Compagnie
« Mon dieu… » La voix stupéfaite de Razi s'estompa en un arabe marmonné.
Wynter mit sa main sur la bouche, tiraillée entre le rire et les excuses. Son ami était assis sur une pente herbeuse, ses longues jambes écartées, son corps voûté, alors qu'il examinait la déchirure que le couteau de la jeune femme avait laissée à l'entrejambe de son pantalon. Christopher était agenouillé à ses côtés. Se méfiant du camp tout proche, ils parlaient à voix basse :
« Mon Dieu. » Razi écarta l'étoffe déchirée et regarda la longue coupure, guère profonde, sur l'intérieur de sa cuisse. « Wynter ! Tu as failli me châtrer ! »
Christopher gloussa. Razi se tourna vers lui avec une surprise offensée, et Christopher leva les deux mains en signe d'excuse. Il peinait à retenir son rire.
« Pardon, mon ami ! Je ne sais pas ce que j'ai ! Je n'arrive… » Il pouffa de nouveau, et se détourna pour que la mine dépitée de Razi ne le plonge pas dans un fou rire irrépréssible. Dès qu'il parvint à se maîtriser, il reprit : « Après tout, ce n'est pas comme si on jouait à la touche. Nous avions bien l'intention de trancher la gorge de cette pauvre jeune femme. »
Cette vérité crue les fit taire, et estompa le sourire qui s'invitait peu à peu sur le visage de Razi. Ils l'avaient tous échappé belle. Un frisson de la lame ou de la main, et l'un des trois aurait facilement pu causer un grand tort à quelqu'un qu'il aimait.
Wynter déglutit nerveusement.
« Un peu de chance ne pouvait pas faire de mal, Christopher Garron, souffla-t-elle. Vous êtes si fragiles, et si timorés au combat. Estimez-vous heureux que j'aie décidé d'avoir pitié de vous, et remerciez vos dieux que je n'exige pas votre obéissance éternelle en tribut. »
Christopher lui adressa un sourire tremblant.
« Que fais-tu là, fillette ? » demanda-t-il, le regard grave.
Razi pressa la main contre sa cuisse et dévisagea un instant Wynter, puis se leva.
« Gardons tout cela pour plus tard. Nous devons mettre un peu de distance entre eux et nous. » Il commença à descendre la pente en grimaçant. « Dieu du ciel, Wynter Moorehawke, si cette estafilade frotte contre ma selle, je te tannerai le cuir.
— Tu ne veux pas savoir de qui il s'agit, Razi ? » insista-t-elle en se relevant d'un bond.
Elle dut se retenir de lui prendre le bras, comme s'il avait perdu sa jambe et avait besoin de soutien. En vérité, elle avait envie de se jeter au cou des deux hommes et de les serrer à leur en faire éclater la tête. Razi s'éloignait déjà en boitant, et Christopher regardait avec inquiétude en direction du camp, crispé.
Razi lui fit signe de le rejoindre.
« Allez. Nous pourrons venir les voir demain. Éloignons-nous un peu. »
Wynter comprit que c'était surtout elle qu'il cherchait à éloigner du camp, pour l'emmener à l'abri. Cela lui parut si saugrenu qu'elle en sourit. Changeraient-ils jamais ? Elle éclata de rire.
« Razi !
Quoi, encore ? » Il se retourna pour la regarder, les mains levées d'exaspération, tout en continuant à s'éloigner du camp.
« Mon cheval est par là ! »
Razi serra les dents, se détourna et repartit à grandes enjambées dans la direction qu'elle avait indiquée. Christopher gloussa et elle l'entendit trotter à pas légers pour la rattraper.
Ils rassemblèrent les chevaux et firent trente bonnes minutes de route avant de dresser le camp. Le crépuscule tombait rapidement, et ils travaillèrent avec un maximum d'efficacité pour un minimum de conversation.
Les garçons ne paraissaient pas s'encombrer de tentes, aussi Wynter ne déballa-t-elle pas la sienne. La nuit serait chaude, une paillasse et sa cape suffiraient. Comme Wynter, ils campaient à froid, sans allumer de feu. À la place, Christopher combina leurs provisions et entreprit de tremper du pain-à-cheval dans une petite casserole. Il ajouta des épices, du poisson séché et une pomme en tranches pendant que Wynter et Razi s'occupaient des chevaux.
Razi la regardait sans cesse pendant qu'ils travaillaient. Elle lui souriait, mais lui se retournait systématiquement vers les chevaux, les dents serrées. Wynter sentit la tension lui nouer la poitrine et essaya de ne pas se mettre en colère avant d'avoir trouvé une bonne raison.
Le temps qu'ils finissent, Christopher avait préparé leurs couchages, installés plus ou moins en triangle autour de la casserole en guise de feu.
« Lavez-vous, déjà », conseilla-t-il en indiquant une bassine de cuivre remplie d'eau.
