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Avec le faible sourire du malheur, elle considérait la valise qu'elle venait de remplir au hasard, comme en rêve, la même avec laquelle elle était partie le rejoindre à Paris, trois ans auparavant, au début de leur liaison, partie avec tant de joie.

Allons, debout, fermer la valise maintenant. Elle n'y parvint pas, eut de petits sanglots impuissants de malade, s'assit sur la valise pour la boucler. Lorsqu'elle y réussit, elle n'eut pas la force de se lever, resta assise, mains pendantes. Apercevant une déchirure au bas gauche, elle haussa les épaules. Tant pis, pas le courage.

Devant cette vieille dans la glace, cette vieille Isolde qu'on avait voulu garder par pitié mais qu'on ne touchait plus, elle fit une grimace, déboutonna le haut de sa robe, tira sur le soutien-gorge dont les bretelles craquèrent. Eh oui, usés les pauvres.

Elle se reput de leur relâchement, appuya les mains sur eux pour en accentuer la chute. Eh oui, moins fermes et c'était fini. Ils avaient baissé de trois ou quatre centimètres, fini, plus d'amour. Ramollis, plus d'amour. Elle ôta ses mains pour s'assurer de leur déchéance, remua son torse pour les voir s'en aller de part et d'autre, s'en amusa de désespoir. Tous les soirs pendant des années elle l'avait attendu, sans savoir s'il viendrait,

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tous les soirs habillée pour lui, sans savoir s'il viendrait, tous les soirs la villa impeccable pour lui, sans savoir s'il viendrait, tous les soirs à la fenêtre l'avoir attendu, sans savoir s'il viendrait. Et voilà, fini maintenant. Et pourquoi ? Parce que ces deux bourses en haut étaient moins enflées que celles de cette femme. Et lorsqu'il avait été malade, les nuits passées à le veiller, couchée par terre, sur le tapis, tout près du lit. Saurait-elle le soigner, l'autre? Lui téléphoner, à cette femme, l'avertir de cette allergie au pyramidon et à l'antipyrine? Tant pis, qu'ils se débrouillent.

Bien sûr, il avait de la tendresse pour elle, il faisait de son mieux les rares fois où il venait, il la complimentait de son élégance, s'intéressait à ses robes, lui parlait de ses beaux yeux. Toutes les vieilles avaient de beaux yeux, c'était leur spécialité. De temps à autre, des baisers sur la joue ou même sur l'épaule, à travers la robe. Une étoffe, ce n'était pas dégoûtant. Des baisers pour vieilles. Des caresses pour vieilles. En somme, elle le dégoûtait.

Pauvre, si gêné lorsqu'il lui avait bien fallu avouer cette autre, si triste de lui faire mal. Triste, mais de vrais baisers le soir même, à l'autre.

De nouveau, devant la glace, elle remua ses seins. Hop à droite, hop à gauche! Balancez-vous, vieillards ! Née trop tôt, voilà. Trop pressé, son père. Et puis les poches sous les yeux, la peau flasque sous le menton, les cheveux secs, la cellulite, et toutes les autres preuves de la bonté de Dieu. Elle reboutonna le haut de la robe, se rassit sur la valise, sourit à la fillette qu'elle avait été, sans cellulite, toute neuve, un peu peureuse, effrayée par une image d'un livre de prix, un nègre qui guettait derrière un arbre. Le soir, dans son petit lit, lorsqu'elle arrivait au nègre, elle fermait les yeux et tournait vite la page. Elle ne savait pas, la petite ftlle, ce qui l'attendait. En somme, ce 525

qui lui arrivait maintenant avait existé d'avance, l'attendait dans le futur.

De ses deux mains en coupe, elle souleva ses seins. Voilà, ils étaient ainsi autrefois. Elle les laissa retomber, leur sourit. Les pauvres, murmura-t-elle. Le stylo qu'elle lui avait donné, il s'en servirait pour écrire à cette femme. Ariane, mon unique. Bien sûr, son unique puisque glandes mammaires en bon état. Ton tour viendra, ma petite. Saleté de vieux corps, elle en était dégoûtée aussi. Au cimetière, dans un trou, ce vieux dégoûtant ! Sale vieille, dit-elle à la glace, pourquoi est-ce que tu es vieille, dis, sale vieille? Tes cheveux teints ne trompent personne ! Elle se moucha, éprouva une sorte de satisfaction à se regarder dans la glace, déshonorée, assise sur une valise, en train de se moucher. Allons, se lever, faire des gestes de vie, téléphoner.

