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La route était longue jusqu'à l'héliport, surtout avec une seule jambe valide et une canne du mauvais côté. Les ascenseurs ne fonctionnaient pas et ne seraient sans doute jamais remis en état de marche. Clopin-clopant, Jonnie était en train d'apprécier les travaux de nettoyage des lieux quand il entendit un bruit de pas pressés derrière lui et un ordre aboyé en russe. Deux hommes surgirent, de part et d'autre, nouèrent leurs bras de façon à former une chaise porteuse, et soulevèrent Jonnie en souplesse avant de dévaler les marches de l'escalier qui accédait au terrain.

On avait dû prévenir le pilote de service, car il attendait devant un des avions de la mine, la porte grande ouverte du côté du passager.

- Non ! s'écria Jonnie en indiquant le siège du pilote de son bras valide. Mais pour qui le prenaient-ils ? Pour un infirme ?

Certes, c'était ce qu'il était pour l'heure. Le colonel Ivan surgit devant l'avion et les deux Russes propulsèrent littéralement Jonnie sur le siège de pilotage.

Quelque peu désorienté, le pilote de service tendit la main pour refermer la porte du côté passager, mais il fut repoussé sans ménagement par trois Russes hors d'haleine qui venaient de dévaler l'escalier et qui s'entassèrent à l'intérieur de l'appareil dans un cliquetis bruyant de carabines.

Comme par magie, le colonel se retrouva de l'autre côté pour aider Robert le Renard et deux Écossais à s'installer. Il entra à leur suite.

Le pilote était suédois. Il s'installa dans le siège du copilote et se lança dans une longue déclaration que Jonnie n'était pas en mesure de comprendre. Est-ce qu'il s'agissait d'un Afrikander des Monts de la Lune ? Non, c'était peu probable : les quelques Blancs vivant en pays bantou avaient été contactés trop récemment pour qu'un de leurs représentants eût déjà appris à piloter. Puis, Jonnie prit conscience que ce pilote n'était là que pour des liaisons aériennes locales, qu'il devait encore être cadet, en fait.

Il se boucla dans son siège, prenant soin d'immobiliser son bras inutile, et se tourna vers les passagers. Les Russes portaient des pantalons rouges bouffants et des tuniques grises et achevaient de se harnacher. Le colonel Ivan ôta le foulard de son crâne pour le remplacer par un bonnet de fourrure. Jonnie l'enleva pour le coiffer d'aplomb et découvrit un insigne sur le devant : une étoile rouge dans un disque d'or.

- En avant ! s'exclama Ivan en anglais.

Jonnie sourit. Ils formaient un contingent vraiment très international ! Il fit décoller l'appareil.

Les portes latérales avaient été laissées ouvertes et le soleil entrait à flots dans l'avion. C'était une journée d'été magnifique.

Ils survolèrent les montagnes, majestueuses et blanches sur le fond bleu profond du ciel. Tout en bas, ils virent un ours qui dévalait une pente. Plus loin, une harde de mouflons. Les bêtes levèrent la tête au passage de l'avion. Ce spectacle leur était sans doute devenu familier depuis quelque temps.

Sa main gauche courant sur la console, Jonnie prit de l'altitude au-dessus des ultimes collines et redescendit vers les grandes plaines. L'été. C'était l'été et il avait plu récemment car les prairies étaient émaillées de fleurs. L'étendue verte se perdait à l'horizon de l'est, ondulant à l'infini, peuplée de troupeaux paisibles de ruminants. Tout l'espace dont les hommes avaient besoin pour vivre !

Quelle planète merveilleuse, magnifique ! Une planète où il faisait bon vivre. Elle méritait d'être sauvée.

Le pilote observait avec admiration Jonnie qui pilotait avec la main et le pied gauche. Même avec cinq mains et cinq pieds, il n'aurait jamais fait mieux.

Un cavalier ! Jonnie amorça une boucle vers le sol pour essayer de voir de qui il pouvait s'agir. Des pantalons bouffants ? Un chapeau de cuir noir à fond plat ? Un lasso dans les mains ? Devant, galopait une petite harde.

