Endogamie et exogamie

 

Qu’est-ce qu’un couple harmonieux ? Le monsieur et la dame doivent-ils se ressembler, ou au contraire se compléter grâce à des qualités opposées ? La logique est pour la complémentarité. À femme prodigue, mari économe. À mari fortuné, fiancée sans dot, etc. On rêve de voir les rois épouser des bergères et les nains des géantes afin que tout rentre dans l’équilibre.

La formation des couples obéit ainsi à deux principes opposés, celui d’exogamie et celui d’endogamie. L’exogamie oblige le jeune homme à chercher sa fiancée loin de sa propre famille. Elle interdit l’inceste, c’est-à-dire le mariage avec la mère, la sœur, la fille, voire la cousine germaine. Claude Lévi-Strauss a décrit dans son livre Essai sur les structures élémentaires de la parenté (1949) comment, dans nombre de sociétés primitives, les mariages se faisaient obligatoirement par échange entre deux groupes – tribus ou fratries –, et étaient au contraire proscrits au sein du même groupe. Depuis que dans les écoles toutes les classes sont mixtes, on assiste à une amusante résurgence du principe exogamique : dans la plupart des cas, les amourettes entre élèves se font d’une classe à une autre, plutôt qu’au sein d’une même classe.

Mais quand on passe au crible les quelque 200 000 mariages célébrés chaque année en France, on constate que le principe endogamique domine encore très largement. Certes il ne faut pas se marier « trop près » (sœur, cousine). Mais il importe encore bien davantage de ne pas se marier « trop loin ». Ne pas aller chercher une femme noire ou jaune quand on est blanc, riche quand on est pauvre, protestante quand on est catholique. La profession est souvent le cadre dans lequel on reste : le médecin épouse l’infirmière, le pharmacien la laborantine, le cuisinier la serveuse, le professeur la maîtresse d’école. On voit ainsi des lignées qui restent traditionnellement dans la banque, les postes et téléphones, le spectacle ou la sidérurgie. De même la stabilité géographique demeure la règle, malgré les migrations qui attirent l’attention, mais qui ne concernent qu’une infime minorité. Paris constitue en France une exception en fonctionnant comme une pompe aspirante et refoulante, attirant les provinciaux le temps d’une carrière et les renvoyant finir leur vie dans leurs lieux d’origine. En revanche Lyon, Bordeaux, Lille, etc., possèdent un noyau de population inentamable.

Le comble de l’endogamie est fourni par la biologie : ce sont les vrais jumeaux. Ils forment des couples originels souvent indissolubles et qui ne sont pas compatibles avec la formation d’autres couples. On voit parfois deux frères jumeaux épouser deux sœurs jumelles. Mais chez les vrais jumeaux, la proportion de célibataires est beaucoup plus élevée que chez les non-jumeaux.

CITATION

Asinus asinum fricat.

L’âne se frotte à l’âne.

Proverbe latin