Ballottée dans le taxi, elle regarda ses mains. C'était la première fois qu'elle sortait sans s'être lavée. Dégoûtante, sourit-elle. Pas eu la force, on était tellement seule quand on se savonnait, quand on se séchait. Et puis à quoi bon? Voilà, c'était arrivé, c'était le malheur. Punie pour crime de vieillesse. Elle se rapprocha de la fenêtre. Versoix. Ces gens dehors, déjà dans la vie, marchant vite, lavés, ayant tous un but. La jeune aussi avait un but, elle le verrait ce soir. Allons, prépare-toi pour ce soir, savonne-toi bien pour ne pas puer. Moi aussi j'ai fait tout ça pour lui pendant trois ans, chaque jour. Il serait triste quand il lirait la lettre, ça ne l'empêcherait pas ce soir de. Les deux langues qui bougent, dégoûtant. Elle ouvrit et referma sa bouche pour en sentir la pâteuse amertume, eut envie de thé. En somme, il restait des intérêts dans la vie. Une tasse de thé, un beau livre, la musique. Pas vrai. Oh, ce sale besoin d'être aimée, ce besoin à tout âge. Qu'est-ce qui se passerait à Pont-526

Céard, après? Les meubles, ses affaires, qui s'en occuperait?

Creux-de-Genthod. Des pigeons dans la rue. Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre. Les poésies idiotes que son institutrice française lui faisait apprendre. Mademoiselle Deschamps elle s'appelait. Brins d'osier, brins d'osier, courbez-vous, assouplis, sous les doigts du vannier. J'ai deux grands bœufs dans mon étable, deux grands bœufs blancs marqués de roux. Il y avait eu quelque chose entre son père et la Deschamps. L'intendant juif de son père, son bonnet à la main, ses courbettes, une sale tête.

Bêla Kun aussi était juif. C'était Bêla Kun qui avait fait fusiller l'oncle lstvan, le général comte Kanyo. Jamais son père n'aurait reçu un Juif chez lui.

Genthod-Bellevue. Bientôt Genève, bientôt la gare. Au début de leur amour, lorsqu'elle était allée le rejoindre à Paris, elle l'avait trouvé qui l'attendait à la gare, grand, sans chapeau, les cheveux en désordre, absurde, près de l'employé qui prenait les billets. Son sourire lorsqu'il l'avait vue, et il l'avait prise par le bras. Elle avait été étonnée de le trouver à la gare, ce n'était pas son genre de venir attendre. À l'hôtel, c'était le Plaza, il l'avait déshabillée tout de suite, la robe avait craqué en haut, il l'avait portée jusque dans le lit, et l'idiote de quarante-deux ans, si heureuse, si fière. Déjà vieille pourtant, déjà vieille à ce moment-là, alors pourquoi ? Il n'aurait pas pu la laisser tranquille? Tous ses efforts pendant trois ans pour se faire belle. Les instituts de beauté, à quoi ça avait servi? Les poils repoussaient sur les jambes des mortes les premiers jours. Eh bien, ça n'avait qu'à repousser, ça lui était bien égal. Voilà la gare, le départ pour nulle part. Faire encore des gestes de vie.

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Le chauffeur fut payé avec un tel excès que, par solidarité de classe, il fit un clin d'œil de connivence à un porteur qui, averti du filon, s'empressa, s'empara de la valise, demanda pour quel train. Elle ne sut que répondre, humecta ses lèvres. «Marseille, madame? — Oui. — Le sept heures vingt, on a juste le temps, vous avez votre billet? — Non. — Alors, faut vous dépêcher, madame, allez vite, je vous attends au train. Première classe? —

Oui. — Allez, courez, madame, vous avez que quatre minutes, le dernier guichet, dépêchez-vous ! » Seule au monde, maîtrisant une envie de vomir, elle s'élança, le chapeau de travers, courut en se répétant Marseille, Marseille.