Wynter se recula pour laisser Razi passer le premier, mais il lui fit signe de commencer pendant qu'il se déshabillait. C'était si délicieux de se laver qu'elle avait envie de se dévêtir pour plonger tête la première dans la bassine, mais elle se contenta de se nettoyer le visage, le cou et les bras jusqu'aux épaules. Puis elle alla s'essuyer pendant que Razi se lavait.
Une fois sèche, Wynter resta un moment debout, la tunique à la main, et ferma les yeux. C'était la première fois en six jours qu'elle se sentait assez en sécurité pour rester ainsi, immobile, sans se soucier du reste du monde. Son corps était épuisé, sa tête pleine de coton, et elle était certaine de dormir comme une bûche, cette nuit.
Elle ouvrit les yeux, et vit que les deux hommes l'observaient. Razi s'essuyait la nuque, l'air furieux. Christopher était accroupi à côté de la casserole, inexpressif. Wynter releva le menton.
« Il semble que vous vous êtes perdus, tous les deux, lors de votre voyage vers l'Italie et les Marocains. Quelle chance que vous vous soyez retrouvés. Quelle remarquable coïncidence que vous vous trouviez tous les deux ici. »
Christopher baissa les yeux et touilla la nourriture. Razi la fixait toujours sans changer d'expression.
« As-tu laissé père seul ? » demanda-t-il sans préambule.
Wynter sentit son cœur se fendre, et se tourna vers Christopher, qui avait relevé la tête à cette question. Il la regarda, la cuillère immobile au-dessus de la bouillie.
Pendant un instant honteux, le regard plongé dans les grands yeux de Christopher, Wynter fut tentée de mentir. Elle aurait voulu répondre qu'elle était restée avec Lorcan jusqu'au bout, et ne l'avait quitté que lorsqu'il avait été trop tard. Mais au lieu de cela, elle se contenta de hocher la tête. Christopher baissa les yeux, entre chagrin et incrédulité.
« Tu… après tout ce que cet homme a fait ? » La voix de Razi était basse et froide, et Wynter fut mortifiée par l'horrible déception qu'on y percevait. « Comment as-tu pu faire cela, Wynter ? Comment as-tu pu l'abandonner de la sorte ?
— Laisse-la, Razi, ordonna doucement Christopher. Nous avons tous abandonné Lorcan. » Il leva les yeux vers son ami. « Et tous pour la même satanée raison. Alors laisse-la tranquille, et viens manger. »
Razi se dégonfla devant l'amertume résignée de son ami. Wynter lui sourit avec chaleur. Il se détourna, hocha la tête et alla s'asseoir près de la casserole.
Ils mangèrent en silence, puis Christopher couvrit les restes et les mit de côté pour le petit déjeuner.
« Saleté de pain-de-cheval. Même un marécage a moins de gaz que moi. »
Razi alla laver leurs bols pendant que Christopher partageait soigneusement une pomme en trois. Il en tendit un morceau à Wynter.
« Tiens. Tu vas bien ? »
Elle croisa son regard en prenant le morceau de fruit et hocha la tête, reconnaissante.
« Oui. »
Il la regarda des pieds à la tête, dubitatif, lâcha la pomme et jeta un œil du côté des arbres. Les chevaux piaffaient doucement dans l'obscurité. Wynter soupira et mordit le fruit juteux et acide.
« Que fais-tu ici, Wynter ? » La grosse voix de Razi était bourrue, et il ne leva pas les yeux du reprisage qu'il faisait sur son pantalon.
« Comme toi, Razi. Je vais au camp d'Albéron, pour voir ce qu'il fabrique. »
Christopher eut un rire sans joie.
« Bon courage. Cela fait une semaine que nous tournons en rond sans en trouver la trace. Ces va-nu-pieds de tout à l'heure sont les premiers êtres humains que nous croisons dans cette forêt. Tu sais quoi, Razi ? » Il se cura les dents pour en retirer un morceau de peau de pomme. « Je pense que l'espion tisserand au palais se fichait de toi. Ton frère n'est pas dans les parages. »
Wynter se redressa.
« Vous ne savez pas où il est ? s'exclama-t-elle avec une pointe d'excitation dans la poitrine.
— Non, Wynter, nous ne le savons pas. Et toi ? » Razi cassa son fil et grimaça d'un air sarcastique en rangeant l'aiguille. Devant la mine amusée de Wynter, Razi écarquilla les yeux. Christopher se cala sur un coude.
« Dieu du ciel ! souffla Razi avec un début de sourire. Wynter, tu es sérieuse ? »
 

Wynter parla à ses amis du fantôme d'Isaac et de la vallée d'Indirie. Elle leur rapporta la conversation qu'elle avait surprise entre les Tisserands et les Haun, et leurs remarques sur le Prince Rebelle. Le temps qu'elle ait fini, la nuit était tombée. Une lune presque pleine filtrait au travers des arbres, et donnait à ses deux spectateurs l'air de spectres attentifs dans la pénombre.
