L’homme de la Rum-Row lit trois histoires
Un gentleman de bonne mine nous gratifia d’un large sourire.
— Je suis bien content de pouvoir vous lire, non une seule histoire, mais trois. Voyez-vous, au temps merveilleux de l’Amérique sèche, mes amis et moi avons gagné quelque argent en faisant la contrebande des spiritueux au profit de ces pauvres Yanks. Connaissez-vous la Rum-Row ? L’Avenue du Rhum ? Au large des eaux territoriales américaines, elle s’est établie en un tournemain. Là-bas, les schooners gavés de rhum, les cargos lourds de whisky attendaient le moment propice pour faire la nique aux douaniers et aux policiers yankees, et passer leur pacotille liquide. Ah ! Messieurs, ce fut la plus belle aventure depuis les siècles de la grande flibuste. La Rum-Row a connu ses forbans, ses bourreaux, ses traîtres et ses argousins, mais elle eut également ses poètes et ses chroniqueurs. C’est une partie de l’œuvre d’un de ces mauvais, mais au fond très excellents garçons, que je vous lirai cette nuit, pour payer mon écot à votre attention.
Et l’homme de la Rum-Row parla…