Une heure après son arrivée, sortie de l'hôtel, elle traversa la Canebière en courant, faillit être écrasée, s'enfila dans une petite rue, s'arrêta devant un caniche attaché à une ferrure qui attendait sa maîtresse entrée dans l'épicerie à côté, qui s'impatientait, s'angoissait, remuant de tous ses membres, tirant sur sa laisse pour essayer de voir l'intérieur de l'épicerie. Viendrait-elle enfin? Pourquoi tardait-elle? L'avait-elle oublié? Oh, grande était sa peine ! Gémissant d'humaine inquiétude, tout tendu, essayant d'avancer, il tirait sans cesse sur sa laisse, tirait pour être plus près de la chère cruelle, pour la faire sortir plus vite, attendait, espérait, souffrait. Elle se pencha, le caressa.

Malheureux, lui aussi. Elle traversa de nouveau, entra dans une pharmacie, demanda du véronal. L'homme aux lunettes dévisagea cette femme décoiffée, lui demanda si elle avait une ordonnance. Non ? En ce cas, il ne pouvait pas lui remettre du véronal. Elle remercia et sortit. En somme, pourquoi avoir remercié? Parce que je suis une vaincue. Rue Poids-de-la-Farine.

Bonne idée de lui avoir dit dans sa lettre qu'elle rentrait en Hongrie, ça le tranquilliserait. Pharmacie Principale. Même refus. La femme en blouse blanche lui proposa

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de la Passiflorinc, un calmant à base de plantes. Oui, merci.

Elle paya, sortit, regarda à droite et à gauche, déposa la Passiflorine contre un mur, resta à la regarder. Il n'aurait pas pu la laisser tranquille? Aller chez un médecin pour avoir une ordonnance? Pas la force, si fatiguée. Louer un petit appartement meublé qui aurait une cuisinière à gaz? Mais où le trouver? Pas assez de vie. Même pour mourir il fallait avoir de la vie. En Angleterre, dans les hôtels de province, il y avait des réchauds à gaz dans les chambres. Aller en Angleterre?

Elle s'arrêta. Dans la devanture, sur de la paille et entre des grilles, un mignon basset s'ennuyait, triste, mordillait sa patte.

Pas plus d'un an. Elle caressa la vitre. Charmé, le petit chien se dressa, posa ses pattes de devant contre la vitre, lécha la vitre, là où était la main de la dame qui s'occupait de lui. Dans le magasin, des perroquets, des singes, beaucoup de petits oiseaux, une vieille aux mèches irrégulièrement coupées et un jeune efféminé en pantoufles, cheveux en frange, foulard de soie blanche. Elle entra, acheta le basset avec un joli collier et une laisse, puis sortit, tenant dans ses bras le petit, tremblant déjà d'amour.

Une pharmacie. Elle s'arrêta. Mais oui, on ne se méfierait pas d'une femme avec un petit chien. Oui, le basset inspirerait confiance, mais aussi avoir l'air gai, le caresser, dire monsieur j'ai beaucoup de peine à m'endormir, il me faudrait un somnifère très fort, mais attention, faire la prudente, monsieur est-ce que ce n'est pas dangereux, combien peut-on en prendre, un comprimé entier ce n'est pas trop? J'en voudrais vingt parce que j'habite à la campagne. Mais avant, demander de la poudre, hésiter pour la teinte, il ne se mènerait pas si elle hésitait pour la teinte.

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Tenant le basset en laisse, elle sortit, tira prudemment la langue à la pharmacie. Elle les avait eus ! Il n'y avait pas qu'eux qui savaient se débrouiller. En principe, je devrais vous demander une ordonnance, mais vous avez l'air raisonnable.

