VII
 
ÉPITAPHE POUR N’IMPORTE QUI

 

Ça jura t-il sur son couillon,

Quand de cet monde voult partir.

 

(FRANÇOIS VILLON.)

 

 

On ne sait pas pourquoi cet homme prit naissance.

Et pourquoi mourut-il ? On ne l’a pas connu.

Il vint nu dans ce monde, et, pour comble de chance,

Partit comme il était venu.

 

La gaîté, le chagrin, l’espérance, la crainte,

Ensemble ou tour à tour ont fait battre son cœur.

Ses lèvres n’ignoraient le rire ni la plainte.

Son œil fut sincère et moqueur.

 

Il mangeait, il buvait, il dormait ; puis, morose,

Recommençait encor dormir, boire et manger ;

Et chaque jour c’était toujours la môme chose,

La même chose pour changer.

 

Il fit le bien, et vit que c’était des chimères.

Il fit le mal ; le mal le laissa sans remords.

Il avait des amis ; amitiés éphémères !

Des ennemis ; mais ils sont morts.

 

Il aima. Son amour d’une autre fut suivie,

Et de plusieurs. Sur tout le dégoût vint s'asseoir.

Et cet homme a passé comme passe la vie :

Entrez, sortez, et puis bonsoir !