- Un llanero, dit Robert le Renard. Ils sont venus d'Amérique du Sud. Ils gardent les troupeaux...

Jonnie abaissa la vitre de son côté et salua de la main le Ilanero qui lui répondit.

Pour son premier jour de sortie, il avait droit à une journée merveilleuse ! Ils étaient déjà en vue du camp ! Il y avait une telle foule ! Trente ou quarante personnes observaient l'approche de l'avion.

Jonnie se posa avec une telle légèreté qu'il n'aurait pas fêlé la coquille d'un œuf.

Dieu merci, les gens ne s'étaient pas trouvés sur l'aire d'atterrissage pendant qu'il se posait. A présent, ils affluaient vers l'avion : hommes, femmes, peaux brunes ou noires, blousons de soie ou robes tissées à la main... Tant de gens !

Il ouvrit la porte, mit deux doigts dans sa bouche et émit un sifflement perçant. Par-dessus le brouhaha de la foule, il entendit ce qu'il avait espéré entendre : le martèlement familier de sabots lancés au galop. Fend-le-Vent accourait !

Jonnie détacha ses ceintures de sécurité et, avant que personne n'ait pu l'en empêcher, il se laissa glisser jusqu'au sol. Ce qui était une performance vu la hauteur des cockpits psychlos. Son bras droit le gêna une seconde et il le coinça dans sa ceinture.

Fend-le-Vent s'ébrouait et caracolait pour manifester sa joie d'avoir retrouvé son maître et il faillit renverser Jonnie d'un grand coup de museau.

- Voyons ta jambe, dit Jonnie en s'agenouillant pour examiner le jarret de la jambe avant gauche de sa monture : elle s'était blessée lors de sa course depuis le haut de la falaise.

Mais Fend-le-Vent pensa qu'il devait se livrer à un tour que lui avait appris Jonnie - la poignée de main - et, presque avec reproche, il leva son sabot droit et le lui présenta. Cette fois, Jonnie faillit bel et bien se retrouver sur le dos et il éclata de rire.

- Je vois que tu es parfaitement remis ! s'exclama-t-il.

Et, prenant le sabot, il le secoua chaleureusement.

Il avait mis au point une nouvelle façon de monter. En lançant sa jambe gauche haut et vite, le corps à l'horizontale, il se retrouverait sur sa monture... Il y réussit ! Il n'avait pas besoin de tous ces gens pour l'aider.

A présent, il devait trouver les Chamco. Et obtenir une explication pour ce retard dans les réparations du dispositif de transfert.

Mais la foule se pressait maintenant autour de son cheval. Des visages innombrables, blancs, bruns et noirs. Des mains touchaient ses mocassins, lui tendaient des cadeaux. Et tout le monde parlait en même temps.

Il fut effleuré par un sentiment de culpabilité. Tous ces gens lui souriaient, lui souhaitaient la bienvenue. Cela ternissait un peu sa joie. Car ils n'avaient pas conscience qu'il pouvait avoir totalement échoué. Et que ce magnifique ciel bleu pouvait virer au gris pour laisser pleuvoir la mort.

Il crispa les lèvres. Il était temps de se mettre au travail. Une telle adulation était d'autant plus embarrassante qu'il n'était pas certain de la mériter.

Un autre bruit de sabots s'éleva. Le colonel Ivan interpella quelqu'un en russe. Un cavalier surgit, tenant six chevaux par la bride. Le colonel aboya un ordre et quatre Russes montèrent en selle à sa suite ainsi que Robert le Renard.

Deux Écossais se frayèrent tant bien que mal un chemin et vinrent se placer de part et d'autre de Fend-le-Vent. Ils écartèrent doucement les gens afin que Jonnie pût passer.

A la seconde où il croyait pouvoir se dégager, un petit garçon en kilt s'approcha à grands coups d'épaule et jeta une bride autour de l'encolure de Fend-le-Vent. Sa petite voix aiguë domina le tumulte :

- Je suis Bittie Macleod. Dunneldeen m'a dit que je pouvais venir pour être votre page, Sir Jonnie !

