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— Veltan, tu veux vraiment que je conduise mes hommes sur la plage ? demanda Omago, franchement dubitatif. Tout ça parce que les Extérieurs arrivent demain ?

— On dirait que ça ne t’enthousiasme pas…

— C’est vrai. Ces étrangers sont des soldats professionnels. Pour être franc, mes gars s’emmêlent encore un peu les pinceaux. Les Extérieurs se moqueront d’eux, et la moitié de mes recrues déserteront. A mon avis, il vaudrait mieux que tu en parles d’abord avec tes mercenaires.

— Je vois ce que tu veux dire. C’est d’accord, nous irons tous les deux.

— Ara voudra nous accompagner. Elle n’a pas vu Yaltar depuis un moment, et il lui manque.

— Excellente idée. De toute façon, je tenais à lui présenter ma sœur.

— Quand devrons-nous partir ?

— Après ton petit déjeuner… Ça suffira amplement. Zelana m’a informé que les Extérieurs débarqueront au milieu de la matinée, et la plage est à moins de trois kilomètres. (Soucieux, Veltan plissa le front.) Maintenant que j’y pense, je doute qu’un débarquement en masse soit une bonne idée. Il faudra emmener avec nous quelques officiers, mais le gros des troupes devrait rester sur les navires jusqu’à ce que nous partions pour les Chutes de Vash. Réduisons au minimum les risques de confrontations déplaisantes !

— C’est toi qui décides…, conclut Omago.

 

Dans le lointain, des voiles se gonflaient d’un bout à l’autre de l’horizon. Cet incroyable foisonnement fit tourner la tête d’Omago. Debout à ses côtés, Ara ne semblait pas le moins du monde impressionnée. Ces derniers temps, ses réactions étaient des plus déconcertantes…

Alors que la flotte approchait sous la lumière dorée du soleil, Omago remarqua des différences. Certains navires semblaient presque obèses alors que d’autres étaient d’une maigreur quasi squelettique.

— Ils ne se ressemblent pas beaucoup, ces bateaux…

— On ne les a pas conçus pour le même usage, expliqua Veltan. Les plus gros, très lents, ont mission de transporter des gens ou des marchandises. Les autres, petits et rapides, sont faits pour rattraper et détrousser les grands.

— Et ces deux groupes ne sont pas ennemis ? demanda Ara.

— Au début, ils ne se tapaient sûrement pas sur le ventre. Mais affronter les hordes du Vlagh les a réconciliés.

Un bateau nettement plus petit que les autres filait comme le vent vers la côte.

— C’est mon chalutier, dit Veltan, de la tendresse dans la voix. Il fend sacrément bien l’eau, pas vrai ?

— A quoi sert-il ? demanda Ara. Il ne semble pas aller avec les autres…

— C’est un coursier, répondit fièrement le dieu. Je l’utilise pour me déplacer très vite.

— Ce n’est pas plutôt le travail de ton éclair ?

— Mon petit compagnon est rapide, mais très bruyant. Parfois, la discrétion passe avant la vélocité.

Il y avait quatre hommes sur le pont du chalutier. Un type minuscule, un individu de taille normale et deux grandes perches vêtues de cuir.

— Le petit est Lièvre, le Maag dont je t’ai parlé, Omago. Le moyen est un jeune officier trogite nommé Keselo. Les deux autres, Arc-Long et Barbe-Rouge, sont des archers de Zelana.

— Des chasseurs ?

— De vrais champions ! Barbe-Rouge est un peu moins bon qu’Arc-Long, mais c’est normal, parce que personne ne l’égale. A ma connaissance, il n’a jamais raté une cible. Ses flèches vont toujours se planter là où il le leur ordonne.

— Gamin, fit Omago, je rêvais d’être un chasseur. Ce doit être une vie très excitante.

— Je suppose, mon ami, mais Arc-Long n’est pas un chasseur ordinaire. Sa guerre contre les monstres du Vlagh a commencé bien avant la nôtre. Il les abomine et les abat à vue. Officiellement, il travaille pour Zelana. En réalité, il est rétif aux ordres. Ce gaillard n’écoute personne – à part Eleria. Et même avec elle, il arrive que ça chauffe un peu…

— Ta sœur n’est pas furieuse ?