Mais attention, c'est très fort, pas plus d'un comprimé à la fois, et pas plus de deux en vingt-quatre heures. Elle avait su sourire, dire qu'elle n'avait pas envie de mourir. Et puis l'eau de Cologne ambrée avait fait bon effet. Je les ai eus. C'est grâce à toi, mon petit chéri. On va t'enlever ta laisse et tu vas trotter tout seul, mon petit Boulinou. Content d'être débarrassé, le mignon secoua son collier pour se rafraîchir le cou, fit un petit galop en avant, revint vers elle, la suivit avec sérieux, sûr de lui, important d'être aimé, sachant en qui il croyait, ô grand cœur des petits chiens.

Il trottait de nouveau en avant, indépendant, libéré de l'injuste vitrine, de petit bonheur bourgeois remuant sa queue, mais de temps en temps se retournant pour s'assurer que cette chère amie était toujours là, car comment vivre sans elle? puis revenant la regarder et recevoir une tape sur le front et s'en délecter, puis filant s'amuser et rigoler, langue dehors, et humer d'intéressantes odeurs, puis en ayant trouvé une de premier ordre, ah que la vie était belle, se retournant de nouveau pour la prendre à témoin, puis revenant vers elle pour lui raconter l'odeur, satisfait de lui-même et du monde, puis allant et sachant qu'elle suivait, donc tout allait bien, eh dis donc, si on faisait un peu pipi, mais oui, pourquoi pas, c'est toujours agréable, d'autant que cet arbre semble tout à fait approprié, puis revenant dire son petit exploit à cette personne charmante, son idéal, et lui lançant un regard passionnément sincère, puis s'en allant une fois de plus, queue optimiste, en avant d'elle qui marchait les yeux baissés, ce qui lui fit soudain heurter un 530

enfant. Espèce de toquée ! cria la mère. Effrayée, elle courut, suivie par le basset ravi du nouveau jeu. Oh, comme on s'amusait bien avec celle-ci !

Allées de Mcilhan. Elle s'assit sur un banc. Au-dessus, les feuilles de platane s'agitaient à peine. Tout ça continuerait sans elle, il y aurait des arbres, des fleurs, et elle toute seule dans de la terre. L'idéal serait de mourir sans avoir à s'en occuper. C'était de s'en occuper qui était terrible. Qu'ils y viennent, qu'ils voient comme c'est facile. Est-ce qu'il y aura mon nom dans les journaux? Oh, seulement dans les journaux de Marseille, donc il n'en saura rien. Elle se moucha, regarda son mouchoir. C'était de la vie, cette morve. Envie d'uriner. Voilà, ça continuait à fonctionner. Elle toucha son ventre, son pauvre corps qui continuait son devoir de vivre et que bientôt elle ne pourrait plus toucher. En face, deux amoureux. Embrasse, embrasse, idiote, tu verras plus tard. Passionné de dévouement, la queue ballante, Boulinou la regardait éperdument, dans l'espoir d'un mot tendre.

Le mot ne venant pas, il sauta sur le banc, s'assit près d'elle, insinua sa truffe contre la saignée du bras. Mon amour, lui dit-elle.

Dans sa chambre du Noailles. Le maître d'hôtel vient de déposer le plateau de viandes froides. Jambon, poulet, rosbif. Le basset se tient sagement assis sur sa chaise, solennel, attentif, religieux, se voulant exemplaire pour mériter ces merveilles qu'il hume et fixe de ses yeux croyants. Il regarde tour à tour l'importante dame et les viandes avec une respectueuse intensité, avec la peur de n'être pas assez chien modèle, mais les pattes de devant un peu dansantes pour manifester une faim bien élevée quoique intense. Mais alors quoi, elle n'en donne pas?

Qu'elle n'en mange pas, d'accord, c'est son affaire, mais qu'elle ne lui en donne pas, c'est un peu fort de café, il a un de ces 531