L'accent écossais était à tailler au couteau, mais sa confiance et sa détermination n'incitaient pas à la rebuffade et le jeune Bittie entraîna Fend-le-Vent vers le camp.

Jonnie n'eut pas le cœur d'émettre la moindre protestation, même si Fend-le-Vent, depuis toujours, répondait à la plus légère pression du talon.

Derrière lui, cinq Russes suivaient. Ils avaient des carabines d'assaut en bandoulière et portaient des lances (avec un fanion) dont la hampe était calée sur leurs étriers. Un llanero vint se joindre à eux au grand galop. Une escouade de soldats suédois surgit du camp et présenta les armes. Des travailleurs apparurent à leur tour. Un gros avion de transport se posa sur l'aire d'atterrissage et trente Tibétains en pèlerinage vinrent grossir les rangs de la foule. Deux plates-formes volantes arrivèrent dans un grondement de moteurs pour débarquer une quarantaine de visiteurs venus de la ville. Une autre plate-forme se posa en rugissant, venant de l'Académie.

Jonnie, dont la monture suivait au petit pas le jeune Bittie Macleod, parcourut du regard la foule joyeuse. Tous lui adressaient des signes amicaux et criaient des vivats à son approche. Jamais il n'avait vu un tel rassemblement depuis celui d'Écosse. Ils devaient être trois cents, peut-être plus !

Des mains blanches, des mains noires aux paumes roses, des mains jaunes ! Des robes orange, des blousons bleus, des vestes grises. Des cheveux blonds, des cheveux bruns, des cheveux noirs crépus. Et toutes les langues de la Terre unies pour un seul nom : « Jonnie ! Jonnie ! »

Il leva un regard plein d'appréhension vers le ciel d'un bleu intense. Un instant, son attention fut éveillée par un drone... Mais ce n'était qu'un drone de reconnaissance. Ils étaient désormais nombreux à patrouiller dans le ciel, aux aguets d'un envahisseur éventuel.

La rumeur de la foule était devenue un grondement continu. Une femme surgit, lui glissa entre les mains un bouquet de fleurs sauvages tout en lui criant : « C'est pour Chrissie ! »

Il hocha la tête pour la remercier. Ne sachant quoi faire du bouquet, il le glissa dans sa ceinture.

Tous les habitants de la Terre, dont les espoirs s'étaient réveillés, pouvaient se dresser à nouveau et vivre libres.

Plus que jamais Jonnie se sentait coupable. Dans toute cette foule, personne ne savait qu'il avait peut-être échoué. Non seulement il n'appréciait pas cette fiévreuse adulation, mais il avait la certitude de ne pas la mériter. Pas à ce point.

Robert le Renard amena sa monture à sa hauteur et il eut conscience de son trouble. Mais il ne voulait pas que ce premier jour de sortie soit un fiasco.

- Fais-leur quelques signes, mon gars. Lève la main gauche et hoche la tête...

Jonnie s'exécuta et la foule éclata en ovations.

Ils avaient escaladé la colline en direction des anciens quartiers chinkos. La morgue était toujours là. Ainsi que le dôme derrière lequel Terl avait résidé et où, si souvent, Jonnie s'était posté la nuit pour surveiller le camp.

C'est alors qu'il découvrit Terl dans sa cage. Un Terl qui sautait et gambadait, un collier autour du cou. Jonnie se sentit gagné par un vague malaise et il demanda au jeune page de le conduire jusqu'à sa cage.

Il avait tout le temps. Il était important qu'il voie les frères Chamco, mais quelques minutes de plus ou de moins ne feraient aucune différence. Il valait mieux qu'il essaie de découvrir d'abord ce que Teri mijotait.

