23

Lorsque les balles firent jaillir la terre derrière la vieille femme, Juan glissait un nouveau chargeur dans son fusil d’assaut. Il n’avait pas épuisé le premier et n’eut donc pas besoin de réarmer son fusil.

En cet instant, le sort de cette vieille femme lui importait plus que celui de la centaine de personnes déjà entassées dans le wagon.

Défaut de logique, peut-être, ou éclatement d’une synapse. Il ne faisait aucune différence entre les besoins d’une seule personne et ceux d’une multitude. Pour l’heure, la vie de cette femme lui paraissait aussi importante que toutes les autres.

Il sortit de son abri et tira à la hanche une longue rafale qui fit taire l’arme du terroriste. La femme, elle, s’était figée sur place. Une biche tétanisée par la lueur des phares, songea Juan.

Il bondit jusqu’à elle, courbé en deux, et la chargea sur son épaule gauche. En dépit de son régime de famine, elle devait bien peser quatre-vingts kilos. Juan tituba sous le poids et sa jambe blessée faillit se dérober sous lui. La femme poussa un cri mais ne se débattit pas et il put reprendre le chemin du bâtiment en courant maladroitement, se retournant de temps à autre pour brandir son fusil.

Soudain, elle poussa un nouveau cri. Juan se retourna d’un bloc et aperçut un homme qui se ruait sur eux, un gourdin à la main. La charge était suicidaire, mais le fusil de Juan était pointé dans la direction opposée. En se retournant, Juan fit pivoter la vieille femme dont les pieds ne manquèrent la tête du terroriste que de quelques centimètres. Puis, alors qu’il cherchait à braquer son REC7, la femme en profita pour décrocher un violent crochet qui atteignit l’homme au menton. Il tituba en arrière et s’apprêtait à charger à nouveau lorsqu’une balle tirée par Linc le coucha par terre.

— Madame, lui dit Juan en arabe, votre crochet du droit vaut bien celui de Mohammed Ali.

— J’ai toujours pensé que George Foreman cognait plus fort, répondit-elle.

Juan éclata de rire et faillit la lâcher, puis il la jeta dans le wagon et fit signe à Linda de fermer la porte roulante.

— Murph, tu es prêt ? lança-t-il par radio.

— C’est bon.

— Linc, prépare-toi, on part dans trente secondes.

En gagnant le Pig côté passager, Mark tira dans les deux pneus du côté droit à bout portant. Linda avait aidé Fodl à s’installer à l’arrière du camion, tandis que Greg Chaffee avait déjà la tête et les épaules hors du toit ouvrant.

A quelque distance, on apercevait une grosse locomotive diesel capable de tirer des wagons de minerai dans les montagnes. L’idée que cette locomotive puisse les poursuivre était inquiétante, mais ses moteurs étaient froids et il faudrait au moins une demi-heure pour les amener à la bonne température.

Max Hanley avait équipé le Pig d’une boîte à vingt-quatre vitesses. Juan passa dans le rapport inférieur et sélectionna la vitesse la plus basse des quatre en marche arrière. Il appuya ensuite sur l’accélérateur et sentit le moteur tourner de plus en plus vite tandis que les turbos hurlaient. D’après l’écriteau apposé sur ses flancs, le wagon derrière eux pesait 8,16 tonnes, et si l’on y ajoutait les 4,5 tonnes d’êtres humains, cela faisait un poids énorme qu’il n’était pas sûr de pouvoir bouger depuis l’arrêt.

Les pneus crevés se mirent à patiner sur les rails.

Juan décrocha un dispositif de sûreté près du changement de vitesse et appuya sur un bouton rouge. Aussitôt, de l’oxyde nitrique fut injecté dans les cylindres, élevant considérablement la température et relâchant de l’oxygène supplémentaire pour la combustion.

Comme le disait Max, le Pig n’avait pas le couple moteur pour pousser l’Oregon en haut des Chutes du Niagara, mais les deux cents chevaux supplémentaires apportés par l’oxyde nitrique permirent à Juan de vaincre l’inertie statique du train.

Débutant à une allure d’escargot, le Pig se mit à pousser le wagon sur la voie, et chaque centimètre gagné accroissait leur vitesse lorsque le train passa sous le vieux pont de chargement métallique où Linc avait installé son poste de tir.