creux ! De sa patte droite, il esquisse une sollicitation, refrénant de son mieux l'envie de se servir lui-même, car il s'agit de se faire bien voir. Ah bon, elle a compris, c'est pas trop tôt ! Il happe la tranche de jambon qu'elle tend, se l'engloutit en deux temps trois mouvements. Idem avec trois autres tranches de jambon. Ça devient un peu monotone. Cette femme manque d'imagination. Il avance une patte puis l'autre, le regard fixe pour lui faire comprendre qu'il est tout prêt à s'intéresser au poulet et au rosbif. Elle sonne. Le maître d'hôtel entre, reprend le plateau. Boulinou affolé adjure du regard, dansote d'émoi. Eh là, monsieur, et le rosbif et surtout le poulet que j'adore plus que tout ! C'est pas des choses à faire ! Mais qu'est-ce qu'elle a cette femme? On n'a jamais vu ça! Enfin, ainsi soit-il, c'est elle qui commande. Maintenant, il la regarde en gémissant discrètement. Il a eu de quoi manger, merci beaucoup, mais son âme est insatisfaite. Il veut être caressé, sinon à quoi bon vivre? On ne vit pas que de jambon. Il se dresse sur ses pattes de devant qu'il appuie contre la chère dame. Elle recule. Elle n'a plus qu'un chien pour l'aimer. Elle l'enferme à la salle de bains.

Elle se réveilla en sursaut, regarda le lustre resté allumé, se rappela le basset rapporté hier soir au magasin. Hébétée, elle se redressa, s'assit sur le bord du lit, s'aperçut dans la glace de l'armoire, tout habillée, avec son chapeau de côté. Sur la table de nuit, la montre marquait sept heures. Rester couchée, oui. Un lit, c'était agréable, même dans le malheur. Elle se leva pourtant peu après, écarta les rideaux. Dehors, c'était la vie, les heureux. Pas belle, cette vieille dans la glace, les yeux bridés, les pommettes saillantes, les cheveux secs, les dents avec des plombages, et même un bridge au fond. Ce week-end à Ouchy, c'était tout au début de leur amour. Le dimanche après-midi, lorsqu'ils s'étaient

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promenés le long du lac, elle avait même osé refuser un baiser, et elle s'était enfuie en riant. Maintenant, une vieille folle toute seule à Marseille qui s'était endormie avec son chapeau sur la tête. Eh bien, sale Dieu, dit-elle à haute voix.

Elle ôta son chapeau, s'assit devant la table, plia en deux puis en quatre un papier de l'hôtel, le déplia, sortit son stylo, ôta le capuchon. Oui, laisser une lettre pour lui, lui dire qu'il n'avait aucun reproche à se faire, qu'il n'était pas responsable, qu'il avait le droit d'être heureux. Non, pas de lettre, pas risquer de le compromettre. Elle ouvrit la boîte des comprimés, les compta, reprit son stylo, dessina une croix qu'elle transforma en losange auquel elle fit des dentelures, sentit soudain qu'elle reprenait goût à la vie. Mais oui, la solution c'était de retourner en Suisse, de louer un chalet à la montagne, de vivre là tranquillement. Donc reprendre le basset, ce serait un gentil compagnon, et prendre le train pour Genève, mais y rester le moins possible, pour ne pas risquer de le rencontrer, juste le temps de prendre de l'argent à la banque. Ensuite, aller à Lausanne, là une agence lui indiquerait un chalet à louer. À

Lausanne acheter des livres, des disques, une radio. Tout s'arrangera bien, tu verras. Un chalet confortable, un gentil chien, des livres, faire du jardinage. Plus d'amour, bon débarras, elle n'aurait plus à se préoccuper de ces veines bleues aux jambes. Maintenant prendre un bain, retourner dans la vie.

Elle jeta les comprimés, tira la chasse d'eau.

Sortie du bain, elle se sécha en évitant de se regarder dans la glace, se frictionna à l'eau de Cologne. Agréable de sentir bon, de se sentir nette. Ça aussi, c'était une preuve du retour à la vie. Son peignoir passé, elle ouvrit la fenêtre, entra sur l'étroit balcon, s'accouda à la balustrade, et ce fut lui devant elle,

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grand, sans chapeau, les cheveux en désordre, la poursuivant en riant, la poursuivant pour un baiser, et elle se pencha, se pencha encore pour lui échapper, et la tablette d'appui lui fit mal au ventre et, les bras en avant, elle poussa un cri dans le vide où un nègre guettait, puis il y eut un autre cri contre l'asphalte du trottoir devant le kiosque des journaux éclaboussés.

Belle Du Seigneur
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