Le public affluait, de plus en plus dense. Les élèves de l'Académie, lorsqu'ils avaient appris que Jonnie était en visite au camp, avaient immédiatement demandé quelques heures de permission, et le maître d'école, qui de toute façon n'aurait pu s'y opposer, les avait laissés sortir bien volontiers. Ils s'étaient mêlés à la foule. D'autres visiteurs étaient arrivés, en provenance de New Denver. Toute activité avait cessé et les machines, dans les ateliers du sous-sol, avaient été désertées. Dans les derniers rangs, on remarquait même certains membres du Conseil, au nombre desquels Brown Staffor, chef du continent américain. La foule était à présent de plus de six cents personnes et la rumeur était devenue assourdissante.

En apercevant Jonnie qui approchait de la cage, Terl se mit à cabrioler plus frénétiquement encore.

Jonnie avait pu constater que le site n'avait pas été trop endommagé ni même modifié par les combats. Le geyser d'eau avait laissé des rigoles profondes dans le plateau, un ou deux barreaux de la cage avaient été éraflés par des balles, mais la cage elle-même était plus propre à la suite du passage des torrents d'eau. Levant les yeux vers la boîte de connexion fixée au poteau, il vit qu'elle était toujours là : les barreaux étaient sous tension selon le même principe et l’électricité arrivait par les mêmes câbles. On avait mis en place une barrière de mine, remarqua Jonnie, afin que les gens ne puissent pas toucher les barreaux accidentellement. Oui, c'était bien la même cage, à cette différence près que des touffes d'herbes avaient poussé alentour.

A présent, il se désintéressait de la foule en liesse. Il se souvenait. Combien de mois avait-il passés là-dedans, à observer l'extérieur ? Et combien de nuits dehors, à guetter ce qui se passait a l'intérieur ? Bien des périodes de cauchemar lui revenaient à présent.

Il fallait qu'il interroge Terl. Mais il se refusait à essayer de lui parler à travers les barreaux comme autrefois. Avec la rumeur de la foule, il n'y parviendrait pas au volume normal de la voix et il n'avait pas l'intention de hurler. Il repéra une sentinelle non loin de là et lui fit signe. Mais ce fut le commandant du camp qui s'approcha de lui.

Aux couleurs de son kilt, Jonnie reconnut l'homme pour être un Argyll. Il se pencha vers lui pour mieux se faire entendre :

- Voudriez-vous faire couper le courant et demander à un garde d'ouvrir la porte de la cage ?

- Comment ? s'exclama le commandant, surpris.

Jonnie pensa qu'il l'avait mal compris et répéta sa demande. Puis il prit conscience qu'il se heurtait à un refus. Il y avait toujours eu de petites frictions entre les Argylls et les Fearghus, et parfois cela avait dégénéré en conflit ouvert. Il se souvint que c'était sa visite en Écosse qui avait interrompu les dernières hostilités entre les deux clans. Il n'avait pas l'intention de discuter avec cet homme. Et il ne désirait pas non plus dialoguer avec Terl en hurlant.

Robert le Renard regarda alternativement Terl, dans sa cage, l'Argyll, puis la foule et la boîte de connexion sur le poteau. Il voulut arrêter Jonnie, mais ce dernier avait déjà sauté de cheval. Le colonel Ivan, précipitamment, écarta ceux qui s'étaient rapprochés et mit le knobkerrie dans la main de Jonnie.

Jonnie clopina jusqu'au levier de l'interrupteur et l'abaissa. Il fut obligé de prendre appui de l'épaule droite sur le poteau pour avoir la main libre. A la seconde où la barre conductrice s'ouvrit, il y eut une étincelle. Lorsque la foule vit qu'il se dirigeait vers la cage, elle s'écarta et devint tout à coup silencieuse et calme. C'était comme une onde d'apaisement qui se développait à partir de Jonnie à chaque pas qu'il faisait.

Durant tout ce remue-ménage, la sentinelle n'avait pas bougé. Les clés de la cage étaient à sa ceinture et Jonnie les prit.

Il y eut quelques murmures d'excitation, puis, à nouveau, un silence tendu s'établit.

Terl profita de cette circonstance pour pousser un grondement féroce.

