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Cep s’arma de courage. La rage se déversait hors de lui comme un torrent sur une pente abrupte.

— Espèce de monstre incroyable ! télépathisa-t-il.

Pas de réponse. Cemp fulmina :

— Tu es la plus effroyable créature qui ait jamais existé ! Je veillerai à ce que tu reçoives ce que tu mérites !

Cette fois on lui répondit :

— Je quitte le système solaire pour toujours. Tu ne veux pas descendre avant qu’il soit trop tard ? Je te laisserai partir.

Cemp n’en doutait pas. Il était le plus redoutable ennemi, et sa fuite comme son apparition inattendue avaient dû causer au Glis un choc monstrueux.

— Je ne partirai pas, répliqua-t-il, tant que tu n’auras pas défait ce que tu as fait à la Terre.

Silence.

— Le peux-tu et le feras-tu ?

— Non. C’est impossible, répondit le Glis à contrecœur.

— Mais tu pourrais, si tu le voulais, rendre sa taille normale à la Terre.

— Non. Je regrette maintenant d’avoir pris ta planète, marmonna tristement le Glis. Je me suis toujours appliqué à laisser tranquilles les mondes habités protégés par des puissantes formes de vie. Je n’arrivais tout simplement pas à croire qu’un Silkie pourrait être dangereux pour moi. Je me trompais.

Ce n’était pas le genre de repentir qu’attendait Cemp.

— Pourquoi ne peux-tu pas la… la décompresser ? insista-t-il.

Apparemment, le Glis pouvait créer un champ de gravité, mais il ne pouvait l’inverser. Il dit, en s’excusant :

— Cela exigerait autant d’énergie pour défaire qu’il en a fallu pour faire. Où y a-t-il une telle énergie ?

Où, en effet ? Malgré tout, Cemp ne pouvait renoncer.

— Je vais t’enseigner ce qu’est l’antigravité, d’après ce que je peux faire dans mon propre système de contrôle de l’énergie.

Le Glis fit observer qu’il avait eu l’occasion d’observer de tels systèmes chez d’autres Silkies.

— Ne crois pas que je n’ai pas essayé. Il est évident que l’antigravité est une manifestation récente de la matière et de l’énergie. Et je suis une forme primitive comme tu le sais, toi seul.

L’espoir de Cemp s’évanouit soudain. Il avait persisté à croire qu’il existait une possibilité. Il n’y en avait aucune.

Il éprouva alors le premier pincement de douleur, de chagrin ; il admit la fin de la Terre.

Le Glis se remit à communiquer :

— Je vois bien que pour toi et moi la situation est grave. Nous devons donc parvenir à un accord. Je te fais chef de la nation Silkie. J’influencerai subtilement les choses et les êtres pour qu’ils se conforment à tes désirs. Des femmes, tant que tu en voudras. La puissance, tant que tu en voudras. Pour les actions futures de l’astéroïde, nous déciderons toi et moi.

Cemp ne s’arrêta même pas à cette proposition. Il rétorqua durement :

— Toi et moi ne pensons pas de la même façon. Je vois déjà comment tu me laisserais tranquille si jamais je prenais le risque de me transformer en humain. Le seul marché que j’envisage est une trêve limitée pendant laquelle je réfléchirai à ce que tu peux me faire.

— Puisqu’il en est ainsi, répliqua sèchement le Glis, voilà ma position. Si tu entames une action quelconque contre moi, je détruirai d’abord la Terre et la nation Silkie et ensuite je m’occuperai de toi.

Cemp répliqua sur un ton glacé :

— Si jamais tu endommages une chose à laquelle j’attache du prix – et cela comprend tous les Silkies et ce qui reste de la Terre – je t’attaquerai avec toutes les armes que je possède.

— Tu n’as rien en ton pouvoir qui puisse m’atteindre, dit le Glis avec mépris. Rien sauf ces écrans de défense qui inversent l’énergie d’attaque. De cette façon, tu peux utiliser ma propre force contre moi. Je n’attaquerai donc pas. Par conséquent, c’est l’impasse permanente.

— Nous verrons.

— Tu as dit toi-même que tes niveaux de logique ne fonctionneront pas contre moi.

— Je voulais dire, pas directement. Il y a de nombreuses approches indirectes de l’esprit.

— Je ne vois pas comment une chose de ce genre pourrait marcher contre moi.

Sur le moment, Cemp ne le voyait pas non plus.