Quand Juan avait annoncé qu’ils s’apprêtaient à partir, Linc avait quitté le sommet du vieux tapis roulant et s’était posté au-dessus de la gueule ouverte d’un déversoir à charbon surplombant les voies. Lorsque le wagon amorça son passage, il se laissa glisser et atterrit sur le toit. Mais ce poste de chargement avait été conçu pour des wagons bas, découverts, et non pour ces gros wagons de marchandises fermés et alors qu’il s’apprêtait à se remettre sur ses pieds, il aperçut le bord tranchant comme un rasoir d’un autre déversoir.

Il se jeta à plat ventre et la pièce métallique ne passa qu’à quelques centimètres de sa tête. Il demeura allongé un long moment, évitant ainsi une dizaine de ces redoutables déversoirs. Lorsqu’ils eurent enfin quitté la station de chargement, il laissa échapper un long soupir.

— Je suis à bord, annonça-t-il par radio.

— Parfait, répondit Juan. Maintenant, c’est à toi de conduire cet engin. Ramène ta fraise.

Pendant le premier kilomètre et demi après la mine, la terrain était plat et le Pig accélérait de façon modérée ; Juan enclencha donc le régulateur de vitesse et quitta sa place de conducteur. Il gagna la partie réservée au chargement et fourra dans la poche de son pantalon des chargeurs pour Barrett REC7.

— Comment ça va, vous deux ? demanda-t-il à Alana et à Fodl sans même les regarder.

— Pour la première fois depuis six mois, vous m’avez redonné espoir, répondit le Libyen. Jamais je ne me suis senti aussi bien.

— Et vous, Alana ? dit-il en se tournant finalement vers elle après avoir bouclé un double étui à sa ceinture pour ses deux FN Five-SeveN.

— Je n’ai encore rien fait pour mériter ce feutre.

— Vous avez fait plein de choses.

— Mais qui conduit le train ? lança Linc en se glissant au milieu d’eux.

— On a encore huit cents mètres avant le premier tournant. Ça se passe exactement comme prévu. Oh, flûte ! s’écria soudain Juan en passant la tête dans la cabine du Pig. Max, le wagon pèse 8,16 tonnes, ajoutes-y 4,5 tonnes d’êtres humains. Fais les calculs.

— Il me faut les dimensions.

— Devine.

Mark le regarda, abasourdi.

— Deviner ? Tu plaisantes ?

— Pas du tout.

— Fais les calculs, grommela Mark en imitant Juan. Devine ! Allez !

Juan grimpa alors sur le toit du Pig, estima qu’ils roulaient à environ 25 km/h et qu’ils accéléraient sans cesse. Jusque-là, ça va, se dit-il en levant les yeux sans apercevoir d’hélicoptère dans le ciel.

Il s’apprêtait à sauter sur le toit du wagon lorsque Greg Chaffee ouvrit le feu avec la mitrailleuse M60. Juan aperçut alors un camion peint en couleur camouflage qui se ruait vers le carreau de stockage. C’était le premier véhicule venu du camp d’entraînement. Une dizaine d’hommes étaient agrippés aux ridelles de la plate-forme découverte et les canons de leurs fusils étincelaient au soleil.

La route sur laquelle ils roulaient se trouvait à flanc de colline, un peu au-dessus de la voie ferrée et parallèle à elle. Chaffee, réagissant rapidement, avait tiré sur les pneus avant que le chauffeur ne reprenne la maîtrise de son véhicule, faisant jaillir des morceaux de caoutchouc comme un feu d’artifice.

Les hommes se mirent à hurler lorsque la jante déchiquetée s’enfonça dans le bas-côté de pierre tendre. A vive allure, le camion se coucha sur le côté et se mit à dévaler la pente. Quelques terroristes furent éjectés, d’autres s’accrochèrent aux montants lorsque le camion se renversa complètement. La cabine creusa un sillon dans la terre avant de basculer à nouveau, broyant hommes et métal au milieu d’un nuage de poussière.

Un deuxième véhicule de patrouille fit alors son apparition, avant même que le premier ait terminé sa course sur le toit. Son chauffeur freina et s’immobilisa. Greg Chaffee avait vidé tout son chargeur et demeurait les bras ballants tandis que Linda lui montrait comment l’extraire. Le camion des terroristes dévala alors la pente et alla se mettre à couvert derrière la locomotive. Les hommes à l’arrière ouvrirent le feu, obligeant Linda et Chaffee à plonger à l’intérieur.