Le commandant du camp voulut se précipiter en avant, mais le colonel Ivan s'inclina sur l'encolure de son cheval et le retint de son énorme main. Il ne voulait personne dans la ligne de tir. Les cosaques se déployèrent brusquement. Les culasses claquèrent. Quatre carabines d'assaut étaient pointées sur Terl. Plusieurs Écossais coururent jusqu'aux toits des anciens quartiers chinkos et une nouvelle série de claquements de culasses succéda au bruit de leur course.

La foule s'écarta en hâte des barrières.

Jonnie se retourna. Il avait entendu le bruit des culasses et il parla d'un ton calme, car le silence régnait à présent, et l'on n'entendait plus que les rugissements de Terl.

- Une balle pourrait ricocher sur ces barreaux et atteindre quelqu'un dans la foule. Levez ces fusils, s'il vous plaît.

Il dégagea l'éclateur de son holster, puis, obéissant à une arrière-pensée, il vérifia qu'il était réglé sur « Paralysie - Pas de Flammes ». Mais il avait la conviction qu'il ne courait aucun danger. Terl avait un collier et il était enchaîné. Certes, il n'était pas prudent de s'approcher jusqu'à être à sa portée, mais, à en juger par son comportement actuel, le Psychlo ne se livrerait qu'à une singerie quelconque.

La serrure de la porte joua plus facilement qu'avant. Jonnie pensa que quelqu'un avait dû la graisser récemment. Il ouvrit. Il sentit que la foule retenait son souffle, mais cela ne détourna pas son attention.

Terl émit un grondement.

- Arrête de faire le clown, dit Jonnie.

Terl obéit aussitôt et s'accroupit contre le mur du fond, avec une étincelle d'amusement mauvais dans le regard.

- Salut, animal.

Quelque part dans la foule, la voix furieuse du pasteur lança :

- Ce n'est pas un animal !

Jonnie ignorait que le pasteur parlait le psychlo.

- On dirait que quelqu'un ne t'a pas loupé... Voilà ce qui arrive quand on est stupide. Ça s'est passé comment, cervelle de rat ?

- Sois poli, Terl, veux-tu ? Qu'est-ce que tu fabriques dans cette cage ?

- Ah, cet accent chinko ! Jamais je ne ferai de toi une créature parfaitement éduquée et civilisée. Mais bon, si tu en appelles à ma courtoisie et étant donné que tu t'exprimes en chinko, pardonne l'intrusion de ce langage vulgaire dans tes très nobles os-tympans...

Il semblait qu'il dût continuer sa litanie sur le mode servile des Chinkos, mais il éclata d'un rire méchant.

- Réponds à mes questions, Terl!

- Eh bien, je...

Et il employa un mot psychlo que Jonnie n'avait jamais entendu.

Mais Jonnie n'était pas venu pour entendre ça. Il comptait bien découvrir ce que Terl avait mijoté et qui avait échappé aux autres. Il claudiqua autour de la cage en prenant soin de se tenir à l'écart de Terl et sans le quitter une seconde des yeux. Il examina les parois des murets, à la base des barreaux, puis le bassin. Terl semblait avoir enveloppé un certain nombre d'objets dans une bâche. D'un geste, Jonnie lui intima l'ordre de reculer et s'approcha du paquet. Il s'agenouilla et l'ouvrit.

Il trouva un vêtement à l'intérieur. En fait, ce n'était guère plus qu'une sorte de pagne. Terl en portait un similaire et était nu par ailleurs. Il y avait aussi une gamelle de kerbango tordue avec un trou, et pas de kerbango. Ainsi qu'un dictionnaire psychlo ! Pour quelle raison Terl, qui était très cultivé - en psychlo du moins - avait-il ce dictionnaire ?

Jonnie recula au-delà de l'extrémité de la chaîne, le dictionnaire sous le bras. Quel était donc le mot que Terl venait d'employer ? Ah! « Repentir » : « Tristesse ou ressentiment que l'on éprouve envers soi-même pour ce que l'on a fait ou pas fait. Ce terme dérivé de la langue hockner est utilisé par certaines races étrangères.

- Te repentir ? railla Jonnie. Toi ?

C'était à son tour de rire.

