Pierrot et Arlequin

 

Pierrot et Arlequin sont avec Colombine et Scaramouche les figures principales de la Commedia dell’Arte italienne. Il y a aussi Polichinelle, Matamore, Scapin, etc. Ces personnages nous sont donnés avec leur costume et leur caractère traditionnels. Il appartient au comédien d’improviser son discours sur un canevas convenu avec ses partenaires.

Pierrot est vêtu d’un costume ample, flottant, noir et blanc. Il est naïf, timide, préfère la nuit au jour et tient des discours amoureux à la lune. C’est aussi un sédentaire.

Arlequin est habillé d’un collant formé de losanges de toutes les couleurs (sans blanc ni noir). Il porte un masque tandis que Pierrot n’est que poudré. Il est agile, entreprenant, insolent et ami du soleil. Rien ne l’attache. Il est aussi volage que nomade.

L’un des canevas de la Commedia dell’Arte consiste à montrer l’inconstante Colombine, qui hésite entre ces deux types d’hommes, se laisser séduire par le plus brillant et amusant – Arlequin – et regretter ensuite amèrement ce choix. Ce schéma est si fort qu’on le retrouve dans nombre d’œuvres classiques ou populaires. Par exemple, dans Le Misanthrope de Molière : Alceste est Pierrot, Philinte Arlequin, et Célimène connaît entre les deux les hésitations de Colombine.

Le cinéma français nous offre au moins deux versions de ce trio. Dans La Femme du boulanger de Marcel Pagnol (1939) – d’après une histoire de Jean Giono – le boulanger Raimu voit sa femme partir avec un beau et jeune berger. Puis ce sont Les Enfants du paradis de Marcel Carné (1945) où Arletty se laisse séduire par l’Arlequin Pierre Brasseur, alors qu’elle aurait trouvé le bonheur auprès du timide et silencieux Baptiste (Jean-Louis Barrault).

Michel Tournier, avec Pierrot ou les secrets de la nuit, a ramené cette histoire à ses traits philosophiques fondamentaux. Car les couleurs séduisantes du peintre Arlequin sont dénoncées par le boulanger Pierrot comme chimiques, toxiques et superficielles. Pierrot, au contraire, revendique des couleurs substantielles, profondes, authentiques : le bleu du ciel, le rouge du feu, l’or du pain et des brioches. Des couleurs qui sentent bon et qui nourrissent. Arlequin apparaît ainsi comme l’homme de l’accident, alors que Pierrot est l’homme de la substance.

CITATION

De deux choses l’une.

L’autre, c’est le soleil.

Jacques Prévert