— Zelana s’y est habituée… Elle sait qu’il est loyal et dévoué, mais têtu comme une mule. Arc-Long est un solitaire qui fait les choses à sa façon. (Veltan haussa les épaules.) Au fond, seul le résultat compte. La manière n’est pas si importante…

— Où est Yaltar ? demanda Omago.

— Il voyage avec Zelana et Eleria, sur le Cormoran, le vaisseau amiral du capitaine Sorgan Bec-Crochu. Bref, le chef des pirates… Bientôt, le petit viendra avec moi sur mon éclair, mais je le trouve un peu jeune pour ça.

— Beaucoup trop jeune, corrigea Ara.

Le chalutier accosta avant le gros de la flotte. Veltan se fit un plaisir de présenter Omago et Ara aux quatre hommes qui débarquèrent sur la plage.

— C’est Lièvre, dit ensuite le dieu à Omago. (Il posa une main sur l’épaule du petit Maag.) Dis-lui ce qu’il te faut, et il le forgera en un éclair.

— Je l’espère bien…, souffla Omago en étudiant le pirate miniature. Veltan est revenu en coup de vent pour me raconter ce qui se passait dans le Domaine de l’Ouest. Il m’a aussi donné un couteau en fer, afin que je connaisse le sens du mot « métal ». Plus tard, j’ai eu l’idée d’accrocher l’arme au bout d’un long bâton. Contre les monstres du Vlagh, ça pourrait être un outil de défense efficace.

— On appelle ça une « lance », Omago, répondit Lièvre. Et ces armes existent depuis des lustres.

— Sans blague ? Je croyais avoir eu l’idée le premier. Cela dit, nous ne sommes pas des guerriers, dans le coin…

— Lièvre, intervint Keselo, notre nouvel ami est très brillant. Il n’avait jamais vu de lance, et il ne lui a pas fallu longtemps pour en inventer une.

— C’est remarquable, concéda le petit pirate, pensif. Omago, si tu as une autre idée de ce genre, n’hésite pas à m’en parler. Je fabriquerai un prototype et nous verrons si ça marche. Comment as-tu inventé ta lance ?

Modeste, le fermier haussa les épaules.

— J’exploite un grand verger… Pour éviter de monter aux arbres, j’utilise un bâton muni d’une fourche. En secouant les branches, la cueillette est plus rapide. Je regardais le couteau, un bâton dans l’autre main, quand l’idée de les combiner a explosé dans ma tête.

— Si tu as encore des explosions, préviens-moi sans tarder, dit Lièvre, impressionné.

— Des navires approchent, annonça Arc-Long. Sorgan, Narasan et quelques autres seront bientôt là.

— Parfait, fit Veltan. Nous avons du travail, et le temps presse.

 

Omago fut stupéfait par la taille des Maags. Ces pirates étaient d’authentiques géants et les armes pendues à leur ceinturon faisaient froid dans le dos. Plus petits et moins expansifs, les Trogites n’étaient pas en reste question armement.

Derrière les hommes, le fermier aperçut Yaltar en compagnie d’une splendide jeune femme – sans doute Zelana – et d’une fillette peut-être encore plus belle qui devait être Eleria.

Ara courut étreindre le petit garçon, qui s’accrocha à elle comme s’il venait de traverser une terrible épreuve.

— Joli pays, Veltan, dit un Trogite aux tempes argentées.

— Merci, Narasan, répondit le dieu. Où est Gunda ?

— Je l’ai envoyé à Castano, pour qu’il ramène le reste de l’armée. J’espère que la brèche, dans la barrière de glace, est encore ouverte.

— Elle l’est, assura Veltan. Avez-vous eu des problèmes en chemin ?

— Non. Les ennuis ont frappé avant que nous levions l’ancre. Les hommes de Barbe-Rouge n’étaient pas ravis quand il leur a annoncé son départ. Sa nomination au poste de chef est récente, et il n’a jamais caché que ça ne l’enchantait pas. Les villageois pensent qu’il a saisi la première occasion de se défiler. Juste avant que nous appareillions, une femme nommée Planteuse lui a tenu un discours très peu amical.

