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Dans le ciel, au nord, précédant le bruit de son moteur, pareil à une étoile mobile, un avion arrivait sur Kariba.

L'intercom de la batterie antiaérienne sonna. L'appareil était ami et demandait la permission d'atterrir.

Jonnie sortit pour le voir se poser. La porte s'ouvrit et une silhouette sauta au sol. Les traits de l'homme étaient indistincts dans la nuit. Jonnie regarda plus attentivement et vit des pansements. Le visage de l'arrivant était enveloppé de pansements !

Un doigt se tendit, droit sur la barbe de Jonnie.

- Magnifique !

C'était Dunneldeen !

Ils échangèrent de grandes claques amicales. Puis Dunneldeen entraîna Jonnie vers un endroit mieux éclairé et le regarda.

- Oui, magnifique ! Quelqu'un t'a taillé la barbe de moitié et la mienne est à moitié brillée! Prends un rendez-vous pour moi chez ton coiffeur.

- Tu as été descendu ? demanda Jonnie, un peu inquiet, en examinant les pansements sur le visage de son camarade.

- Pas d'insultes, mon gars ! Est-ce que tu crois que tes Bolbods, Drawkins ou Hockners pourraient abattre l'as des as ? Non, mon petit Jonnie, j'ai simplement lutté contre l'incendie. Ce n'est pas une brûlure très grave, mais tu connais le docteur Allen. II n'est pas heureux tant qu'il ne t'a pas emmailloté comme un bébé.

- Ça se passe comment, là-bas ? demanda Jonnie.

- Mal. On a réussi à maîtriser l'incendie, c'est tout ce qu'on peut dire. Dwight et Thor essaient de percer des tunnels mais il y a des glissements de roche. On a bon espoir, c'est tout ce que je peux te dire. Dis-moi, est-ce que ce petit homme gris est revenu ? C'est bien son vaisseau que je vois là-bas ?

- Il était à Edinburgh ?

- Oui. Et pas qu'un peu ! Il s'est baladé partout en posant des questions à tout le monde. Et puis, tout d'un coup, on a eu l'impression qu'il avait trouvé ce qu'il cherchait et il est parti à toute allure vers Aberdeen. Il a bien failli se faire descendre ! Il cherchait le Roi... Tu sais, le chef des Fearghus.

- Comment va-t-il, lui ?

- Ma foi, il saigne. Tu sais, dès qu'il se coupe, il n'arrête pas de saigner. Je lui dis toujours d'éviter les champs de bataille. C'est mauvais pour lui ! Bref, on l'a trouvé quelque part dehors et on l'a aussitôt expédié à Aberdeen pour lui faire des transfusions. Le petit homme gris voulait absolument le voir et les écuyers l'ont bien sûr viré. Ensuite, il a réussi à coincer le docteur Allen dans un coin. (Dunneldeen désigna le vaisseau dont les phares continuaient de clignoter.) On dirait que ce type a passé son temps à ravager toutes les bibliothèques du coin. Il pictographie chaque bouquin qui lui tombe sous la main. Il a demandé au docteur de lui dire ce qui n'allait pas chez le Chef. Il a consulté un tas de vieux bouquins avec le docteur, et le docteur a découvert qu'il existait un composé appelé vitamine K qui aide à la coagulation du sang. Ils en ont synthétisé et tu sais quoi ?... L'hémorragie a cessé ! Le Chef est en voie de guérison. Qu'est-ce qu'il est exactement, ce petit homme gris, un docteur?

- Non, dit Jonnie. C'est le directeur de la succursale locale de la Banque Galactique. Je t'expliquerai plus tard. Il s'est rendu là-bas pour s'assurer que cette planète a bien un gouvernement !

- En tout cas, c'était chic de sa part.

Jonnie était heureux pour le Chef, mais il avait de plus en plus le sentiment d'être cerné par les banquiers. Il préféra ne pas dire à Dunneldeen qu'ils étaient menacés de saisie et de vente.

- Tu as vu Stormalong ? demanda-t-il.

Dunneldeen secoua la tête.

- Allons rejoindre Sir Robert. Il est dans l'avion, mort pour le monde.

Oui, Sir Robert était vraiment mort pour le monde. Le visage gris, la peau noire de suie, les mains déchirées, les vêtements en lambeaux, Sir Robert avait l'apparence de ce qu'il était : un vieil homme qui avait connu l'enfer durant plusieurs jours de suite sans un instant de répit.

Ils essayèrent de le porter à deux, mais le vieux chef de guerre était particulièrement lourd, surtout à l'état de poids mort. Ils trouvèrent donc un chariot et le poussèrent jusqu'à l'hôpital.

Jonnie alla réveiller l'infirmière qui vint examiner Sir Robert. Il n'avait aucune blessure, à part les plaies qu'il portait aux mains. Elle lui fit une injection de B Complexe et il ne tressaillit même pas.

Monsieur Tsung et toute sa famille étaient tout à coup debout et se hâtaient de mettre les choses en train. Ils donnèrent d'abord un bain à Sir Robert, taillèrent sa barbe pour faire disparaître les poils brûlés, puis lui coupèrent les cheveux, et il eut très vite meilleure mine. Il ne tarda pas à se retrouver dans un lit. A aucun moment il n'avait ouvert une paupière !

Jonnie retourna auprès de Dunneldeen, qui était resté à l'hôpital, et le retrouva profondément endormi dans un fauteuil. L'infirmière était occupée à changer ses pansements. Les brûlures étaient superficielles et ne laisseraient pas de cicatrices. Sa barbe était grillée de place en place. Jonnie interrompit l'infirmière à l'instant où elle préparait de nouveaux pansements et appela la fille de Monsieur Tsung qui arriva presque aussitôt avec ses ciseaux pour tailler la barbe de Dunneldeen comme celle de Jonnie.

Jonnie avait eu le vague espoir que Dunneldeen le remplacerait à la salle des opérations, afin qu'il puisse partir à la recherche de Stormalong. Mais Dunneldeen n'était plus capable que d'une seule chose : dormir. Jonnie le confia donc aux bons soins des Tsung qui le baignèrent et le mirent au lit, comme Sir Robert.

Ce devait être l'enfer à Edinburgh !

Jonnie contacta la Russie par radio. Plusieurs milliers de personnes avaient été entassées dans cette vieille base. Fumée ou non, il devait y avoir des gens opérationnels. Il y avait deux cent cinquante Chinois du nord de la Chine. Plus les Sibériens et les Sherpas. Tinny lui lut certains messages personnels qu'elle avait reçus : les moines étaient sains et saufs et on avait réussi à sauver les bibliothèques bouddhistes et chinoises et diverses choses de ce genre. Elle courut en informer Chong-won et Monsieur Tsung. Il était très tard aussi bien à Tachkent qu'à Edinburgh, mais Jonnie entreprit d'envoyer les gens à droite et à gauche.

Car la question essentielle était à présent : où était Stormalong ? Et où était donc MacAdam ? La seule personne avec laquelle ils avaient un contact au Luxembourg était une fille qui ne cessait de répéter quelque chose comme : Je n'comprends pas ! (*), ce qui n'apportait guère d'informations sur le sort de Stormalong et du banquier écossais. Jonnie se demandait s'il allait devoir affronter cette menace de saisie sans aide ?...

(*) En français dans le texte. (N.d.T.)

Terre champ de bataille - 03 - Le secret des psychlos
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