Tariq Assad remercia son ami le pilote et sauta à bas de l’hélicoptère qui s’éleva ensuite dans le ciel avec un nuage de sable. Assad dut se retourner et fermer les yeux.
Une fois l’appareil éloigné, il se dirigea à grands pas vers le chef du groupe. La colère qu’il avait éprouvée à la suite de l’opération de police à Tripoli avait fait place à la joie. Il serra dans ses bras le chef terroriste et l’embrassa sur les deux joues avec effusion.
— Ah, Ali, ce sera un grand jour, dit Assad en souriant.
Il avait prévenu par radio de son arrivée et constatait avec satisfaction que ses ordres avaient été exécutés. Les hommes attendaient en bas de la rampe d’accès de l’hélicoptère Mi-8. Lorsque Assad leur adressa un signe, ils l’acclamèrent. Leur prisonnier était attaché à l’un des sièges et bâillonné.
Ali remarqua le regard d’Assad.
— Quand on ne le bâillonne pas, il crie comme une femme. S’il n’était pas expert de Suleiman Al-Jama, que la grâce soit sur lui, je lui aurais déjà collé une balle dans sa grosse tête de chien.
— Quelle remarquable succession d’événements, dit Assad en oubliant totalement le sort d’Emile Bumford. Il y a quelques heures, j’étais à deux doigts d’être arrêté par la police, et maintenant, nous sommes sur le point de découvrir la tombe disparue.
— Raconte-moi encore comment vous l’avez trouvée, dit Ali, tandis qu’ils se dirigeaient vers l’hélicoptère dont les pales commençaient à tourner lentement dans l’air surchauffé.
— En venant en hélicoptère, j’ai demandé au pilote de prendre au sud quand nous avons franchi la frontière tunisienne, et en survolant l’ancien lit de la rivière, j’ai remarqué qu’à un endroit, une partie de la berge s’était effondrée. Si j’avais su qu’un peu en aval il y avait une chute d’eau, je n’y aurais pas prêté attention, parce qu’un voilier n’aurait jamais pu la franchir, mais j’ignorais son existence, alors j’ai demandé au pilote de se poser pour pouvoir examiner cette berge de plus près.
— Quand était-ce ?
— Quelques instants avant de t’appeler par radio. Il y a environ une demi-heure, c’est ça ? Quand on s’est posés, j’ai vu quatre empreintes récentes de chaussures. Deux de femmes, ou alors d’hommes de petite taille, mais je crois qu’il devait y avoir là l’archéologue américaine qui travaillait avec notre ami, là, dit-il en montrant Bumford par le hublot de l’hélicoptère.
Le hurlement des turbines forçait désormais Assad à crier pour être entendu de l’homme assis à sa gauche.
— Les empreintes disparaissaient dans une grotte située derrière une colline, près de la rivière. Ils doivent tous être à l’intérieur. On les tient, Ali, ces Américains qui ont violé la tombe de Suleiman. C’est la dernière fois qu’ils bouleversent nos plans.
*
Juan accepta la tasse de café que lui tendait Maurice, le chef steward de l’Oregon.
— Comment vous sentez-vous, président ? demanda l’austère Anglais.
— Je dirais que ce fut une rude chevauchée, dit Juan en avalant une gorgée de café corsé.
— Encore une référence équine. Créatures infectes, tout juste bonnes pour les fabriques de colle et les paris à Ascot.
Juan pouffa.
— Le Dr Huxley a bien soigné ma jambe et la poignée de comprimés d’Ibuprofène commence à faire son effet. L’un dans l’autre, ça ne va pas trop mal.
Il n’avait révélé qu’à Julia Huxley, médecin du bord, qu’en réalité, cette douleur il l’éprouvait constamment. Les médecins la qualifient de douleur fantôme, mais pour lui elle était bien réelle. Cette jambe manquante, tranchée par un bateau de guerre chinois plusieurs années auparavant, lui faisait mal en permanence. Et parfois, la douleur était si intense qu’il lui fallait faire des efforts prodigieux pour ne pas hurler.
En sorte que lorsqu’il s’agissait de la banale extraction d’une puce informatique, il n’y avait nulle forfanterie de sa part à affirmer qu’il s’en moquait.