— Ne remue pas le couteau dans la plaie, général, dit l’archer à la barbe rousse.

— Je clarifiais les choses, mon ami, répondit Narasan. Mon employeur a le droit d’être informé de ces chamailleries.

Ecœuré, Barbe-Rouge se détourna et s’éloigna en marmonnant de vagues imprécations.

— Je vous présente Omago, général, dit Veltan. Je l’ai connu dans un verger, quand il était haut comme trois pommes. Les fermiers et les bergers en on fait leur confident.

— Cet homme est très doué, général, intervint Keselo. A partir d’un couteau en fer remis par Veltan, il a tout simplement inventé la lance !

— Ces armes existent depuis des siècles, Keselo, dit un officier trogite sec comme une trique.

— Pas dans cette région, Jalkan. Les paysans ne savent rien de la guerre et ils ne possèdent pas d’armes. Omago parle de son invention comme d’un « outil ». Ça dénote un état d’esprit très différent du nôtre.

— Les autres fermiers ont été très impressionnés quand il leur a montré sa lance, précisa Veltan au général. Ils aimeraient tous en avoir une.

— Pourquoi fiche ? ricana Jalkan. Les cul-terreux n’ont pas besoin d’arme !

— Ne dépasse pas les bornes, Jalkan ! lâcha Narasan, furieux.

— C’est une question légitime, général, dit Veltan. J’ai raconté à Omago que nos adversaires sont en partie insectoïdes. Il en avait entendu parler par des bergers, mais il refusait d’y croire. Sachez-le, les paysans ont horreur des insectes. Un essaim de sauterelles peut dévorer la récolte d’une année en moins de vingt-quatre heures. Stimulés par la lance d’Omago, ses collègues se sont portés volontaires pour lutter à vos côtés.

— Si nous leur montrons comment former une phalange, intervint Keselo, ils seront très utiles.

— C’est possible, concéda Narasan. Mais il leur faudra des boucliers.

— Des quoi ? demanda Omago.

— Une plaque de métal que nous fixons à notre bras gauche. Elle protège le torse des coups adverses.

— Voilà Bec-Crochu, messire, annonça Keselo.

— Parfait… (Narasan se tourna vers le dieu.) Où installerons-nous le camp ?

— Je voulais justement t’en parler… Ne te vexe pas, mais il vaudrait mieux consigner tes hommes – et ceux de Sorgan – sur les bateaux. Tes soldats savent se tenir. Quant aux pirates… Eh bien, je crois que tu me comprends…

— C’est clair comme de l’eau de roche, Veltan. En temps de paix, les Maags se montrent sous leur plus mauvais jour.

— Nous partirons bientôt pour les Chutes de Vash, ajouta le maître du Sud. Dresser un camp provisoire serait une perte de temps et d’énergie. Mes humains ont collecté de la nourriture pour les guerriers et ils l’apporteront sur la plage. Quelques officiers, Sorgan et toi viendrez chez moi pour consulter ma carte. J’ai chipé à Lièvre son idée d’une maquette en argile. Vous aurez donc une idée précise du terrain. D’après le Rêveur de mon frère, nous combattrons près d’une cascade appelée les Chutes de Vash.

Un Maag encore plus grand que les autres sauta sur le sable et approcha d’un pas décidé.

— Le paysage est moins accidenté que dans l’Ouest, dit-il, et il n’y a pas beaucoup d’arbres.

— Je n’en ferai pas une dépression nerveuse, Sorgan, assura Narasan. Combattre dans la brousse me tape sur les nerfs. Je te présente Omago. C’est le responsable, ici…

— Tu veux dire le chef ?

— Nous ne sommes pas fous de la hiérarchie, intervint Veltan. Omago ne donne pas d’ordres aux autres fermiers. Il lui arrive d’émettre des suggestions, et ça ne va jamais plus loin.

— Veltan pense que nous devrions laisser nos hommes sur les bateaux, dit Narasan. Nous partirons pour les montagnes dans quelques jours. Inutile de se fatiguer à dresser un camp.