Juan avait perdu de précieuses secondes à observer le spectacle et se releva, furieux. Le toit du wagon se trouvait à plus d’un mètre au-dessus de lui et il lui fallait pour l’atteindre un élan dont il ne disposait pas. Il sauta, heurta le rebord avec la poitrine et réussit à se hisser péniblement. Le premier tournant se trouvait à environ quatre cents mètres, et ils roulaient à présent à plus de 30 km/h.

D’après la carte que lui avait envoyée Eric depuis l’Oregon, il savait que ce long virage faisait le tour du sommet de la montagne et que la voie commençait à descendre dès le début. A 30 km/h, cela allait encore, mais s’ils continuaient de prendre ainsi de la vitesse, le wagon finirait par dérailler.

Juan gagna l’avant du wagon où un volant en métal rouillé permettait d’actionner le frein. Avant que George Westinghouse eût inventé le système de freinage pneumatique, des équipes de freineurs chevauchaient les wagons pour tourner ces volants en un ballet peu coordonné et souvent mortel. Pourvu, se dit-il, que la rouille n’ait pas bloqué le volant et qu’il reste encore des freins en état de fonctionner.

Il tourna le volant de toutes ses forces et poussa un juron en le sentant jouer librement, certain qu’il ne commandait plus rien. Heureusement, on entendit un grincement de métal contre le métal : les vieux freins mordaient sur les roues du wagon. De toute évidence, ils avaient été récemment graissés. En souriant, il donna un nouveau tour de volant, mais il dut déchanter, car le grincement du métal demeura identique.

Il y avait des freins, certes, mais ils ne freinaient guère.

Le Pig poussa le wagon dans le tournant et Juan perdit de vue la superstructure métallique permettant le chargement du charbon. A sa droite, on apercevait une autre vallée et de nombreux wagons rouillés qui avaient dû dérailler un siècle auparavant, empilés comme des jouets au rebut. Il se dit que la locomotive qui les avait accompagnés dans leur chute devait avoir cinq fois la puissance du Pig.

— Linc, tu es là ? demanda-t-il par radio.

— Oui.

— Quelle est notre vitesse ?

— 45 km/h.

— Très bien. Ne dépasse pas les 50. Les freins du wagon ne sont pas très efficaces.

— C’est aussi grave que ça ? demanda Linda sur le réseau.

— C’est pas bon.

Juan utilisa alors l’échelle métallique pour descendre jusqu’à l’espace où se trouvait l’engrenage actionnant les freins. Il passa les jambes au-dessus de l’attelage et agrippa d’une main un étai de façon à pouvoir regarder sous le wagon. Les traverses noires enduites de créosote défilaient à quelques centimètres de son visage, mais il aperçut une pierre coincée entre la tige et l’engrenage. Quand il avait actionné le volant, la pierre avait fait sauter les dents de l’engrenage qui tournait à présent à vide. S’assurant fermement, il s’étendit de façon à passer la poitrine sous le wagon. Des herbes folles lui griffaient les joues.

Il plongea les doigts dans la graisse de l’engrenage mais ne parvint pas à retirer la pierre.

— Eh merde, grommela-t-il en saisissant l’un de ses pistolets automatiques.

Il dut pour cela se retourner et aperçut alors sur la voie un bidon métallique tombé d’un train ou abandonné entre les rails par une équipe d’entretien. Le train roulait à plus de 50 km/h et il n’avait pas le temps de se relever. Il ouvrit le feu. Les balles du FN Five-SeveN traversèrent le bidon sans le faire bouger. Il n’était plus qu’à trente centimètres et le bidon menaçait de lui éclater le visage lorsqu’une dernière balle le fit voler sur le côté.

Il se tourna de nouveau et tira sur l’engrenage. La pierre sauta au loin.

— Et voilà le travail, lança-t-il.

— Tu peux répéter, président ? fit Linc.

— Rien. Je crois avoir réparé les freins. Quelle est notre vitesse ?

— Presque 55 km/h. J’utilise les freins du Pig et la poussière de fibre de carbone sort comme d’une cheminée.

— Pas de problème. C’est pour ça qu’on a commencé en marche arrière. Passe en première et ralentis en utilisant le frein moteur. Je vais remonter au frein du wagon, et à nous deux ça devrait aller.

