VIII
 
BALLADE DU RODEUR DES CHAMPS

 

Nul ne peut dire où je juche :

Je n’ai ni lit ni hamac.

Je ne connais d’autre huche

Si ce n’est mon estomac.

Mais j’ai planté mon bivac

Dans le pays de maraude,

Où sans lois, sans droits, sans trac,

Je suis le bon gueux qui rôde.

 

Le loup poursuivi débuche.

Quand la faim me poursuit, crac !

Aux œufs je tends une embûche :

Les poules font cotcodac

Et pondent dans mon bissac.

Puis dans une cave en fraude

Je bois vin, cidre ou cognac.

Je suis le bon gueux qui rôde.

 

Quand j’ai sifflé litre ou cruche,

Ma cervelle est en mic-mac ;

Bourdonnant comme une ruche,

Mon sang fait tic-tac tic-tac.

Alors je descends au bac

Où chante quelque faraude

Qui me prend pour son verrac.

Je suis le bon gueux qui rôde.

 

ENVOI

 

Prince au cul bleu comme un lac,

Cogne dont l’œil me taraude,

Pique des deux, va ! Clic, clac !

Je suis le bon gueux qui rôde.