- Ne t'ai-je pas mis en cage ? Ne comprends-tu pas que cela peut procurer à quelqu'un un sentiment de...

Jonnie chercha ce dernier terme. « Culpabilité » « Sentiment douloureux de reproche envers soi-même résultant de la conviction que l'on a d'avoir mal agi ou de façon immorale. Dérivé du chinko et très utile aux officiers politiques pour la dégradation des races soumises. Selon le professeur Halz, cette émotion existerait réellement chez certaines créatures étrangères. »

Jonnie referma le livre avec un claquement sec.

- Mais toi aussi, animal, tu as dû éprouver cela, dit Terl. Je me suis comporté comme un père avec toi et, jour après jour, tu as passé ton temps à ruiner mes plans d'avenir. En fait, je te soupçonne nettement de t'être servi de moi afin de pouvoir me trahir,..

- Comme pour le camion qui a explosé ?

- Quel camion ?

- Le camion qui a livré l'or, insista Jonnie, patiemment.

- Oh, je croyais que tu faisais allusion à cette pelleteuse dans laquelle tu t'es retrouvé piégé, celle qui a explosé là-bas sur le plateau. Il faut dire que vous avez plutôt tendance à malmener le matériel, vous autres animaux ! (Terl soupira.) Et me voici victime de ta vengeance.

Cette fois, Jonnie ne se donna pas la peine de chercher le mot qu'il n'avait pas compris. Il savait qu'une fois encore ce serait un terme que les Psychlos n'utilisaient jamais.

- Je n'ai jamais ordonné qu'on te mette dans cette cage avec ce collier. C'est toi qui l'as voulu. J'aurais parfaitement le droit d'exiger qu'on te reconduise dans les dortoirs. Tu as l'air fin là-dedans, à gesticuler à moitié nu...

- Je ne pense pas que tu le feras, dit Terl d'un ton mauvais. Mais pourquoi es-tu venu ici aujourd'hui ?

Mieux valait ne pas trop parler avec Terl mais, d'un autre côté, quel autre moyen y avait-il d'obtenir quelques renseignements ?

- Je suis venu demander aux frères Chamco pour quelle raison ils ont pris du retard sur les réparations du système de transfert.

- Je m'en doutais, dit Terl.

Il avait pris un air indifférent. Il soupira encore une fois derrière son masque, très longuement, et se leva.

Un murmure de frayeur courut dans la foule. Le monstre dépassait Jonnie de plus d'un mètre. Ses griffes étaient impressionnantes et ses crocs acérés luisaient sous le masque.

- Animal, dit-il, en dépit de nos différends passés, je crois que je devrais te dire une chose. Dans peu de temps, tu viendras me demander mon aide. Et comme je suis... et... (encore deux mots inconnus de Jonnie qui ne tendit même pas la main vers le dictionnaire...) je serai sans doute assez stupide pour t'aider. Rappelle-toi cela, animal. Quand tu seras en difficulté, viens voir Terl. Après tout, n'avons-nous pas été compagnons de mine ?

Jonnie éclata de rire. Là, c'était vraiment trop ! Il jeta le dictionnaire dans la bâche, reprit son knobkerrie et, tournant le dos à Terl, il quitta la cage.

Dès qu'il eut franchi le seuil et refermé, Terl poussa un rugissement effroyable et se mit à danser sur place en se frappant le torse.

Jonnie lança les clés au garde et alla rétablir le courant. Il riait toujours en retournant vers Fend-le-Vent. La foule était toujours à l'écart, poussant des soupirs de soulagement.

Mais Brown Staffor le Boiteux s'était avancé entre Jonnie et sa monture. En le reconnaissant, Jonnie s'apprêta à le saluer. Puis il se figea. Jamais encore il n'avait lu autant de malveillance, de haine sur un visage humain.

- Je constate que nous sommes deux infirmes, à présent ! lança Staffor. Puis, abruptement, tournant le dos à Jonnie, il s'éloigna en boitant, traînant son pied bot

Terre champ de bataille - 03 - Le secret des psychlos
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