endormant, Wynter pensa à eux, où qu'ils soient, pas plus
conscients de sa présence dans le monde que de tous les petits
animaux de la nuit. Elle imagina leurs deux camps tels que Dieu les
voyait, minuscules et insignifiants, leur trajectoire comme deux
fils tendus sur la carte du monde, croisés une fois, et une seule.
Au-dessus, le tonnerre finit par faire son apparition et elle
sursauta quand il vociféra sa colère dans le ciel. Christopher lui
prit la main et posa le front contre son dos. Razi ronflait
doucement dans l'obscurité, Wynter s'emmitoufla un peu plus dans la
chaleur de sa cape. Le sommeil l'entraîna rapidement, et estompa le
bruit et la lumière du monde.