Autour d’eux, le Centre d’opérations bourdonnait d’activité. Max Hanley et deux techniciens avaient fait déplacer un panneau d’accès sous l’une des consoles pour remplacer un moniteur tombé en panne. Le technicien chargé des armements s’entretenait avec différentes équipes du bord pour s’assurer que les armes étaient disposées suivant les consignes, tandis que l’homme de barre maintenait le cap bien au-delà de la limite des douze milles des eaux territoriales libyennes.
Le navire et son équipage étaient fin prêts, mais pour l’heure, Juan n’avait aucune tâche à leur confier.
Faute d’avoir reçu la liste des installations navales libyennes capables d’accueillir un hélicoptère, l’Oregon ne pouvait qu’attendre.
Or Juan détestait attendre. Surtout lorsqu’il avait des gens sur le terrain. Il avait l’impression d’éprouver physiquement tout ce qu’ils éprouvaient.
— Un appel, dit l’opératrice radio par-dessus son épaule.
Juan appuya sur un bouton disposé sur l’accoudoir, et du haut-parleur dissimulé dans le fauteuil lui parvint une respiration saccadée, presque haletante.
— Ça n’est pas le moment de faire des appels obscènes, lança-t-il.
— Président, c’est Linc. On a des problèmes.
— Que s’est-il passé ?
— Laisse tomber ta théorie selon laquelle c’est Ali Ghami qui est Al-Jama. (Lincoln continuait de haleter. Visiblement, il courait.) Notre vieux copain Tariq Assad vient de se pointer, et après quelques salamalecs avec le chef du groupe chargé de la recherche du tombeau, ils sont partis vers le sud à bord de leur vieil Mi-8. C’est lui, Al-Jama, Juan. J’ai essayé de prévenir Linda, mais ils sont encore sous terre. Je suis en train de les rejoindre, mais je dois avoir encore sept ou huit kilomètres à franchir.
— Ça confirme ce qu’on pensait, dit Juan, inquiet, en se mettant à faire les cent pas dans la salle. Il y a deux heures, on a commencé à avoir des soupçons parce que Hali Kasim n’avait pas donné de nouvelles et que sa puce GPS n’avait pas bougé depuis un certain temps. J’ai envoyé Eddie à sa recherche. On lui avait tiré dessus à bout portant. La dernière personne avec lui n’était autre que Tariq Assad.
— Mon Dieu ! Et comment va Hali ?
— On n’en sait encore rien. D’après Eddie, c’était grave. Il l’a mis en position de sécurité et a appelé une ambulance. Il a réussi à la suivre jusqu’à l’hôpital, mais il ne peut pas vraiment demander de nouvelles.
Un fax se mit à bourdonner.
— Pour qu’Assad déboule comme ça, dit Linc en soufflant, c’est qu’il a dû découvrir quelque chose dans la même zone que Linda et les autres.
— Je peux vous envoyer des renforts par hélico, mais ça prendra deux heures, dit Juan qui savait bien que tout serait déjà terminé depuis longtemps.
La préposée aux communications lui tendit le fax. C’était le rapport sur la marine libyenne qu’ils attendaient depuis des heures.
— Non, ça ira, répondit Linc. J’aurai encore des réserves quand j’arriverai là-bas. De toute façon, une dizaine de terroristes dans une grotte alors que je bénéficie de l’effet de surprise, ça ne devrait pas poser de problème.
Mais Juan lui prêtait à peine attention. Il gagna l’ordinateur du bord et y introduisit les données GPS et les récents mouvements du navire qu’on venait de lui signaler.
L’évidence lui sauta aux yeux. Ce navire se trouvait à portée d’hélicoptère du camp des terroristes, et tandis que le reste de la flotte convergeait vers Tripoli à l’occasion de la conférence de paix, celui-ci s’attardait du côté de la frontière tunisienne.
— Linc, rappelle-moi quand tu auras atteint la grotte. Il faut que je te laisse.
— Barreur, le cap sur ce navire.
Il montra le point clignotant sur l’écran principal. Au ton de sa voix, les gens autour de lui levèrent les yeux de leur travail. Un frisson parcourut le Centre d’opérations.