— Je suis d’accord, dit simplement Bec-Crochu.

— Sorgan, Narasan et toi êtes invités chez moi, précisa Veltan. J’ai créé une « carte » qui vous intéressera. Le terrain où nous combattrons sera encore plus accidenté et à pic que le canyon de Lattash. Bien sûr, messires, vous pourrez amener avec vous les officiers de votre choix…

— Bovin et Marteau-Pilon m’accompagneront, dit Sorgan. Au fond, c’est la guerre de Narasan. Moi, je suis venu pour le plaisir de voyager.

— C’est faux, et tu le sais très bien, Sorgan, lâcha Narasan.

— Possible, mais ce coup-ci, nous allons faire les choses à ta façon, mon vieux. Donc, je pourrai t’engueuler si ça tourne mal.

— Tu es un type noble et généreux, Sorgan, railla le général.

— C’est maintenant que tu t’en aperçois ? riposta le pirate avec un sourire matois.

Omago comprit que ces deux hommes, radicalement différents, avaient développé une solide amitié pendant la campagne de l’Ouest. Et leur complicité serait des plus utiles quand la bataille ferait rage…

 

— Comment est organisée l’Église au Pays de Dhrall ? demanda à Omago le Trogite nommé Jalkan.

Les deux hommes, un peu à la traîne, gravissaient la colline en direction de la maison de Veltan.

— Je ne suis pas sûr de comprendre, avoua le fermier. Qu’entends-tu par « Église » ?

— Les prêtres… Les guides spirituels du peuple qui l’empêchent de violer les règles de la foi.

Jalkan semblait passionné par ce sujet.

— Il n’y a rien de tel dans le Domaine de Veltan, répondit Omago. Il paraît que ça existe chez une de ses sœurs, Aracia, mais le maître du Sud estime que nous n’avons pas besoin de ces pitreries. Quand on veut parler à Veltan, il suffit d’aller frapper à sa porte. Pour une raison inconnue, les gens préfèrent passer par moi…

— Dois-je comprendre que tu converses directement avec ton dieu ? s’exclama le Trogite.

— C’est ça, oui. Et presque chaque jour…

— Mais… mais…, bredouilla Jalkan.

— Les coutumes ne sont pas les mêmes dans tous les pays, j’imagine. Au Sud, nous sommes moins collet monté qu’ailleurs…

— Où sont les mines d’or ? demanda Jalkan, pressé de changer de sujet. C’est la clé de tout, non ? Les envahisseurs veulent vous voler vos réserves ?

— Voilà qui m’étonnerait… Les serviteurs du Vlagh se fichent de ce métal jaune tout juste bon à fabriquer des babioles. Leur maître veut conquérir notre territoire et la nourriture qu’il contient.

Soudain soupçonneux, Jalkan pressa le pas.

— Ne réponds pas aux questions de ce type, Omago, conseilla Arc-Long. Les autres Trogites ne le portent pas dans leur cœur. Il est cupide, et il traite mal ses hommes.

— Les Extérieurs sont plutôt bizarres, non ?

— A leurs yeux, c’est nous qui paraissons étranges. Leurs vies sont très compliquées, alors que nous cherchons avant tout la simplicité. J’ignore pourquoi, mais ça les énerve…

— J’ai hâte que ce soit fini, et de les voir repartir.

— Tu n’es pas le seul, mon ami…

 

— C’est impossible ! s’écria le Trogite Padan en découvrant la demeure de Veltan. Elle est taillée dans un seul bloc de roche !

— Ça protège des intempéries, répondit le dieu. A Kaldacin, j’ai remarqué que les bâtiments étaient ouverts à tous les vents…

— Comment as-tu bâti cette maison ?

— Tu es sûr de vouloir le savoir, Padan ? demanda Veltan avec un petit sourire.

Le Trogite lui jeta un regard perplexe.

— Pas vraiment, avoua-t-il. Si tu me dis tout, j’ai peur de ne pas pouvoir fermer l’œil de la nuit…

— Faites-moi l’honneur d’entrer, mes amis ! lança le maître du Sud. En m’inspirant d’une idée de Lièvre, j’ai établi une carte détaillée de la région où nous combattrons. Vous serez sans doute curieux de l’étudier…

Omago attendit sur le seuil jusqu’à ce qu’Ara l’ait rejoint.