Juan remonta sur le toit du wagon. Ils roulaient à présent à flanc de colline, à une trentaine de mètres en dessous du sommet. Il s’aperçut alors qu’une route courait parallèlement à la voie ferrée, un peu au-dessus, et ne vit pas tout de suite le camion couleur sable qui émergeait d’un tournant.

Un homme, la tête enveloppée de l’inévitable keffieh, se tenait debout à l’arrière du camion. Juan avait laissé son REC7 sur le toit du wagon avant de descendre réparer les freins et il se jeta à plat ventre pour le récupérer avant que l’homme saute du camion.

Juan venait à peine de refermer ses doigts sur le canon de l’arme que l’homme sauta sur le toit avec un hurlement de triomphe, envoyant le fusil au loin, puis lui balança un violent coup de pied en plein visage.

Tout s’obscurcit devant ses yeux. Lorsqu’il les rouvrit, l’homme avait déjà pris son AK-47 dans son dos et le tenait en joue. Juan roula sur le côté et lui lança un coup de pied, atteignant le terroriste au tibia. L’AK-47 tira quatre balles qui s’enfoncèrent dans le toit, à quelques centimètres seulement de la tête de Juan. A l’intérieur du wagon, on entendit un hurlement de douleur.

Fou de rage, Juan saisit alors l’arme par la poignée verticale et en reculant, l’homme l’aida en fait à se remettre sur ses pieds. Puis Juan lui envoya deux coups de poing au visage. L’homme était tellement occupé à garder son arme qu’il ne se défendit pas. Juan lui balança deux nouveaux coups, et, par-dessus l’épaule du terroriste, aperçut deux autres hommes qui s’apprêtaient à sauter sur le toit du wagon.

Juan lui enfonça alors le coude dans le ventre, lui saisit la main droite et la fit pivoter, puis appuya sur la détente alors que le canon du fusil était braqué sur le camion. La rafale de balles traçantes toucha l’un des hommes au moment où il allait sauter. Il bascula en avant et le camion tressauta à peine en lui roulant dessus.

Le deuxième homme, lui, bondit et atterrit sur le toit du wagon avec l’agilité d’un chat.

Juan pendant ce temps, continuait de tirer sur l’arme du terroriste, et lorsqu’il la lâcha, l’homme fit un pas en arrière, puis un autre… et bascula dans le vide, laissant traîner son foulard derrière lui comme un papillon égaré.

Puis il se retourna contre son nouvel adversaire, lui jeta son pistolet vide et se rua sur lui avant qu’il ait pu saisir son fusil d’assaut accroché à sa bretelle en toile. Juan le saisit à bras-le-corps, le souleva et le projeta sur le toit du wagon. S’il n’avait pas le dos brisé, il était au moins hors de combat pour un certain temps.

A moins que Linda et Linc aient vu le premier homme basculer, ils ne se trouvaient pas en position d’apercevoir ce qui se passait sur le toit du wagon et comme Juan avait perdu son oreillette, il n’avait plus aucun moyen de les prévenir. Le Pig faisait le maximum pour ralentir le convoi, mais sans les freins du wagon, ils continuaient à prendre de la vitesse. Ils devaient bien rouler à présent à plus de 70 km/h. La pente n’était pas très raide et le tournant encore négociable, mais si leur vitesse continuait de s’accroître, ils risquaient de dérailler à la prochaine courbe un peu forte.

Trois autres terroristes sautèrent alors sur le train : deux parvinrent sur le toit, mais le troisième heurta le flanc du wagon et dut s’accrocher au rebord pour ne pas tomber.

Le premier homme heurta Juan de plein fouet, le saisit à bras-le-corps et lui balança un violent coup de poing dans les reins. Le grognement de douleur qu’il poussa sembla exciter le terroriste. Frénétiquement, il le frappa deux autres fois, enfonçant son poing dans la chair. Juan sentit alors qu’on lui retirait son deuxième FN Five-seveN de son étui et il s’écarta brutalement au moment même où l’homme appuyait sur la détente. La balle déchira la chemise de Juan et frappa le premier terroriste à la gorge, faisant jaillir une fontaine de sang au rythme des battements du cœur.

La vue de son camarade ensanglanté eut un effet de distraction sur le terroriste. Il arracha le pistolet de sa main et lui logea deux balles dans le cœur.

Les deux corps s’effondrèrent en même temps sur le toit.

— Juan ? Juan ? Tu m’entends ?

Juan replaça son oreillette et ajusta le micro.

— Oui.