— Cap pris en compte, président.
— Combien de temps pour y arriver à la vitesse maximum ?
— Un peu plus de trois heures.
— C’est bon. Allez-y.
Une alarme bien connue de tout l’équipage se mit à retentir. Lorsque le navire naviguait à la vitesse maximum, cela tanguait souvent dans l’entrepont et il fallait tout assurer, depuis les soucoupes dans la coquerie jusqu’aux pots de maquillage dans la Boutique magique de Kevin Nixon.
L’accélération se fit cependant en douceur, tandis que les cryopompes émettaient un sifflement inaudible à l’oreille humaine mais qui aurait jeté un chien dans une rage paroxystique.
Juan retourna à son fauteuil de direction et demanda les spécifications du navire libyen. Il s’agissait d’une frégate russe modifiée, acquise en 1999, jaugeant 1 400 tonneaux. Il faisait les deux tiers en longueur de l’Oregon et le navire de la Corporation le surpassait en matière d’armement. Mais la frégate Khalij Surt était tout de même bien équipée avec ses quatre canons de pont de trois pouces, ses multiples lanceurs pour missiles mer-mer SS-N-2c, son parapluie de missiles Gecko et ses canons à tir rapide de 30 mm pour la défense aérienne. Le Khalij Surt (Golfe de Sidra) pouvait également tirer des torpilles à partir de lanceurs de pont et déposer des mines depuis sa poupe.
Juan étudia une photo du vaisseau tiré du site internet de la Jane’s Defence Review. La frégate était impressionnante, avec une proue large et élevée, et un mât de radio festonné d’antennes. Les gros canons étaient disposés par paires dans des tourelles blindées à la proue et à la poupe, tandis que les lanceurs de missiles mer-mer se trouvaient juste derrière le canon principal.
Juan ne doutait pas de l’emporter en cas de combat. Les missiles mer-mer de l’Oregon avaient une portée deux fois supérieure au système Styx du Khalij Surt, mais il ne s’agissait pas d’effacer de loin la frégate libyenne à coups de missiles.
Il fallait l’aborder, et, si son intuition était juste, sauver Fiona Katamora.
— C’est lui ? demanda Max qui venait de rejoindre Juan et montrait l’écran d’ordinateur.
— Oui. Qu’est-ce que tu en penses ?
— Compte tenu de leurs radars, ils vont voir approcher un hélico à quatre-vingts kilomètres. Et apparemment, ils sont armés de triples A et de SAM.
— Ce qui veut dire qu’il va falloir se glisser à leur côté et faire ça à l’ancienne.
— Tu veux dire les affronter directement ?
— Il faudra faire diversion pour pouvoir l’approcher, mais effectivement, c’est bien ce que je pense.
Max demeura un moment silencieux. La doctrine de la bataille navale avait beaucoup évolué depuis le perfectionnement des missiles. Les gros navires blindés n’échangeaient plus de salves d’obus. Les batailles navales se déroulaient souvent à des centaines de kilomètres de distance. La puissance des missiles à tête explosive était telle que les navires modernes n’étaient plus que rarement cuirassés d’épais bordages métalliques.
L’Oregon disposait d’une telle protection, mais elle se révélerait inefficace contre les canons de trois pouces du Khalij Surt et contre les missiles Styx. Pourtant, Juan proposait de s’approcher suffisamment près de la frégate libyenne pour pouvoir envoyer une équipe à l’abordage.
— Quand deux navires de cette taille se sont-ils affrontés ainsi à coups de canon pour la dernière fois ? demanda finalement Max.
— Je crois que c’est le 9 mars 1862 à Hampton Roads, en Virginie.
— Le Monitor et le Merrimack ? Ils ont fait match nul. Pour nous, ça n’est pas envisageable. J’espère que tu te rends compte aussi qu’il faudra le couler dès qu’on aura récupéré la ministre, parce que sans ça ils ne nous laisseraient pas repartir.
— J’y ai déjà réfléchi.
— Tu as une idée ?
— Non, dit Juan d’un air détaché, mais j’y ai beaucoup réfléchi.