— Comment va Yaltar ? demanda-t-il.

— Pas très bien, mon époux. Si j’ai bien compris, il a dû faire une chose horrible, dans le Domaine de l’Ouest, et ça le hante. Zelana s’efforce de le consoler, mais rien ne l’aide, à part tenir la main d’Eleria.

— Tu restes avec eux ?

— Je crois que c’est mieux, oui. Nous serons dans la cuisine. Je dois préparer le repas des Extérieurs, et les odeurs de cuisson remontent le moral du petit.

— Il n’est pas le seul, mon ange, répondit Omago avec un sourire.

— Tu as remarqué ? Rejoins Veltan, à présent. Il aura besoin de ton aide pour expliquer certaines choses aux Extérieurs.

Omago rattrapa les autres et entra derrière eux dans une grande salle qui lui était inconnue. Cela ne l’étonna pas, car Veltan, sans raison apparente, aimait renouveler sans cesse l’agencement de sa demeure…

— Voilà ma salle de la carte, annonça fièrement le dieu. Général Narasan, j’ai copié votre salle de guerre, à Kaldacin, mais avec quelques variantes.

— Je m’en suis aperçu…, fit le Trogite sans cacher son émerveillement.

Le seuil de la pièce circulaire donnait sur une sorte de balcon suspendu à trois mètres du sol. Il dominait la « carte » de Veltan – une reproduction fidèle de la région montagneuse qui entourait les Chutes de Vash. Si Omago n’avait jamais douté des talents de son dieu, cette maquette était d’une précision à couper le souffle.

— D’où vient toute cette eau ? demanda Sorgan Bec-Crochu. Aucun ruisseau n’alimente les chutes.

— L’eau jaillit des entrailles de la terre, répondit Veltan. En ce moment, le geyser n’est pas très actif. Mais quand ça lui prend, il projette des gerbes à plus de trente mètres de haut.

— C’est ton œuvre, Veltan ? s’enquit Keselo.

— Non. Je crois qu’un tremblement de terre est responsable. Sous les montagnes, le sol n’est pas très stable.

— Ces chutes sont bien plus abruptes que le canyon de Lattash, souligna Sorgan. Ça risque de nous poser des problèmes, le moment venu.

— Sais-tu, même approximativement, à quel moment l’ennemi atteindra cette zone ? demanda Narasan au dieu.

— C’est comme dans l’ouest…, soupira Veltan. Le Rêveur de mon frère sait ça se passera, mais pas quand.

— Si les monstres ont foré des tunnels, avança Padan, ils nous attendent peut-être déjà sur place.

— Je n’y crois pas, objecta Keselo. Il leur a fallu des siècles pour se creuser un chemin du faux escalier jusqu’aux anciens villages, dans le canyon. Ils n’ont pas eu le temps d’atteindre les chutes, j’en suis certain.

— Il a raison, Padan, dit Narasan. Si des tunnels existaient, les monstres auraient attaqué les deux Domaines en même temps. Ici, le danger ne viendra pas de sous la terre. Cette invasion-là semble être un acte désespéré. Les volcans ont à jamais obstrué le canyon, et quelque chose ou quelqu’un contraint nos ennemis à conquérir de nouvelles terres. Apparemment, ils se fichent qu’elles soient au nord, au sud, à l’est ou à l’ouest. Tu es d’accord avec moi, Sorgan ?

— Je n’y ai pas vraiment réfléchi, mais ça se tient. Si tu as raison, nous ne devrions pas traîner ici. Une fois sur place, il faudra bâtir des fortifications. Pas question d’affronter les hommes-serpents sur un terrain découvert, si on peut l’éviter.

— Bien raisonné, Sorgan, dit le général. Le gros de mon armée arrivera bientôt. En attendant, l’avant-garde gagnera au plus vite le sommet des chutes. Je refuse d’avoir des hommes-serpents aux trousses, comme la dernière fois. A mon âge, on n’aime plus tellement les surprises.