— Il faut freiner, hurla Linc. Tout de suite !

Il se tourna vers l’avant. Ils sortaient du tournant et les rails descendaient sur une centaine de mètres avant un nouveau tournant, plus raide, sur la droite. Il se précipita vers le volant mais avant qu’il ait pu l’atteindre, le terroriste censé avoir le dos brisé tendit le bras pour le faire chuter. Juan s’étala sur le toit, et aussitôt l’homme fut sur lui et le bourrait de coups de poing.

Il ne disposait plus que de quelques secondes. Il planta les pieds sur la poitrine de l’homme, et, grâce à une prise de judo, l’envoya voler par-dessus sa tête. Une nouvelle fois, l’homme retomba sur le dos. Juan se retourna et lui enfonça le coude dans la gorge.

Juan se mit alors à tourner le volant avec l’énergie du désespoir. Ils abordaient à 80 km/h un virage prévu pour être pris à moins de 50 km/h. Les freins hurlèrent, faisant jaillir des gerbes d’étincelles. Trop tard. Beaucoup trop tard.

En raison de la force centrifuge, les roues extérieures perdirent leur adhérence. Juan serra les freins au maximum. Derrière lui, le moteur du Pig rugissait à cause de l’oxyde nitrique que Linc y avait injecté, et une puissante odeur de caoutchouc brûlé montait des pneus dégonflés. Les roues du wagon se soulevaient puis retombaient sur le rail, mais de plus en plus haut. Comment communiquer avec les gens, à l’intérieur du wagon ? Leur poids pourrait rétablir l’équilibre.

Le désespoir nourrit parfois l’inspiration et Juan saisit l’AK-47 de l’un des terroristes et s’avança au bord du toit. Devant lui, la vallée semblait s’étendre à l’infini. Il visa le flanc du wagon et vida un chargeur entier, prenant soin de faire seulement ricocher les balles contre le métal. Mais à l’intérieur, les prisonnier, terrorisés, se ruèrent de l’autre côté.

Leur poids ramena le wagon sur les rails.

Le convoi émergea du tournant. Juan, soulagé, s’apprêtait à s’asseoir pour se reposer un peu lorsque la voix paniquée de Mark explosa dans ses oreilles.

— Enlève les freins ! Dépêche-toi !

Juan obtempéra et jeta ensuite un coup d’œil derrière lui. On ne voyait plus la route et le camion plein de terroristes avait quitté la scène, mais au loin, sur la voie, un camion transformé pour rouler sur les rails se ruait vers eux à une vitesse vertigineuse. Même à cette distance, on voyait des hommes armés de lance-roquettes.

Linc repassa en marche arrière, dans le rapport le plus haut, espérant gagner un peu de temps, car avec ces nombreux virages, les terroristes ne pouvaient ajuster leurs tirs.

— A quand le prochain virage serré ? demanda Juan, qui savait que grâce au GPS du Pig, Mark disposait d’une carte sur son ordinateur portable.

— Trois kilomètres vingt.

— Il nous reste des missiles ?

— Seulement un.

— Garde-le. J’ai une idée.

Juan sauta alors sur le toit du Pig, où Linda avait remplacé Greg Chaffee à la mitrailleuse. Ce dernier était assis dans la partie chargement avec Alana et Fodl. Il avait l’air épuisé.

— Les instructeurs à la Ferme seraient fiers de vous, surtout…

Il cita le nom d’un célèbre instructeur du centre de formation de la CIA, un nom connu seulement de ceux qui avaient fréquenté ce centre.

Chaffee ne cacha pas sa surprise.

— Vous êtes de…

— A la retraite.

Juan ôta alors la porte d’un des placards encastrés à l’intérieur du Pig. Avec l’aide de Linda, il la passa par la trappe puis rampa lui-même sur le toit. Le camion sur rails se trouvait à cinquante mètres en arrière et approchait rapidement. Un des terroristes lâcha sur Juan une rafale d’AK-47. Juan utilisa la porte comme bouclier et les balles ricochèrent dessus comme une pluie de plomb.

Le Pig aborda alors un tournant qui le déroba à la vue de ses poursuivants et Juan en profita pour laisser glisser la porte sur la voie.

Trente secondes plus tard, le camion apparut au sortir du tournant, à une vitesse d’environ 95 km/h. Cette fois-ci, le Pig constituait une cible trop tentante pour les hommes équipés de RPG.