— Et la diversion ? Des idées, de ce côté-là ?
— Pas la moindre. Mais comme on attaquera dans l’obscurité, on a jusqu’au crépuscule pour y penser. Une chose, quand même…
— Oui ?
— Pour couler, un navire de la taille du Khalij Surt doit mettre au moins vingt minutes. Ça lui laisse tout le temps de nous balancer un missile.
— En voilà, une bonne nouvelle, fit Max, l’air faussement peiné.
— Permets que j’en rajoute. Avant d’affronter le Khalij Surt, on embarquera nos nouveaux amis libyens dans les canots de sauvetage. Je ne veux pas qu’ils soient encore à bord au moment où on engagera le combat. Comme ça si quelque chose tourne mal, on n’aura aucun moyen de quitter l’Oregon.
— Ah ! pourquoi ai-je répondu à ton premier coup de téléphone, tant d’années en arrière ? s’écria Max en levant les yeux d’un air tragique.
— Président, lança la préposée aux communications, vous avez un autre appel.
— De Linc ?
— Non, monsieur. De Langston Overholt.
— Merci, Monica. Allô, Lang ? Ici Cabrillo.
— Comment vous sentez-vous ?
— Bien. Fatigué, mais ça va.
— Et vos hôtes ?
— Ravis et reconnaissants. En une journée, ils ont dévalisé la moitié de nos provisions.
— Je viens aux nouvelles et vous en apporte aussi.
— Tariq Assad vient d’arriver sur les lieux où mon équipe recherche la tombe de Suleiman.
— C’est lui que le gouvernement de Kadhafi dénonce comme étant Al-Jama ?
— Apparemment, ils avaient raison, et nous l’avons aidé à fuir et avons failli perdre un homme dans cette opération.
— Vous avez perdu quelqu’un ? Qui ?
— Hali Kasim, mon chef des communications, a reçu une balle dans la poitrine. Eddie Seng l’a fait conduire à l’hôpital, mais on ne sait pas dans quel état il est.
— Je vais en toucher un mot à notre ambassadeur, pour qu’il se renseigne.
— Merci beaucoup.
— Cela ôte-t-il M. Ghami, le ministre des Affaires étrangères, de la liste des suspects ?
— Pas du tout. Les terroristes ont peut-être abattu l’avion de la secrétaire d’Etat sans l’aide du gouvernement libyen, mais ensuite ils ont été couverts. Ça aurait aussi bien pu être orchestré depuis en haut que manipulé dans l’ombre. Si les gens d’Al-Jama ont autant infiltré l’appareil d’Etat que nous le soupçonnons, les terroristes ont pu être rencardés suffisamment à l’avance pour mettre en place la couverture.
— Ou alors Ghami occupe un poste élevé dans l’organisation d’Al-Jama et c’est lui qui a ordonné qu’on détruise l’épave de l’avion et qui a également choisi le moment adéquat de sa découverte.
— Exact. Et n’oublions pas non plus que le prédécesseur de Ghami au poste de ministre des Affaires étrangères, ainsi que la plupart de ses hauts fonctionnaires ont été arrêtés et mis au secret. Soit c’est Ghami soit c’est Kadhafi lui-même qui a ordonné la purge.
— Quel sac de nœuds, dit en soupirant le vétéran de la CIA. En dépit de nos mises en garde, le vice-président insiste pour se rendre ce soir à une réception donnée chez lui par Ghami pour les principaux représentants à la conférence de paix.
— Mauvaise idée, fit aussitôt Juan.
— Je suis d’accord, mais il ne veut rien entendre. Le Service Secret a été informé de la possibilité d’une attaque, mais le vice-président est intraitable : il assistera à la réception.
— Il est complètement idiot.
— Là aussi je suis d’accord. Mais ça ne change rien. Cela dit, la maison de Ghami est totalement isolée et le personnel de sécurité est le même que celui qui sera en service le lendemain à Tripoli pour la conférence de paix. Ils ont tous été soumis à une enquête serrée. Même si Ghami est lié aux terroristes, je pense que cette soirée devrait bien se dérouler.
— Vraiment ? Pourquoi ?