« La vallée d'Indirie, murmura Christopher. Il faudra consulter nos cartes demain, mon ami.
— Mais je connais le chemin, dit Wynter. Il reste dix jours de voyage. »
La tache pâle qu'était le visage de Christopher dodelina tandis qu'il exprimait son assentiment.
« Des Haunards », murmura Razi. Avec sa peau et ses vêtements sombres, il était presque totalement invisible, mais Wynter vit ses yeux briller quand il les leva vers elle. « Oh, ma sœur, où a-t-il la tête ?
— Je ne sais pas, souffla-t-elle. Les Tisserands étaient déjà bien assez mauvais, après tout ce que nos pères ont fait pour libérer ce pays de l'intolérance… mais les Haunards ? Si Albéron compte vraiment sur de tels alliés pour arracher le trône à Jonathon, je crains que le peuple se révolte contre lui. Il reste trop d'amertume après l'Invasion Haun. Et puis… Et puis, Razi, il y a l'invention de mon père. Sa machine. La Machine Sanglante. »
Wynter distingua à peine le mouvement de Razi, lorsqu'il se passa la main sur les yeux. Christopher bougea sur sa couche.
« Tu en sais quelque chose ? demanda-t-elle.
— Rien, sinon que mon père semblait en avoir peur. Et mon frère paraît en avoir pris le contrôle.
— Papa… Papa était anéanti à l'idée qu'on s'en serve, Razi. Quelle que soit la fonction de cette machine, il suffisait d'en faire mention pour le mettre au supplice. J'ai l'impression que nos pères s'en sont déjà servis, à la fin de l'Invasion Haun.
— Oui, murmura Razi. Juste avant que les Cent Perdus soient expulsés du Royaume. » Il regarda Christopher. « Tu te rappelles, je t'ai parlé des Cent Perdus. Les nobles et hommes d'affaires Haun, expulsés avec le reste de leur race à la fin de la guerre ? »
Christopher haussa les épaules dans la faible lueur, comme s'il avait oublié, ou n'avait guère écouté à l'époque.
« D'après ce que j'avais compris, nos pères avaient accepté de supprimer la machine après sa première utilisation, ajouta Wynter. J'ignore pourquoi.
— Et maintenant, notre frère s'en sert pour menacer la couronne, poursuivit Christopher. Ton père n'était peut-être pas aussi fou qu'il n'y paraissait, Razi.
— Tant mieux », soupira Razi.
On entendit un bruissement quand il s'allongea, posa la tête sur sa selle et couvrit son visage de ses mains. « Maudite famille. »
Wynter baissa les yeux vers ses propres mains, étoiles de mer fantomatiques sur l'obscurité de ses jambes croisées. Elle hésita un instant, puis murmura :
« Tu as vu la cavalerie royale, Razi ? Tu as vu leurs fanions ? »
Il y eut un lourd silence.
« Razi ?
— Oui, je les ai vus.
— Que crois-tu… ?
— Wynter. » Sa voix était extêmement fatiguée. « Pourrions-nous… pourrions-nous attendre demain ? »
Un nouveau moment lourd de silence s'écoula.
« Je prends le premier quart », proposa Christopher en se tapant sur la cuisse. Il resserra sa cape autour de lui, et s'adossa à sa selle. Razi soupira.
« D'accord. Merci, Christopher. Réveille-moi quand la lune sera à son zénith, et je te relèverai.
— Réveille-le quand la lune atteindra son premier tiers, Christopher. Je prendrai le quart après lui. »
Razi soupira d'impatience.
« C'est hors de…
— D'accord, fillette, dit Christopher. Razi me remplacera, puis te cédera sa place. Cela nous fera du bien de dormir davantage. »
Razi leva la tête, et braqua vers ses deux amis ce que Wynter prit pour un regard noir.
« Mon Dieu, je devrais vous faire fouetter tous les deux pour insubordination ! »
Il leur tourna le dos, et s'installa pour dormir sans cesser de grommeler.
Wynter sourit à Christopher. Il l'observait, le visage insondable dans cette chiche lumière.
« Dors », souffla-t-il.
Elle lui fut soudain si reconnaissante qu'elle faillit en pleurer.
« Bonne nuit, Christopher. Je suis contente que nous nous soyons retrouvés. »
Elle l'entendit déglutir.
« Oui. Et maintenant, dors, fillette. À demain matin. »
 

Le bandit la retrouva, et remplit les ténèbres de son rire. Cette fois, elle lui arracha la gorge, lacéra sa chair avec des crocs qu'elle ignorait posséder. Tandis qu'elle lui plantait ses dents dans le cou et que le sang lui emplissait la bouche – doux, chaud et délicieux –, quelque chose en elle cria de désespoir. Mais elle s'en moquait. Elle avait enfin cédé, et il ne restait rien d'autre en elle que la haine.