— Est-ce que vous organiseriez une attaque massive chez vous ? Surtout en sachant que le lendemain, il y aura la presse du monde entier à l’affût du moindre mouvement ? Rappelez-vous l’impact qu’a eu l’assassinat d’Anouar El Sadate, retransmis dans le monde entier. S’il doit y avoir une attaque…
— Pas « si », l’interrompit Juan.
— S’il doit y avoir une attaque, persista Overholt, elle aura lieu demain ou à un autre moment pendant la conférence de paix.
— Ça ne me plaît pas.
— Ça ne plaît à personne, mais il n’y a pas d’autre moyen. Tous ces dirigeants savent qu’ils risquent leur vie en assistant à cette conférence, soit à Tripoli soit chez eux, au retour, lorsque leurs propres intégristes laisseront éclater leur fureur. En ces temps troublés, être le président d’un pays du Moyen-Orient est une tâche risquée, surtout pour ceux qui veulent la paix. Ils le savent et pourtant ils sont décidés à aller de l’avant. C’est quand même quelque chose.
Puis, comme il en avait l’habitude pour annoncer la fin prochaine de la discussion, il changea de sujet.
— Où en êtes-vous de vos efforts pour retrouver Fiona Katamora ?
— Je crois que nous avons une piste. Elle se trouve probablement à bord d’une frégate nommée Khalij Surt, et nous nous dirigeons vers elle en ce moment même.
— Comment comptez-vous opérer ?
— Aborder le navire, sauver la secrétaire d’Etat et ensuite couler le Khalij Surt.
— Il n’en est pas question ! rugit Overholt. Vous ne coulerez pas un navire appartenant à une nation souveraine. Je ne peux même pas fermer les yeux sur cet abordage.
— Je ne demande aucune autorisation, rétorqua sèchement Juan.
— Ecoutez, Juan, si vous coulez ce navire, je jure devant Dieu que je vous ferai condamner pour piraterie. Je peux vous autoriser à vérifier si elle est ou non à bord. Après cela, c’est l’affaire des diplomates, et éventuellement de nos forces armées.
— Des diplomates ? s’étrangla Juan. Mais on a affaire à des terroristes. A des assassins. On ne peut pas négocier avec eux.
— Dans ce cas, s’il faut en arriver là, c’est la Marine de guerre qui se chargera de l’assaut. Ai-je été clair ?
— Autant renoncer tout de suite, Lang, parce que si vous suivez ce plan, c’est perdu d’avance, vous ne la retrouverez pas en vie.
— Vous croyez que je ne sais pas quels sont les enjeux ? hurla Overholt. Je sais qu’elle est probablement condamnée, mais j’ai des règles à respecter, et donc vous aussi. Vous avez été engagés pour la retrouver, et si elle est à bord du Khalij Surt, vous avez fait votre boulot. Prenez votre argent et allez-vous-en.
— Bon sang, s’écria Juan, furieux, il ne s’agit pas d’argent, et vous le savez bien.
— Oh, je vous prie de m’excuser, répondit Lang. C’était un coup bas. Mais cette situation est tellement compliquée…
— Je comprends. C’est le marquis de Queensbury.
— Hein ? C’est quoi, ça ?
— Quelque chose qu’a dit Max, il y a déjà un certain temps. Ne vous inquiétez pas. Je ne détruirai pas leur navire, vous avez ma parole. Mais s’il y a une chance de la récupérer, je la tenterai. C’est d’accord comme ça ?
— C’est bon. C’est seulement qu’on ne peut pas se permettre un nouvel incident diplomatique avec la Libye en ce moment. Après l’écrasement de l’avion, la destruction d’une de leurs frégates équivaudrait à une mesure de représailles, quel qu’en soit le responsable, et ils y verraient un acte de guerre. Ça plomberait la conférence de paix avant même qu’elle ait commencé.
— On est sur la même longueur d’ondes, Lang. Détendez-vous, je vous rappelle plus tard. (Il coupa la communication et se tourna vers Max.) Heureusement qu’on n’était pas en liaison vidéo.
— Ah bon, pourquoi ?
— Parce qu’il aurait vu que je croisais les doigts.