 

« Fillette… » Une main douce écarta les cheveux de son front. « Chut, ma chérie. Tout va bien. » Wynter ouvrit les yeux, et Christopher lui sourit, le visage près du sien dans l'obscurité. « Tu gémissais dans ton sommeil. Ça ne va pas ? »
Malgré son sourire, le cauchemar refusait de quitter Wynter, et elle dut se couvrir la bouche à deux mains pour retenir son horreur et sa peur. Le sourire doux de Christopher s'estompa quand il lut l'expression de Wynter. Il l'enlaça soudain et la serra contre lui, lui couvrant les yeux de sa main marquée de cicatrices comme s'il voulait la cacher. Wynter saisit son maillot de corps à pleines mains, et essaya de s'enfouir en lui.
« Oh ! Mon Dieu, gémit-il. Qui t'a fait du mal ? Qui t'a fait du mal ? Je vais les tuer ! Je te le jure. »
Wynter secoua la tête. Elle refusait de le lui dire. Elle ne pouvait pas. Malgré le réconfort qu'elle trouvait en lui, elle s'écarta. Christopher laissa les mains sur ses épaules et fouilla son visage du regard. Elle se dégagea d'un haussement d'épaules.
« Ce n'était qu'un rêve, Christopher. Ne t'inquiète pas. »
Il lui prit la main, mais elle détournait les yeux.
Il baissa la tête pour la regarder en face.
« Wyn, souffla-t-il.
— Ce n'était qu'un rêve ! Rien d'autre ! »
Et elle enfouit le visage entre ses mains et se recroquevilla, la tête sur les genoux.
Wynter aurait voulu que Christopher s'en aille, mais quand il passa un bras autour de ses épaules et l'attira de nouveau contre lui, elle se surprit à ne pas se dégager de son étreinte. Alors qu'il restait à côté d'elle, le menton posé sur ses cheveux, à la bercer doucement dans le silence, elle se sentit immensément reconnaissante de sa présence.
Elle s'aperçut qu'elle lui avait repris la main.
« Christopher, murmura-t-elle. Ne dis à personne… »
Quand elle lui parla du pauvre marchand, Christopher se contenta de la bercer tendrement, même lorsqu'elle raconta le regard fiévreux de l'homme par-dessus le cours d'eau, la façon dont il l'avait suivie, puis attaquée. Elle termina par raconter les cauchemars que depuis il hantait. Christopher ne s'écarta pas d'elle ni ne témoigna de colère. En fait, il n'émit aucun commentaire. Quand il fut certain qu'elle avait fini, il pencha la tête contre les cheveux de Wynter et la regarda.
« Et maintenant, chérie, ça va mieux ? »
Elle hocha la tête contre sa poitrine.
« Oui.
— Tu vas réussir à t'endormir ? »
Elle hocha encore la tête. Christopher se tourna vers les frondaisons éclairées par la lune et soupira.
« Maudit monde », souffla-t-il. Puis il embrassa ses cheveux, posa le front sur l'épaule de Wynter, et alla réveiller Razi pour son quart.
Réveiller ce pauvre homme lui demanda un certain effort.
Wynter resserra la cape autour d'elle et les écouta se déplacer dans l'obscurité. Razi toussa et s'étira, puis alla pisser derrière un arbre. Il s'affaira en bordure du camp, vérifia que les chevaux se portaient bien, histoire de se dégourdir les jambes. Avec un bâillement, Christopher s'allongea. Il finit par se perdre un moment dans le silence. Wynter distinguait tout juste son visage pâle, du coin de l'œil.
« Christopher ? murmura-t-elle.
— Oui ? »
Elle resta allongée l'espace de quelques battements de cœur, hésitante. Puis elle se leva, enveloppée dans sa cape. Elle vit Christopher la suivre du regard. La voix de Razi monta doucement dans l'obscurité.
« Tout va bien, sœurette ? »
Elle lui sourit, tout en sachant qu'il ne le verrait pas.
« Ça va, Razi. Merci. » Elle passa derrière Christopher, et il tourna la tête vers elle. « Je peux ? » demanda-t-elle en indiquant sa couche.
Il hocha la tête sans un mot, sans la quitter des yeux. Wynter hésita, puis s'allongea à côté de lui. Comme indécis, Christopher se raidit un instant puis lui tourna le dos, comme lors de leur dernière nuit ensemble. Wynter se serra contre lui, passa le bras autour de sa taille, et appuya le front contre son dos. Derrière eux, dans l'ombre, Razi ne bougeait pas.
Wynter ferma les yeux. Christopher lui prit la main. Razi retourna voir les chevaux.